Philippe Pierre Gustave DAUFRESNE 1921 – 1987

Philippe Daufresne est né le 30 novembre 1921 dans le 8ème arrondissement de Paris (75) dans une famille bourgeoise.
Son père Robert (5/02/1891 – 18/08/1954) est un ancien combattant de la première guerre mondiale, Chevalier de la Légion d’Honneur, 2 citations avec Croix de Guerre 1914-1918 et Croix de l’Aigle Blanc de Serbie est ingénieur des arts en manufacture.
Philippe est l’ainé d’une fratrie de 3 garçons : Jean-Claude (architecte en chef du Louvres) et Patrice (décédé à l’âge de 35 ans).

Il effectue ses études au collège de Sainte Croix de Neuilly sur Seine.

Après son baccalauréat, il fait une prépa à l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC).

Pour éviter de devoir collaborer avec le régime nazi et devoir aller travailler en Allemagne (Service Obligatoire du Travail, STO) il se rend en juillet 1943 à Brive-la-Gaillarde, à l’Ecole préparatoire de Gendarmerie pour passer les épreuves écrites et physiques. Il s’ennuie profondément à attendre la majorité de son temps dans sa chambrée à la caserne (10 par chambre) hors les corvées d’épluchage de légumes et les épreuves. Grâce à ses résultats, il intègre le 1er peloton des 3possibles (les meilleurs sont dans le 1er et les moins bons par ordre des résultats dans les 2 autres). Le 31 août 1943, il écrit à sa mère pour lui exposer un gros dilemme : il doit soit signer un engagement de 3 ans (cela lui parait trop long) soit partir en Allemagne mais en aucun cas il ne veut quitter la France (s’il quitte l’école le commandant est obligé de le signaler au bureau du service obligatoire du Travail). Il lui faut trouver un motif valable et sérieux pour démissionner sinon ce ne sera pas accepté. Après que sa demande suive la longue voie hiérarchique il quitte Brive le 23 septembre 1943 en train, arrive à Blois d’où il rejoint son « refuge » familial, le château de Vallagon.

Il projette de se cacher, si nécessaire, dans les environs au cas où l’on le cherche pour partir au STO. Le 28 septembre, il fait les vendanges avec des proches jusqu’au 20 octobre.
Dans une de ses lettres il évoque l’explosion de la poudrière nationale du Ripault (le 18 octobre 1943) qui fera officiellement 55 morts et disparus plus 45 blessés (plus d’une centaine certainement en l’absence de bilan dans les rangs allemands). C’est l’explosion d’un convoi en cours de déchargement qui creuse un cratère de 15 mètres de profondeurs et entraine la destruction en chaine des installations. Les effets du souffle de l’explosion sont ressentis à 50 kms à la ronde (en particulier à Tours qui est à 10 kms). Contrairement aux rumeurs c’est une explosion accidentelle et non un sabotage. (pour en savoir plus : Poudrerie nationale du Ripault — Wikipédia et https://archives.touraine.fr/page/l-explosion-de-la-poudrerie-du-ripault-a-monts-le-18-octobre-1943 ).
Philippe écrit le 20 octobre à sa mère ce sujet :
« As-tu appris que la poudrerie du Ripeau avait sauté ? On croit à un accident, nous avons entendu une énorme explosion qui nous a fait trembler le sol sous les pieds. Peu de temps après un énorme nuage de fumée montait dans le ciel qui obscurcissait. La déflagration a été si forte que de nombreuses portes à Montrichard (à 45kms) se sont ouvertes sous l’effet de choc. Je crois que l’on compte une centaine de morts. Tous les carreaux de la ville de Tours ont été brisés. ».
Jusqu’au début 1944 Philippe effectue des travaux forestiers dans les environs sans être inquiété par la gendarmerie ou le STO.

Sa mère qui est à Paris, nous apprend par une lettre du 7 février 1944 que l’organisation TODT a investit le château de Vallagon :
« Ils sont en train de tout « casser », ils ont bétonné la cave pour en faire un dépôt de munitions. Nous devons quitter le château familial et nous installer au Vaublin. Je dois tout mettre en caisse pour essayer de sauver ce qui peut l’être ».
Philippe s’engage volontairement septembre 1944 au Bataillon Janson-de-Sailly (ou Bataillon de Gayardon) .

L’unité est constituée lors de la libération de Paris par des étudiants (en particulier issus du lycée Janson de Sailly) et des ouvriers de l’ouest parisien. Le bataillon Janson-de-Sailly rejoint clandestinement la Première Armée Française du général de Lattre à Gray en Haute-Saône, le 27 septembre 1944 et part parfaire son instruction au camp de Valdahon.
Par une lettre du 7 octobre 1944 (transmise à sa mère via un camion qui passe par Paris) nous apprenons que Philippe s’est engagé dans la première Armée française :
» Jeudi 5 octobre je retrouve une douzaine de camarades (dont 2 du collège, d’anciens scouts, des gens de Neuilly…), nous sommes partis vers minuit, avons roulé toute la nuit pour arriver le lendemain après-midi vers 16h à 40 kms de Besançon (25kms à V = pour le camp du Valdahon) sur un grand plateau. Nous avons voyagé à 40 dans une grande voiture à viande frigorifique dans un noir absolu (sans pouvoir profiter du paysage) entassés comme des sardines. Nous sommes tous gonflés à bloc, les officiers très chics et très jeunes « .
Ils parlent également de la tenue US qu’il va récupérer, des rations américaines qui sont « d’une rare qualité » et qu’il mâche du chewing-gum toute la journée sauf devant les officiers.

Dans le camp du Valdahon l’entrainement est intensif avec du tir réel avec armes légères et automatiques, des manœuvres jour et nuit, du « ramping » dans les champs, des marches, de l’apprentissage aux tactiques de combat moderne, des gardes de 24h, et des assauts de villages des alentours qui deviennent très familiers pour Philippe et ses camarades, sous une pluie fine et froide.
A son père il écrit le 29 octobre 1944, qu’il espère bientôt monter en ligne pour ficher les boches dehors !
Début novembre Philippe est à l’école des cadres et raconte que c’est extra dur, surtout physiquement avec un parcours militaire de 2kms semé d’obstacles en tous genres, qu’il faut faire par équipe de 6, équipés et armés, le plus rapidement possible et cela tous les 2 jours. Il effectue également des séances de morse, transmission et topographie. Pendant ce stage le général Delattre de Tassigny vient leur serrer la main avec l’ambassadeur des Etats-Unis, William Bullitt , qui est le parrain du Bataillon. Il a également vu Monsieur Rockfeller, « le roi du pétrole » et regrette humoristiquement de ne pas avoir eu la visite du roi des cigarettes ou des chewing-gum qu’il adore.

Le 10 novembre, il est affecté à la 1ère compagnie (1Cie) du 2ème Choc. Il est nommé chef du 1er peloton du 3ème groupe avec le grade de caporal-chef. Il fait fonction de sergent suite à ses bons résultats à l’école des cadres. Le 15 il quitte le camp du Valdahon (il neige depuis 4 jours – 25 cm au sol) et arrive à Montbéliard le 23, dans une usine « où l’on construit des voitures connues » …il est à Sochaux-Montbéliard. Le 28 il écrit qu’il quitte Sochaux-Montbéliard, qu’il a traversé le territoire de Belfort et qu’il est enfin en Alsace.
Pour son baptême du feu le Bataillon Janson-de-Sailly est engagé avec les Commandos de France et le Bataillon de Choc le 26 novembre 1944 à Masevaux(68), où il subit ses premières pertes.

Philippe écrit le surlendemain au sujet de son baptême du feu :
» Pour un Baptême du feu nous fumes servis à souhaits. Les boches s’accrochent et ils finiront bien par se rendre. Nous avons eu des pertes, ce fut très violent mais nous avons eu la ville. Je suis sale comme un cochon, pas et plein de boue. Les gens du pays soumis au régime nazi depuis 4 ans nous accueillent les bras ouverts, nous offrent tout ce qu’ils ont : liqueurs fameuses, saucisses, vins du pays et alcools…Nous avons des officiers épatants, les boches cependant sont fous furieux et se défendent jusqu’au bout. Ils poussent même la cruauté jusqu’à miner les blessés français. Ils sont absolument démoniaques. «
Dans une lettre du 2 décembre 1945 à sa mère, il écrit :
» Je m’appuie sur le capot d’une jeep pour t’envoyer ce petit mot. Je suis toujours en Alsace. Nous avons livré dimanche un formidable combat et avons délivrés la ville de Masevaux. Il y a eu beaucoup de pertes mais c’est fini maintenant et nous sommes au repos. Nous avons eu les félicitations du Général de Lattre. Plus de 30% du Bataillon y est resté et nous avons résisté à toutes les contre-attaques allemandes. J’ai eu deux blessés dans mon groupe. J’ai toujours un excellent moral. je crois avoir descendu deux boches avec mon fusil. »
A son père il décrit le 10 décembre 1944 les intenses combats de rue dans Masevaux et aux alentours qui ont été particulièrement durs et meurtriers :
« Beaucoup de mes camarades sont tombés en Héros. Je l’ai échappé belle plusieurs fois, surtout lors des bombardements de l’artillerie allemande, en particulier les tirs de mortiers qui font des ravages. Les alsaciens et alsaciennes nous ont vraiment admirablement accueillis et les petits verres de kirsch, de mirabelles, les pots de confiture, les petites saucisses fumées s’échangent facilement contre les éternelles boites de corned-beef. Tu ne peux pas imaginer à quel point les boches avaient germanisé l’Alsace. Le nom des rues, des enseignes, des magasins, tout était en allemand. L’allemand était obligatoire, les hommes n’avaient pas le droit de porter le béret basque car c’est un chapeau trop français. Sans parler des mille petites vexations à l’allemande. Les rues sont à présent pavoisées comme on ne l’avait jamais vu et les femmes remettent leurs fameux costumes brodés rouge et noir. »

Après la libération de Masevaux jusqu’au 6 décembre 1944 Philippe et ses camarades poursuivent le combat au col du Hundsruck qui surplombe Thann et sa vallée :
« Nous avons couché plusieurs jours en montagne, sous la neige, sous la pluie, avec des habits trempés et un manque complet de ravitaillement. Deux jours sans boire ni manger. «
Une lettre du 13 décembre nous apprend que Philippe a quitté l’Alsace, traversé le territoire de Belfort et qu’il est arrivé avec ses camarades en Franche-Comté près de Luxeuil où l’unité s’installe pour récupérer des intenses combats. Philippe loge dans un petit village chez des paysans qui prennent très bien soin de lui. Par la suite l’unité se regroupe à Plombière-les -bains pour se rééquiper en matériel et armement plus récent et suivre un nouvel entrainement intensif. Des nouvelles recrues arrivent également pour compenser les lourdes pertes.
Philippe passe noël dans le secteur de Sochaux-Montbéliard :
« Nous avons reçu chacun un colis de 1kg de la Croix Rouge avec des pains d’épices, biscuits, bonbons, fruits confits, cigarettes…Nous suivons la messe de minuit, en présence du Général, dans une petite chapelle qui appartient à la famille Peugeot. Pour le réveillon malgré les restrictions nous avons réussi à améliorer l’ordinaire avec des sandwich au foie gras, du rôti aux pommes de terres, du fromage, du vin, du champagne. Nous avons aussi invité les jeunes filles de la Croix Rouge qui agrémentèrent considérablement notre petite réunion. »
Début 1945, l’unité de Philippe est toujours dans la région de Montbéliard où il fait particulièrement froid (jusqu’à moins 24 degrés la nuit). Ils reçoivent des renforts pour compléter les lourdes pertes (800 à présent contre 550 après Masevaux). Les journées sont chargées entre l’entrainement et les tours de garde : « …pendant que nous faisons des manoeuvres dans 30cm de neige les civils font du ski. »
Avec le 2e bataillon de choc, au sein du 2e groupement de bataillons de Choc, Philippe est à nouveau engagé dans la région de Mulhouse et participe à la libération de la cité de Richwiller le 24 janvier 1945.

Le 5 février 1945 Philippe écrit : » La situation militaire s’améliore considérablement et la guerre en France tire à sa fin. Peut-être y aura-t-il des permissions après!!! »
Le 10 février nous apprenons que Philippe a changé plusieurs fois de cantonnement; des faubourgs de Mulhouse il est allé aux bords de la frontière Suisse puis au Nord-ouest de Strasbourg :
« Nous avons traversé l’Alsace d’un bout à l’autre, bien que tassés dans les camions débâchés, pire que des sardines en boite. j’ai essayé de fixer intensément dans mon esprit l’image de tous ces petits villages accrochés au flanc est des Vosges. Il faudra après-guerre que nous fassions un pèlerinage dans cette région magnifique et que nous allions voir les champs de bataille sur lesquels nous nous sommes distingués. J’espère que tu as gardé toutes mes lettres car après-guerre j’essaierai de résumer en quelques pages cette campagne d’Alsace. «

Courant Février il est à Colmar il intègre l’école des cadres de Rouffach (créée par le Général de Lattre dans l’enceinte de l’asile) en tant que stagiaire sous-officier et appelé à devenir des instructeurs pour encadrer la future nouvelle armée française. Philippe évoque un entrainement intensif(close combat, tirs réels, prise de village, exercices interarmes…) et un encadrement d’officiers supérieurs passionnants et inspirants.
Après ce stage, Philippe Daufresne est nommé au grade de sergent.

Il obtient une citation avec attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 lors de la campagne d’Alsace.
A partir de début avril 1945 il participe à la campagne d’Allemagne.

Son unité ne combat pas en première ligne mais effectue du gardiennage de dépôt de munition, de prisonniers, des patrouilles et d’occupation du territoire allemand pris. Le 2ème Choc est rattaché à la sécurité du Général de Lattre à partir du 15 avril 1945. Il séjourne dans une caserne dans Karlsruhe (ville prise le 4 avril 1945) puis passe par Baden-Baden, Tutlingen, Siegmaringen et font des milliers de prisonniers.
Après la fin des hostilités le 8 mai, philippe Daufresne écrit à sa mère le 10 mai 1945, jour de l’Ascension :
« OUf! la guerre est finie…Das krieg ist fertig…comme disaient les bons allemands chez qui j’habite »
Par la suite il participe à l’occupation de l’Allemagne sur les bords du Lac de Constance et défile devant le Général de Gaulle et de Lattre mi-mai.
D’après les écrits de Philippe c’est la première fois que le 2ème Choc défile avec le béret des Chocs.

Comme la plus part de ses camarades Philippe vit très mal la dissolution de son unité fin juin 1945 :
« …le coup a été très dur pour nous tous et nous sommes bien désemparés et démoralisés. »

Suite à cette dissolution tous les officiers, sous-officiers et hommes du rang qui font plus de 1.70m reforme la compagnie de garde du Général de Lattre et qui a pour fonction de garder la maison et le PC du Général à Lindau.

Début Août 1945, ils vont un aller-retour pour défiler à Masevaux le 5 de ce mois.


En septembre 1945, il demande à être démobilisé et retourne à la vie civile.

Il se marie le 14 novembre 1946 à Neuilly sur Seine avec Françoise Marchand (né le 13/06/1923).

Leur premier fils, Eric né en 1947, suivi d’un deuxième garçon Jean-Christophe et d’une fille Dominique.


Après sa démobilisation Philippe travaille dans une entreprise pétrolière américaine, la CALTEX, puis dans la cosmétique de luxe chez ROUGE BAISER à la direction commerciale.

L’un de ses loisirs préférés est la chasse qu’il pratique assidument dans une propriété familiale dans la Marne. Il a également un don pour le bricolage.

En 1987 après l’achat d’une résidence secondaire en Normandie et un déménagement éprouvant il rentre à Paris et décède subitement dans la nuit d’une crise cardiaque à l’âge de 66 ans.
Nous remercions sincèrement son fils Eric pour le partage de son histoire familiale (et des correspondances de son père pendant la guerre) afin de rendre hommage à Philippe Daufresne pour son engagement au service de la Liberté, ainsi qu’à l’ensemble de ses camarades du 2ème Bataillon de Choc dont 98 ont fait le sacrifice ultime et 247 ont été blessés.

Raymond LOCCI 1926 –

Raymond Locci est né le 4 juillet 1926 à Esch-sur-Alzette au Luxembourg « par accident » comme il nous le dit lui-même.
Ses grand-parents d’origine italienne et sa famille habitait à Villerupt (ville voisine d’Esch-sur-Alzette) qui se trouve en Meurthe-et-Moselle(54).

Il est l’ainé des enfants de son père et sa mère et il a une soeur et un demi-frère suite au divorce de ses parents.
Auguste(né le 7/8/1897) son père qui est coiffeur déménage à Vittel où il ouvre un salon de coiffure (qui a très bonne réputation et accueil la bourgeoisie locale), et c’est dans cette ville que Raymond entre à la maternelle.

En 1932 Raymond et sa famille déménagent à nouveau pour s’établir à Nancy puis à Plainfaing suite à des ennuis de santé de son père, puis à Saint-Dié (ils vont déménager ainsi 11 fois).
Une fois établit à Saint-Dié son père décide que Raymond exercera le même métier que lui…ce qui ne conviendra jamais à Raymond.

A 14 ans en 1940 il obtient son certificat d’étude et travaille avec son père au salon de coiffure.
En 1940 son père est appelé sous les drapeaux et Raymond voit s’installer chez lui et sa belle -mère des soldats français. Une fois la guerre perdue par la France il part s’installer à Saint-Dié où il trouve un travail de garçon coiffeur jusqu’en 1943.
La même année il perd son travail et comme nous l’explique Raymond c’était mal vue de trainer dans les rues sans rien faire : il est contrôlé à la gare de Saint-Dié par des français et des allemands et comme il est sans travail il est immédiatement embarqué à Nancy au centre d’apprentissage accéléré de la rue Cyfflé du service encadré du travail (en zone libre s’était le STO).

Il se retrouve comme apprenti tourneur sur métaux dans l’école d’apprentissage pour l’entreprise JUNKER qui fabrique des avions pour l’armée de l’air allemande (une fois la formation terminée il est prévu de l’envoyer dans une usine JUNKER en Allemagne) et il doit porter un uniforme avec une francisque sur l’épaule; pas de quoi le réjouir. Lors de cette formation il est nourri, blanchi, logé et il fait la connaissance de Fred GRI qui est apprenti ajusteur et qui devient son copain. Ils s’aperçoivent que les pièces les plus belles sont présentées dans une vitrine avec le numéro de celui qui les a réalisées. Fabriquant les mêmes ils subtilisent les plus belles, effacent à coups de lime les numéros et frappent le leur mais cela ne va pas leur réussir car ils sont dans les meilleurs apprentis avec ce subterfuge. En mars 1944 ils se retrouvent sur la liste des meilleurs apprentis qui doivent rejoindre une usine en Allemagne. Les deux compères refusent de partir dans l’industrie de guerre allemande et décident de rejoindre l’Espagne pour tenter de rejoindre l’Afrique du Nord!
Ils achètent une carte routière et regardent où le train peut aller au plus proche de la frontière espagnole….c’est Lourdes! Pour financer ce voyage ils font la quête avec son copain pour acheter les billets de train à Champigneulles pour éviter les contrôles à la gare de Nancy. Quand ils rentrent au centre d’apprentissage un comité d’accueil les attends avec le chef de camp, le directeur allemand car ils cherchent à savoir qui sont les 2 personnes qui projettent de s’enfuir?…personne ne répond et en signe de menace ils sont avertis que si l’un d’entre eux manque à l’appel demain ils seront tous responsables.

A minuit, le 10 mars 1944, Raymond et Fred « font le mur » pour prendre un train de nuit vers une heure du matin en direction de Paris où Fred avait de la parenté. Ils y restent 2/3 jours. Ils ont des tickets de rationnement obtenus grâce à l’aide d’une personne du bureau du centre d’apprentissage qu’ils revendent très facilement pour se faire de l’argent avant de partir à Lourdes. Le train pour Lourdes est archi bondé, les gens dorment à même le sol et lors du franchissement de la ligne de démarcation, Raymond et Fred dorment dans le couloir : ayant leur uniforme du centre d’apprentissage avec la Francisque du régime de Vichy sur la manche, les contrôleurs allemands les enjambent sans vérification…la chance est avec eux!

Arrivés à Lourdes à la descente du train ils entrent au « café des Cheminots » pour se restaurer. En sortant un gars les attend de l’autre côté du trottoir, relativement âgé, les interpelle et leur demande s’ils partent en Espagne? la réponse est oui! Le gars leur dit qu’il y mieux à faire et les embarque dans le maquis chez les FTP (Francs Tireurs Partisans) dans le secteur de Oloron-Sainte-Marie…c’est un vrai repaire de « bandits ». Raymond et Fred décident rapidement de s’en sauver et scrutent au loin la chaine des Pyrénées pour voir par où ils peuvent passer. Une nuit Raymond est de garde avec comme seule arme un petit pistolet (6.35mm). Il réveille son copain et partent en pleine nuit en direction de l’Espagne. Il passent par Bedous, Accous… et ils s’arrêtent un peu partout dont une épicerie où ils demandent la direction de l’Espagne au grand damne de l’épicière qui est affolée par leur imprudence car les allemands viennent à peine de sortir de son commerce et elle leur conseille de faire très attention. A l’approche des chaines des Pyrénées on leur indique une ferme à rejoindre où une brave dame dont les enfants sont déjà parti en Espagne leur indique le chemin à suivre et leur précise que quand ils verront trois lacs ils seront quasiment arrivés. Raymond nous explique qu’ils n’ont jamais vu les 3 lacs car il neigeait, les lacs étaient gelés, tout était blanc recouvert de neige. Pour les aider elle leur donne deux grands bâtons de berger d’une hauteur de 2 mètres environs et qui leur seront bien utiles. Ils partent seul, sans guide, dans la montagne au petit bonheur la chance. Ils se rendent rapidement compte qu’avec le manteau neigeux ils s’enfoncent profondément ce qui rend la progression très difficile. Ils trouvent rapidement la solution en attendant minuit, une heure du matin pour grimper lorsque la neige est gelé. Arrivée en haut ils descendent sur les fesses les pentes avec le bâton sous le bras qui sert de gouvernail. La journée il patiente en bas des cols à franchir pour reprendre des forces et attendre la nuit suivante. Ils vont mettre 3 jours pour franchir les 3 rangées de la chaîne des Pyrénées.
Pour l’anecdote lors de ce périple ils marchent dans les traces d’un ours et pour se donner du courage Raymond prévoit d’utiliser son petit révolver contre lui si jamais ils tombent nez à nez avec lui en sachant qu’il n’y a aucune change d’arrêter un animal de cette taille avec un si petit pistolet. Heureusement ils ne verront jamais l’ours et de plus au cours d’une descente ils perdent l’arme avec 2 pommes de terre qui devaient leur servir de vivre.

Le 20 mars 1944, il distingue au loin un bâtiment et ils savent qu’ils sont proche de la frontière espagnole. Il s’agit d’un bâtiment des ponts et chaussées espagnols avec 2 gendarmes de la Guardia Civil qui les accueillent : à midi ils sont enfin en Espagne et à midi et demi ils sont en prison! Le seul côté positif est qu’ils reçoivent à manger car ils n’avaient plus rien à manger (ils avaient récupéré dans du crottin de cheval des peaux d’orange qu’ils ont lavés puis mangés lors de leur franchissement). De là ils sont transférés à la prison de Canfranc, puis à Jaca où ils sont tondus, puis à la prison centrale de Saragosse avec des prisonniers de droit commun (ils sont 7 ou 8 dans une cellule de 3m sur 3 avec juste un robinet et un trou dans un mur pour faire leurs besoins). Raymond se souvient que dans cette prison les espagnoles exécutaient encore tous les jours des prisonniers républicains. A Saragosse ils sont pris en charge une dizaine de jours par la Croix Rouge qui leur donne un peu d’argent, des habits puis sont remis dans un train et arrivent à Miranda où par chance ils ne restent que deux jours (Raymond prend la nationalité canadienne change de nom et se vieillit de deux ans…il gardera cette fausse identité jusqu’à son mariage fin 1948). Via la Croix Rouge, ils se retrouvent avec ceux aptes pour le service militaire et partent à Molinar de Carranza à côté de Bilbao , où ils sont très bien traités. De là Raymond et son camarade Fred rejoignent Madrid puis direction Gibraltar où ils deviennent des sujets britanniques pour une journée (grâce à la Croix Rouge) pour pouvoir entrer dans Gibraltar.
D’espagne, via la Croix Rouge, Raymond (J3) et Fred(gauloise bleue) font parvenir à Saint-Dié un message pour rassurer leurs proches dont la future épouse de Raymond :
« J3 et Gauloise bleue sont bien arrivés »

A Gibraltar il monte sur le bateau français « Marrakech » où plusieurs hommes sont arrêtés et menottés suite aux enquêtes menées par les forces françaises pendant leur séjour en Espagne. Ils débarquent à Casablanca au Maroc et sont transférés au Camp de Mediouna (à environ 10 km au sud-est de Casablanca) où Raymond nous raconte qu’il y avait des tables avec des sergents recruteurs qui cherchent à attirer dans leurs unités : « engager vous dans l’armée de l’air, dans les paras »… »engagez vous dans la Marine »… »Engagez-vous dans… ». Raymond est obnubilé par la casquette des aviateurs et c’est pourquoi il choisi le 17 mai 1944 de s’engager pour la durée de la guerre dans l’Armée de l’Air au titre du dépôt d’aviation n°209 de Casablanca. Il souhaite devenir pilote mais il est recalé à la visite médicale en raison de son daltonisme. Il se retrouve à Ben m’sik en banlieue de Casablanca au dépôt de l’aviation où il attend une nouvelle affectation jusqu’à ce qu’il croise un soldat avec l’insigne des troupes parachutistes qui lui indique que s’il veut les rejoindre il doit se rendre à Baraki près d’Alger.
Le soir même Raymond prend son sac, le train avec lequel il met 3 jours de Casablanca à Alger (son copain Fred GRI à rejoint les Commandos de France). Arrivé à Baraki, il s’installe dans un ancien camp militaire où ils sont à 40 dans une chambre. Deux choix se présente à lui : rejoindre le 3ème BIA en Angleterre (3e bataillon d’infanterie de l’air qui devient le 3e régiment de chasseurs parachutistes)mais pas avant 2/3 mois le temps de constituer un convoi ou alors le 1er RCP (1er Régiment de Chasseurs Parachutistes) en Italie. Raymond nous raconte qu’il a été influencé par son choix par 2 dessins sur deux murs : un avec un para du 3ème BIA avec des toiles d’araignées et un autre avec un para du 1er RCP pimpant en pleine forme… »c’est là que je veux aller! » s’exclame Raymond.

Il est envoyé à la base aérienne n°320 à Alger où il est rhabillé des pieds à la tête. De là il part en bateau d’Alger le 7 juillet 1944 et débarque le 9 à Naples puis rejoint Rome en camion où il nous dit qu’il fera « deux mois de tourisme ». Il est affecté à la 2ème Cie (dont la devise est « Pas moyen, moyen quand même ») du 1er RCP qui est la compagnie des services administratifs et logistiques du régiment. Elle est commandée par le Capitaine Bastouil (brevet parachutiste n°13). Raymond se souvient également de deux adjudant; l’un qui lui faisait peur « une vraie peau de vache » l’adjudant Marchal et un deuxième qui s’occupait de l’armement et qui avant un penchant pour la bouteille (l’adjudant Leroux).

Raymond Locci se souvient de la forte émotion et la joie qu’il a ressenti début septembre à l’annonce du départ pour la France et sa libération. En deux vagues d’avions le régiment décolle de Rome et atterrit à Valence. Quand Raymond descend de l’avion dans lequel il était le 3 septembre 1944 , le premier homme qu’il voit, est un très bon copain de Saint-Dié (Reiss?) qui était engagé dans le maquis du Vercors. Toutes les compagnies se regroupent et le régiment intègre l’Armée B qui devient la Première Armée Française du général de Lattre.
Raymond et ses camarades montent dans des camions et se dirigent vers Rupt-sur-Moselle où débute pour Raymond la campagne des Vosges. Il se souvient de l’audacieuse manoeuvre du Commandant Faure validé par le colonel Geille : dans un silence absolu toutes les compagnies, les unes derrière les autres, vont progresser en colonne par un, dans une nuit si noire que chaque homme doit tenir le précédent pas sa musette sac à dos) afin d’atteindre le col du Morbieu sans être détecté par les allemands qui tiennent de part et d’autres de toutes les crêtes. Le régiment forme ainsi une gigantesque file indienne, s’infiltre dans le plus grand silence le dispositif ennemi et parcourt plus de 8 kms pour arriver à l’aube au plus près du col du Morbieu.

Du 4 au 21 octobre les combats seront intenses et les hommes du 1er RCP vont se battre comme des lions face à un adversaire redoutable qui ne lâche rien. Raymond pense que sa première expérience au feu était dans le secteur de la forêt du Gehan où il a pour mission de transporter, à l’aide de brêles (surnommé humoristiquement par les hommes du 1er RCP « Le Royal Brêle Force » référence à la Royale Air Force britannique) des munitions ou vivres à travers les chemins tortueux des montagnes des Vosges, pour livrer sa précieuse cargaison à ses camarades en contact direct avec l’ennemi, sous un déluge d’artillerie (surtout des obus de mortier) et une pluie continue qui ne facilite pas la tâche aux combattants.
Pour l’anecdote Raymond se souvient qu’à peine qu’ il avait creusé un trou pour s’abriter, dix minutes après il y avait déjà 10 cm d’eau au fond. Raymond en tant que grenadier voltigeur équipé d’un fusil Garand participe à toute la campagne des Vosges. Il se blesse à la main (coupure) en plongeant au sol lors d’un tir d’artillerie adverse et il est soigné à Travexin où le poste de secours se trouve à l’école. Une fois pansé, il rejoint ses camarades pour poursuivre le combat dans la forêt du Gehan. Le 21 octobre 1944 le 1er Bataillon dont fait parti la 2ème compagnie quitte Travexin pour rejoindre Saulx-de-Vesoul puis début novembre Lons-le Saulnier pour un repos bien mérité.

La percée des hommes du 1er RCP à travers le dispositif allemand dans le massif des Vosges résonne des noms des lieux ( Ferdrupt – col du Morbieu – forêt du Gehan, tête du Midi – le ménil – côte 1008 – col du Ménil – côte 1111 ) où ils vont se battre héroïquement dans des conditions matériels, climatiques très difficiles et face à un adversaire en surnombre du 2 au 22 octobre 1944 au prix de lourdes pertes : 129 tués et 339 blessés. Devant les pertes subies par l’ensemble de la 1ère Armée dans les Vosges le général de Lattre décide d’abandonner l’offensive dans ce secteur pour accentuer ses efforts dans la trouée de Belfort qui permettra de libérer Mulhouse le 21 novembre 1944.
Le régiment est dirigé sur l’Alsace le 7 décembre 1944 itinéraire Besançon -Luxeuil – Plombières – Remiremont – St Dié – vallée de la Bruche – Gerstheim) et Raymond traverse en camion Saint-Dié où il salut plusieurs gars qu’il connait qui marche en bord de route mais ils ne le reconnaissent pas sous son casque et son équipement militaire.
Le 1er RCP commence la campagne d’Alsace en étant rattaché à la 2ème Division Blindée (2ème DB) du général Leclerc qui doit fixer les troupes allemandes le long du Rhin en lançant des attaques en partant de Gerstheim (25 kms au sud de Strasbourg) vers Colmar pour permettre à la 36ème Division d’Infanterie US (36th IDUS) de déborder Colmar par le nord-est. Du 13 au 22 décembre 1944 le 1er RCP combat à Witternheim(67), Neunkirch(67), Bindernheim(67), les bois de Mayhols, Friesenheim(67)…sous un déluge de feu et d’acier.

Pour donner une idée de l’intensité des combats le 1er bataillon du 1er RCP perd plus de 200 hommes (tués ou blessés) en seulement 3 jours dont 10 officiers et 43 sous-officiers.
Le 22 décembre 1944 le 1er RCP quitte les premières lignes de ce secteur pour retourner à l’arrière.
Le 30 décembre 1944 le 1er RCP quitte Plombières, passe par Remiremont, Gérardmer, Anould, Fraize, Plainfaing, le col du Bonhomme, Le Bonhomme, Lapoutroie et Hachimette qui est atteint le jour même (1 mètre de neige sur les cols et des températures de -20 degrés). A Lapoutroie Raymond se souvient avoir trouvé un stock de skis laissé par les allemands qu’il a distribué aux habitants du village la nuit de nouvel an.
Il se souvient également avoir brûlé des bancs de l’église d’Hachimette pour se chauffer à l’intérieur de l’église. Dans la journée du 7 janvier 1945 le régiment quitte ce secteur pour se reposer à l’arrière.
Raymond se retrouve à Obernai où comme il le dit « son destin s’est joué » parce qu’il voit un Dodge sans personnel; il monte dedans car il a envie de conduire alors qu’il n’a pas le permis et il part faire un tour avec. En revenant en voulant garer le véhicule il se retrouve les « quatre fers en l’air » avec l’arrière du Dodge dans le ruisseau qui longe la route. Les cardans sont cassés; Raymond doit rentrer à pied pour rendre compte à son adjudant de sa mésaventure qui lui donne une bonne correction… « sans rancune » comme nous le dit Raymond.

Comme punition il est muté à la 10ème compagnie commandé par le capitaine Le Saux avec lequel ça c’est très bien passé pour Raymond (il se souvient de certains cadres comme l’aspirant Bianchi, l’adjudant Dujourdi, le lieutenant Saale) qui est affecté à un poste de voltigeur-pourvoyeur de mitrailleuse (en plus de son fusil Garand, de ses munitions personnelles, il porte deux caisses à munition pour la mitrailleuse et aide au chargement lors des tirs). Pour l’anecdote à chaque fois que Raymond devait se mettre à plat vendre pour éviter les tirs ennemis il mettait un certain temps pour se relever en raison de toute la charge qu’il avait sur lui et qu’il devait transporter.
Suite à la contre-offensive allemande sur Strasbourg le 2ème Bataillon (Raymond avec la 10ème Cie) du 1er RCP est dépêché en urgence à Benfeld le 9 janvier 1945 où il combat à Herbsheim(67) et Rossfeld(67).

Le 15 janvier 1945, le 1er RCP est mis à la disposition du Combat Command 6 de la 5ème Division Blindée du général de Vernejoul et va participer aux terribles combats de Jebsheim du 25 au 30 janvier(76 tués et 167 blessés),
Pour arriver sur Jebsheim la 10ème compagnie va passer par Guémar où certains de ses camarades récupèrent dans le couvent des chemises blanches (des soeurs du couvent) afin d’être moins visible dans la neige (ils avaient tous des tenues kaki). Raymond se souvient d’une patrouille avec l’aspirant Bianchi dans le secteur de Jebsheim où au loin ils voient des silhouettes. L’aspirant Bianchi qui parle anglais leur demande s’ils sont américains?…A peine le temps de se baisser et les tirs sont passés au-dessus d’eux…il s’agissait d’une patrouille allemande. Les paras se sont repliés car l’adversaire était lourdement armé. Autre méprise le 25 janvier 1945 avec celle d’un chasseur-bombardier, un P47 français qui largue 2 bombes sur les positions de la 10ème compagnie et qui ne fera heureusement que 2 blessés. C’est par la vive réaction du chasseur parachutiste Lecuona qu’un deuxième avion ne largue pas ses bombes en le voyant agiter un drapeau français qu’il avait récupéré dans les décombre d’une maison à Guémar. Le 26 janvier un tir de mortier allemand qui s’abat sur la 10ème compagnie sera particulièrement meurtrier avec 7 tués et 13 blessés en quelques minutes.
Le 27 janvier Raymond et ses camarades sont « écrasés » sous les bombardement allemands et c’est ce jour-là que la guerre et la campagne d’Alsace se termine pour Raymond qui est grièvement blessé à au pied gauche et à l’épaule droite. Ils nous raconte la suite de son parcours :
« Je suis parti sur un brancard. Nous étions trois, nous n’avions pas pu creuser profondément car le sol était gelé. Celui du milieu a été tué (il s’agit du chasseur parachutiste Gérard Bapaume qui est enterré à la nécropole de Cronenbourg) et l’autre également blessé. il était 17h. Des gars m’ont récupéré en première ligne puis des ambulancières m’emmènent au centre de secours de Sainte-Marie-aux-Mines. J’entends parlé d’amputation ce qui ne me rassure pas vraiment. Le lendemain matin quand je me réveille mon premier réflexe est de tirer le drap pour vérifier que mon pieds gauche est là.. il l’était j’étais rassuré. Je reconnais une infirmière qui me reconnait car j’étais à St-Dié au préventorium où j’ai été opéré . Je lui ai demandé de prévenir ma famille, mes amis que j’étais là mais deux heures après, manque de chance, j’ai été évacué vers l’hôpital de Besançon puis à l’hôpital Purpan de Toulouse, puis dans un hospice à Pamiers avec une dizaine d’autres blessés.
Nous avons été formidablement reçu par la commune. Ne sachant pas où aller en convalescence je suis parti chez des amis au Maroc en avion, en partant du Bourget dans la soute à bombes d’un B26 où il avait installé des bancs. Après je suis rentré du Maroc et je suis arrivé le 10 juillet 1945 à Meudon où se trouvait le dépôt d’aviation n°212. J’ai assisté au défilé de mes camarades le 14 juillet et j’étais déçu de ne pouvoir y participer. Je me retrouve inapte pour continuer dans les parachutistes et je décide de me rendre au ministère de l’air. A Paris, j’ai eu une chance inouïe car dans un des couloirs du ministère un commandant me croise et il me demande ce que je fais là : je veux rejoindre mon régiment le 1er RCP qui doit partir au japon…1/4h après j’étais réaffecté au régiment. Mais arrivé au régiment à Avord, du fait de mes blessures je suis toujours inapte et je dois passer une visite médicale. J’avais constaté que sur nos papiers nous n’avions pas de photo et c’est un de mes copains qui l’a passé à ma place ..et ça a marché impeccablement. J’ai ainsi pu réintégrer la 10ème compagnie. Nous avons ensuite rejoint Pau en Train où nous avons eu quelques soucis pendant le voyage car certains gars tiraient (nous avions gardé notre armement) à partir du train sur le gibier. «

Pour son action au combat, le chasseur parachutiste Raymond Locci est cité à l’ordre de la Brigade par le colonel Boutaud de Lavilléon commandant le CC6 : LOCCI Raymond – 2ème classe –1 RCP :
« Jeune volontaire parachutiste nouvellement affecté à la compagnie. S’est distingué dès l’abord par son courage et son sang-froid, a été blessé le 27 janvier 1945, au cours d’un bombardement sur la position tenue par le bataillon dans les bois du moulin de Jebsheim ». Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze.

Raymond Locci nous raconte quels meneurs d’hommes étaient les cadres du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes comme par exemple son commandant de compagnie, le capitaine Le Saux qui jamais ne s’est baissé ou couché sous les tirs d’artillerie ou la mitraille et qui calmement continuait à donner ses ordres. Il forçait l’admiration de ses hommes et de Raymond, de part son flegme, sa détermination et son courage à toutes épreuves : « on ne pouvait que le suivre et donner le meilleur de nous même! ».
Il passe avec son unité de l’armée de l’air à l’armée de terre le 01 août 1945.
Il est démobilisé le 19 décembre 1945 avec une permission libérable de 97 jours et rayé des contrôles du 1 RCP le 26-03-1946.
Il se rengage au titre du 1 RCP le 1 mai 1946 en tant que 2ème classe et il est nommé soldat de première classe le 1 octobre 1946.

Il se porte volontaire pour l’Indochine et embarque à Bône, sur le croiseur Duquesne, le 23 décembre 1946.
Suite à des problèmes mécaniques le croiseur stoppe ses machines en Mer Rouge pendant 8 jours le temps d’effectuer les réparations. Raymond débarque à Haïphong le 23 janvier 1947 après un périple d’un mois.

Le 1 mai 1947 il se rengage pour 2 ans et il est nommé caporal le 1 octobre 1947.

Il est cité à l’ordre du Régiment par le Général de Division Salan commandant les troupes françaises d’Indochine du Nord : LOCCI Raymond – caporal – 3/1 RCP :
« Combattant d’élite aux réflexes sûrs. Parachuté une première fois à PHU TO (Tonkin) le 13-05-1947, une deuxième fois à CHO Don (Tonkin) le 8 -10- 1947 où il s’est distingué au cours d’un regroupement au sol difficile, a participé brillamment à toutes les opérations de sa compagnie en particulier à la prise du centre industriel de BAN THI où purent être appréciées ses qualités de voltigeur de pointe».
Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre des TOE avec étoile de bronze. Hanoi, le 23-12-1947.

Il est nommé caporal-chef le 1 avril 1948 et embarque à Haïphong le 30 juin 1948 sur le bateau « Pasteur ».

Il est nommé au grade de sergent sur le bateau le 1 juillet et arrive au port de Marseille le 22 juillet 1948. il rentre à Saint-Dié pour une permission de 120 jours et décide de se marier avec Paulette Patour qu’il avait rencontré à Saint-Dié en 1942. Il est mal vue par sa belle famille qui l’appelle « le Mercenaire »et qui ne veulent surtout pas qu’ils se marient. Quand Raymond arrive à Saint-Dié, il est en uniforme et il attend devant le magasin des beaux-parents : « une furie est descendue, ma future belle-mère qui me dit de rentrer pour ne pas rameuter tout le quartier! » En fin de compte ils vont pouvoir se marier, en même temps que la soeur de son épouse qui est enceinte. Mais Raymond oublie un petit détail : son état civil…car il est toujours sous sa fausse identité. Arrivé à la Mairie on leur dit que ce n’est pas possible car la date de naissance et le nom sont faux.

De plus Raymond étant sous-officier il doit obtenir l’accord de son chef de corps (il a oublié ce détail). Après une course contre la montre avec les services administratifs tout est en ordre et ils peuvent enfin se marier le 20 novembre 1948…car Raymond embarque à Marseille le 5 décembre pour rejoindre le 1er RCP à Sétif où il arrive le 9 décembre 1948 (sa femme restant à St-Dié).

Arrivé en fin de contrat en 1949 il rentre fin janvier en métropole et il est rayé des contrôle du 1er RCP le 2 mai 1949.
De retour à la vie civile il travaille avec son épouse dans le magasin de sa belle famille et monte une affaire de vente de volailles en gros. Leur famille s’agrandit avec l’arrivée de Lysianne(1950), Daniel(1951) et Corrine (1958).
Du 20 août au 16 septembre 1951, il effectue un stage de 4 semaines à l’Ecole des sous-officiers de Strasbourg. Il rentre chez lui avec le grade de sergent-chef.
Le 10 octobre 1956 il est nommé au grade de sous-lieutenant.
En octobre 1955 il souscrit un contrat de réserve active et il est rappelé à l’activité le 6 novembre 1956. il est affecté au SEPR de Nancy au titre des formations parachutistes à partir du 1er mars 1957.
Raymond Locci est titulaire du brevet parachutiste n° 12202.

Le 1 septembre 1957 il est affecté au 11ème Bataillon de Choc à Perpignan et il rejoint avec son unité l’Afrique du Nord.

En fin de contrat, il embarque à Philippeville sur le bateau « Djebel Dira » le 24 mai 1958 et arrive 1 jour plus tard à Marseille. il est hospitalisé une semaine à l’Hôpital Lyautey de Strasbourg du 21 juillet au 1 août 1958 avant de rentrer à Saint-Dié le 16 août 1958.
Il est promu au grade de lieutenant de réserve le 1 octobre 1958 et au grade de capitaine de réserve le 1 octobre 1963.

Les décorations de Raymond Locci :
Officier de la Légion d’Honneur depuis le 26-04-2005
Chevalier de la Légion d’Honneur le 11-02-1962
Croix de guerre 1939-1945 avec 1 étoile de bronze
Croix de guerre des TOE avec 1 étoile de bronze
Médaille des Evadés
Médaille coloniale agrafe EO
Médaille commémorative Indochine
Médaille du combattant volontaire
En parlant avec un copain il apprend que le concessionnaire auto où il travaille son ami, cherche un vendeur. Raymond lui dit qu’il est intéressé et c’est ainsi qu’il entame une carrière de commercial dans la vente de véhicules automobiles(pendant 8 ans) pour un concessionnaire de la marque Peugeot à Saint-Dié, où il gravit tous les échelons pour accéder au poste de chef des ventes et directeur commercial (pendant 7 ans).
Raymond prend une retraite bien méritée en 1982 et en profite pour voyager à travers le monde avec son épouse (Brésil, Japon, Californie…) jusqu’au décès de celle-ci il y a trois ans.

Toujours très actif, Raymond Locci est présent aux commémorations des combats de la campagne des Vosges au Ménil(88) et des combats de la campagne d’Alsace à Jebsheim (68) en mémoire de tous ses camarades morts au combat ou disparus depuis et nous espérons l’y retrouver encore pendant de nombreuses années.

Nous remercions très sincèrement Monsieur Locci, pour sa disponibilité et d’avoir bien voulu répondre à nos questions, samedi 8 mars 2025, afin de pouvoir retracer son parcours exceptionnel et lui rendre l’hommage qu’il mérite pour son engagement sans faille au service de la France et de notre Liberté.
MERCI Monsieur Locci!!!
















G’STYR Ernest Joseph 1920 – 1945

Il est né le 2 mars 1920 à Reichshoffen (67). C’est le fils de Charles G’STYR et de Louise Garny et ils vivent à Rombas (57).
Il est incorporé de force le 26 juin 1943 dans la « Kriegsmarine allemande » à la Vorpostenflottille n° 66ème (66.VP – 66ème flottille d’avant-poste) à Bodo en Norvège sur le « Vorpostenboot numéro V6613 » dont le nom est KFK221 « Kriegsfischkutter 221 » et qui est fait parti du Minensuchgruppe (groupe de chasseurs de mines) de la 66.VP.

Appelés par les Allemand Vorpostenboot ils ont été récupérés ou saisis en grand nombre sur les côtes allemandes et les côtes des territoires occupés. En raison du manque de « vrais » navires de guerre, plusieurs types de bateaux existants(bateaux de pêche, chalutiers, yachts…) ont été modifiés pour servir comme navire armé dans la Kriegsmarine. Ils servent dans toutes les zones côtières où la Kriegsmarine opére (patrouille, escorte, chasseur de mines et sous-marins…) et sont généralement armés avec des canons de 8,8cm et et des canons antiaériens de différents types et nombres. Les Vorpostenboot pouvaient se battre contre les vedettes et petits navires alliés qu’ils affrontaient mais ils n’étaient pas en capacité d’affronter des destroyers ou navires de guerre plus importants.
G’STYR Ernest est froidement assassiné le 8 mai 1945 le long des côtes de Bodo en Norvège, à bord du bateau V6613 par un sous-officier allemand nommé Ungerer et qui s’est par la suite suicidé pour échapper à son arrestation.
La mention « MORT POUR LA FRANCE » lui est accordée le 15 octobre 1957.

Après-guerre dans le cadre de l’enquête de sa mort plusieurs témoins sont auditionnés :
Le 5 janvier 1946, Robert Boulanger, 27 ans, préparateur en pharmacie qui habite Montigny-les-Metz déclare au sujet de la mort d’Ernest G’STYR :
« J’ai été incorporé en son temps dans la marine de guerre allemande et affecté à la 66ème Flottille à Bodo en Norvège. Dans cette flottille j’avais comme camarade le marin G’Styr Ernet de Rombas (Moselle). Il était embarqué sur le bateau K.F.K. 6613. Lorsque je pouvais, j’allais rendre visite à mon camarade, lequel comme de nombreux « Malgré-nous » était anti-nazi. Un jour, G’Styr m’a laissé entendre que de part ses sentiments anti-allemands, il était mal vu de son commandant de bateau et de la plupart de l’équipage. G’Styr m’a ensuite ajouté, qu’un jour, UNGERER lui avait dit que si l’Allemagne capitulait, il lui, tirerait une balle dans la tête. Le 8 mai, j’ai appris incidemment qu’un meurtre avait été commis à bord du bateau K.F.K.221 (Kriegsfischkutter 221 – navire de pêche transformé en navire de combat) et que la victime en avait été mon pauvre camarade G’Styr. Avec un autre camarade du nom de Schambert, domicilié à Amnéville (Moselle) nous nous sommes livrés à une petite enquête et nous avons appris que le matin G’Styr, avait été tué en mer par l’Obersteueurmann Ungerer, lequel lui avait tiré une balle dans la nuque et que le corps avait été balancé par-dessus bord. Schambert et moi, avons fait un rapport de ces faits aux autorités alliées de Trondheim (Norvège), le 13 juillet 1945, ainsi qu’au vice-consul français de cette ville, Monsieur Klingenberger. Enfin le 1er août 1945, alors que j’étais prisonnier au camp français de Malvik (Norvège), j’ai été cité devant le capitaine américain Mooris au sujet des faits relatés plus hauts. Avec les renseignements fournis par Schambert, par moi-même et par deux autres marins de la Flottille 66 ; le capitaine Mooris procéda à l’arrestation meurtrier Ungerer. Cette arrestation a été opérée le 5 août 1945, dans le port de Trondheim. Ungerer, je ne sais comment réussit à sortir un révolver de sa poche et s’est tiré une balle dans la tête. Il devait succomber une heure plus tard à sa blessure. Je certifie que Ungerer est bien mort. Un rapport a d’ailleurs été établi e son temps à ce sujet.
Nul doute n’est possible que G’Styr a été assassiné par son commandant de bateau parce que bon français. La menace qu’il prenait à la légère d’être tué en cas de capitulation allemande s’est réalisée. Je ne puis vous dire si Ungerer a agi de sa propre initiative ou s’il en avait sollicité au préalable, l’autorisation du chef hiérarchique, le capitaine-Lieutenant-ingénieur Busch ».
Dans une lettre du 2 novembre 1945, Robert Boulanger précise :
«Voilà exactement les faits concernant la mort de Ernest G’Styr, assassiné pour avoir été trop fidèle à sa patrie la France, malgré l’uniforme allemand qu’il portait (Malgré-lui)
Le 28 décembre 1945 la gendarmerie de Rombas(57) prend la déposition de Gustave Schamber, 25 ans, accrocheur habitant Amnéville (Moselle) :
« En décembre 1943 je me trouvais à Waren-Muritz en Allemagne où je faisais un cours de signalement. Dans ce pays j’ai fait la connaissance du marin G’Styr Ernest de Rombas. Attendus que nous étions tous deux de la même région nous sommes devenus de bons amis. Par la suite mon camarade a été affecté au garde côte 6613 de la 66ème Flottille stationnée à Bodo en Norvège. Moi-même j’ai été affecté sur le garde côte 6606, ayant le même port d’attache. Pendant nos heures de loisirs nous nous rendions visite le plus souvent possible. G’Styr qui était resté un fervent serviteur de la cause française avait très souvent des discussions avec le Obersteuermann Ungerer, lequel faisait fonction de commandant du bâtiment 6613 s’appelant aussi K.F.K.13. G’Styr faisait comprendre à ce nazi que l’Allemagne ne gagnerait pas la guerre. A noël 1944, à la suite d’une discussion Ungerer à dit à G ‘Styr : « si jamais nous perdons la guerre, je vous envoie une balle dans la tête le jour de la capitulation ». C’st G’Styr qui a répété ces propos et il n’a pas pris cette menace au sérieux. Le 7 mai 1945 à 18 heures j’ai vu mon camarade pour la dernière fois. Durant notre conversation qui a été très courte, il a dit : « il est temps que je puisse quitter le bâtiment pour retourner chez moi car je ne peux plus supporter mon entourage ».
Le 8 mai 1945 de très bonne heure, le 6613 est sorti en mer pour soi-disant faire un réglage des machines. A 10 heures j’ai vu ce bâtiment rentrer au port. Je suis allé à bord pour rendre visite à mon camarade. Ne le trouvant pas j’ai demandé après lui auprès de plusieurs hommes de l’équipage. Ils ont répondu, il doit être quelque part dans le bateau. Mes nouvelles recherches sont restées vaines. Je m’apprêtais à quitter le bâtiment lorsque j’ai été interpellé par le cuisinier, un allemand du nom de Presinski Gustave qui m’a invité à le suivre à la cuisine. Il a dit : « je dois t’apprendre une chose malheureuse, G’Styr a été tué par Ungerer ». Le cuisinier me recommanda de ne rien dire à personne, vu qu’à bord tout l’équipage avait reçu l’ordre de se taire. En conséquence je n’ai pu apprendre les motifs de l’assassinat. Le même jour vers 15 heures, j’ai appris que Ungerer était allé trouver le 7 mai à 24 heures, le commandant de la flottille 66, un nommé Bursch, afin d’avoir la permission de tuer G’Styr. Je n’ai pu savoir si cette permission lui a été accordée.
Deux semaines plus tard Prezinski a dit que mon camarade avait été jeté à la mer (à six milles environ du port de Bodo) après avoir été tué. Par la suite, fait prisonnier et interné au camp français de Malvik(Norvège) au début du mois d’août j’ai, avec deux camarades lorrains également témoins, les nommés Boulanger Robert et Lustemberger Aloïs porté plainte auprès d’un capitaine de l’armée américaine du tribunal militaire de Trondheim(Norvège). Huit jours plus tard, j’ai appris que Ungerer s’était fait justice lui-même en se tirant une balle dans la tête au moment de son arrestation. J’ai vu des photographies du cadavre de Ungerer. Je l’ai formellement reconnu et il ne fait aucun doute que cet assassin est aujourd’hui mort.
Un capitaine français nous a donné connaissance du résultat de l’enquête effectuée auprès de l’équipage du V6613. Il résulte que le jour de l’exécution G’Styr a eu une violente discussion avec son commandant. Au cours de cette discussion, le commandant a tiré une balle de révolver qui ne fit que percer les vêtements de G’Styr. Celui-ci se retira à l’arrière du vaisseau et là ; il fut abattu d’une balle dans la tête. Dans la vie civile Ungerer a été un agent de la gestapo, fait connu de G’Styr attendu qu’il était son ordonnance. A mon avis Ungerer a fait disparaître mon camarade parce qu’il avait peur que ce dernier le dénonce aux autorités compétentes à la première occasion ».
KFK = Kriegsfischkutter
VP = Vorpostenflottille
En complément d’informations :
https://archeosousmarine.net/chalutiers.php
https://www.wlb-stuttgart.de/seekrieg/km/vboote/vfl63-68.htm
Lettre complète du 2 novembre 1945 de Robert Boulanger :



Source : dossier AC21P219504/301796 du Service Historique de la Défense de Caen.
GRISSMER YVONNE 1925 – 1944

Elle est née le 18 mars 1925 à Strasbourg (67) et grandit dans le village de Bischheim(67) où habitent ses parents.
Elle est la fille de Charles Grissmer et de Marie Kaufeld son épouse.
Célibataire, elle vit chez ses parents au 10 rue de l’étoile à Bischheim.
Après l’annexion de l’Alsace par les nazis elle doit changer de prénom (Yvonne étant « trop français ») par celui d’Erika ( dans le cadre de la germanisation forcée de la population alsacienne, tous les prénoms français qui n’avaient pas d’équivalence en allemand devaient obligatoirement être remplacés par un prénom germanique issu d’une liste de prénoms pré-sélectionnés).
Elles est incorporée de force dans la marine allemande « Kriegsmarine » le 5 mai 1944 et doit se rendre, comme « Marinehelferin » (aide-marinière) à Kiel qui est un grand port maritime sur les bords de la mer Baltique.
Le 20 novembre 1944 elle donne pour la dernière fois de ses nouvelles à ses parents, de Osehhof-Gottenhafen en Pologne et non en Allemagne comme indiqué dans le dossier (Gotenhafen = aujourd’hui ville de Gdynia en Pologne).

C’est la date du 20 novembre 1944 qui est retenue dans son acte de décès…elle avait 19 ans.
Elle a très certainement sombré avec le navire sur lequel elle se trouvait (à cette période de nombreux navires allemands sont coulés par l’aviation alliés ou les sous-marins russes le long des côtes de la mer du Nord et Baltique).
En date du 29 mars 1960 dans une déposition faite à la gendarmerie de Schiltigheim (dans le cadre de l’étude des dossiers des incorporés de force par l ministère des anciens combattants) son père déclare :
« Ma fille Grissmer Yvonne a été incorporée de force dans la marine allemande en 1944. Depuis la date de son départ, elle n’est pas reparue à notre domicile. Sa dernière lettre en date du 20 novembre 1944 était de Osehhof-Gottenhafen en Allemagne (Gotenhafen = aujourd’hui ville de Gdynia en Pologne . Je sais que mon enfant se trouvait sur un bateau. Elle se trouvait avec une jeune fille de Strasbourg-Robertsau dont j’ignore le nom et l’adresse. C’est tout ce que je puis vous dire concernant ma fille ».
Le même jour la gendarmerie interroge deux autres témoins :
Joseph Lehmann, 50 ans , peintre qui habite également 10 rue de l’étoile à Bischheim et il déclare :
« Grissmer Yvonne, était une voisine. En 1944 elle a été incorporée de force dans l’armée allemande. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue. De toute façon, elle n’est pas reparue au domicile paternel. Je puis certifier que cette jeune fille n’était pas volontaire pour servir la cause allemande et que si elle est partie c’est bien sous l’emprise de la contrainte ».
Charles Erb, 54 ans, secrétaire de mairie de Bischheim qui déclare :
« J’ai bien connu la jeune Grissmer Yvonne, qui est née le 18 mars 1925 à Strasbourg. Elle a été incorporée de force dans la marine allemande en 1944. Elle n’est jamais reparue au domicile de ses parents qui demeurent dans notre commune, au 10 rue de l’étoile. Cette famille avait toujours des sentiments francophiles » .
Par jugement du 7 juillet 1960 du tribunal de Strasbourg, il lui est décernée la mention « MORT POUR LA FRANCE ».
Merci à Claude Herold pour ses recherches et le partage des informations et documents trouvés.
Source : dossier AC21P219193/323312AL du Service Historique de la Défense de Caen – Mémoire des Hommes.




Sanitäter de la 716.Infanterie-Division

Ce sous-officier affilié à une Sanitätskompanie(Compagnie sanitaire) a la charge de fournir les premiers soins à ses camarades sur le champ de bataille.
Il est vêtu d’une chasuble et d’un brassard à croix rouge permettant d’identifier son rôle de soignant auprès des soldats de sa division et des forces adverses.
Il emporte avec lui deux gourdes de 1 litre à destination des blessés, ainsi que deux sacoches en cuir au ceinturon et une caisse métallique pour transporter son matériel de premier secours.
Ainsi qu’un brancard pour transporter les soldats les plus grièvement blessés.

Comme dans chaque division de la Wehrmacht, l’organisation des unités médicales est essentielle pour assurer le soutien sanitaire aux troupes en campagne.
Ces unités étaient responsables des premiers soins, de l’évacuation des blessés et de leur traitement initial avant un éventuel transfert vers des hôpitaux de campagne plus éloignés.
L’Organisation générale de ces unités sanitaires est la suivante :
1. Sanitätsdienst (Service de santé divisionnaire) :
Chaque division de la Wehrmacht dispose d’un Sanitätsdienst, dirigé par un Divisionsarzt (médecin-chef de division), un officier supérieur du service de santé.
2. Sanitätskompanie (Compagnie sanitaire) :
Chaque division a généralement deux Sanitätskompanien, qui sont des unités de soins avancées chargées de :
Fournir les premiers secours aux blessés sur le champ de bataille.
Mettre en place des postes de secours avancés (Hauptverbandplätze) situés à quelques kilomètres du front.
Organiser l’évacuation des blessés vers des structures médicales arrière.
3. Krankenkraftwagenzüge (Sections d’ambulances) :
Ces unités motorisées sont équipées de Krankenkraftwagen (ambulances) pour transporter les blessés des postes de secours vers les hôpitaux de campagne ou les points de transfert ferroviaires.
4. Feldlazarett (Hôpital de campagne) :
Situé plus en arrière du front par sécurité, il sert à traiter les blessés graves et les stabiliser avant leur transfert vers un hôpital permanent.
Un Feldlazarett peut être organisé sous tentes ou dans des bâtiments réquisitionnés.
5. Krankensammelstellen (Points de rassemblement des blessés) :
Zones où les blessés légers peuvent être soignés rapidement et éventuellement renvoyés en service, tandis que les cas graves sont envoyés vers l’arrière.
6. Veterinärdienst (Service vétérinaire) :
Chargé du soin des chevaux qui sont indispensables au transport du matériel, vivres, muntions… dans les unités d’infanterie et d’artillerie de l’armée allemande.
Comprend un Tierarzt (vétérinaire militaire) et un Pferdelazarett (hôpital pour chevaux).
Soutien médical complémentaire :
En plus des unités sanitaires divisionnaires, des hôpitaux d’évacuation (Evakuierungslazarette) et des hôpitaux militaires permanents (Kriegslazarette) existent en zone arrière et sont souvent reliés aux réseaux ferroviaires pour l’évacuation des blessés vers l’Allemagne.
Cette structure permet à la Wehrmacht de gérer efficacement les soins de ses soldats blessés tout en maintenant son effort de guerre.
Sources :
« Handbook on German Military Forces » (TM-E 30-451, publié par l’US War Department en 1945) – Ce manuel détaillé décrit l’organisation et la structure des unités médicales allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale.
« Die deutsche Wehrmacht 1939–1945 » de Wolfgang Fleischer – Une analyse de l’organisation et du fonctionnement des différentes branches de la Wehrmacht, y compris les services médicaux.
« Sanitätsdienst der Wehrmacht » – Divers documents et archives disponibles dans les archives militaires allemandes ou via des sites spécialisés sur l’histoire militaire comme Lexikon der Wehrmacht (www.lexikon-der-wehrmacht.de).
« Kranken- und Verwundetentransport im Zweiten Weltkrieg« de Karl-Heinz Parschalk – Une étude approfondie sur le transport des blessés dans l’armée allemande.



Schwere Panzerjäger-Abteilung 654

Vétéran allemand du front russe (combat depuis 1941), au grade de Lieutenant :
chef de char appartenant à la Schwere Panzerjäger-Abteilung 654, unité blindée équipée de chasseurs de chars de 45 tonnes « Jagdpanther » Sd.Kfz.173″ – Alsace, novembre 1944.


Il porte une tenue en drap entièrement noire, pratique pour ces hommes qui doivent entrer, se mouvoir à l’intérieur et sortir de l’espace très cloisonné du panzer, parfois très rapidement quand la situation l’exige.
Un véhicule blindé de ce type est inévitablement huileux, sale et plus ou moins poussiéreux, expliquant aisément le choix de la couleur noire pour cette tenue.

La veste croisée (Feldjack) porte comme attributs des pattes d’épaules bordées de rose (couleur d’arme des Panzertruppen allemandes) et des pattes de collet, elles aussi aux couleurs de l’arme avec la fameuse tête de mort (cette tête de mort est directement inspirée du Husaren-Regiment Nr.5 « von Ruesch » de Frédéric le Grand datant du milieu du 18 siècle).

Rubans de décorations et autres distinctions sont épinglées sur le coté gauche du blouson :
– Bandspange EK2 und KVK(Kriegsverdienstkreuz) mit schwerter.
– Croix de Fer 1ère Classe (EKI)
– Panzerkampfabzeichen « argent » (insigne de combats des blindés).
– Verwundetenabzeichen « argent » (insigne des blessés pour avoir été blessé 3 ou 4 fois au combat ou gravement atteint).

Le pantalon (Feldhose) est quand à lui de la même texture que la veste, avec des lacets de serrage en bas des jambes.
Le calot porté par cet officier est orné sur tout le pourtour du rabat d’un petit galon d’argent.
Un pistolet du modèle P38 logé dans son étui en cuir est porté sur le ceinturon avec boucle dite à ardillons.
Les écouteurs radio et laryngophone font parties des équipements de bord.



57 mm M1 Anti-Tank Gun

Edgar Louis Jackson 1918 – 1998

Edgar Louis was born on December 7, 1918 in Hopkins County, Kentucky.
His first name was Edgar, like his father’s, and to avoid confusion everyone called him Louis.
He completed high school.
His main hobby was hunting squirrels, doves, rabbits and quail.
Before the war, he was a farmer in Slaughters, Ky. USA.
His service records, like millions of others, were destroyed in a building fire at the National Personnel Records Center (NPRC) in St. Louis, Missouri, on July 12, 1973.
He didn’t talk much about what he’d accomplished during the war, but his son Bobby knows that after being drafted he was first sent to the Pacific to protect airstrips in Alaska, in the Aleutian Islands.

He later joined the 75th IDUS (we don’t know when) and was sent to fight in Europe.

His whereabouts during this period are not known (Normandy? Ardennes? Alsace? Germany?).
He ended the war as Staff Sergeant.

After 52 months in different theaters of operation, he was demobilized and returned to his native Kentucky to pursue his life as a farmer.
Before the war, he had a relationship with Mary Lee Grisham. After the end of the war and his return to the United States, they were married on October 6, 1945.

Mary Lee took part in the war effort, working in the « Sunbeam Munitions Factory » (Chrysler’s Evansville auto-assembly plant converted to ammunition production) in Evansville, Indiana.
The couple had the joy of enlarging their family with the birth of Kitty June Jackson in December 1946 and Bobby Gene Jackson in June 1952.

Edgar Louis Jackson died on June 8, 1998 at the age of 80, after surviving for several years the removal of a lung due to tobacco cancer.
He is buried at the New Salem Methodist Church Cemetery in Jewel City, Hopkins County, Kentucky.

Mary Lee Grisham Jackson, his wife, was born on August 23, 1921 in Webster County, Kentucky.

Mary Lee watched the Kentucky basketball games on TV and she did cheer for the wildcats and boo the opponents. She participated with a group of Methodist women at Onton Methodist church who met weekly and made quilts for people for the money given to the church.

She lived in her home (which she and Edgar had built after the war) until the last two months of her life, when she moved into a nursing home.

She died on September 15, 2022 at the age of 101 in Madisonville, Hopkins County, Kentucky.
After her death, her son Bobby and his sister Kitty, while cleaning out their late parents’ house, found in a cedar chest a packet of love letters that their father Edgar had sent to Mary Lee during the Second World War, and which she had treasured.
Thank you Edgar and Mary Lee for your dedication and contribution to the liberation of countries under the Nazi domination…we won’t forget you!


Marcel MEJEAN 1924 – 2025

Marcel est né le 18 janvier 1924 au 4 rue Cardinal Lavigerie situé au centre-ville de Sétif en Algérie.

Il grandi au milieu d’une famille nombreuse : il a 3 frères (Jean, Lucien et Fernand tué en 1940) et 3 sœurs (Raymonde, Paulette et Suzanne).
Sa maman s’occupe de ses 7 enfants et son père est employé au PTT (il a été mobilisé et a combattu pendant la première guerre mondiale au sein du 1er Régiment de Zouaves).

Marcel vit une enfance heureuse. Il quitte l’école à l’âge de 12 ans après le certificat d’étude, pour apprendre le métier de mécanicien dans un garage Renault.

Sportif, il pratique le football (avec une balle faite de chiffons) derrière les remparts de la ville qui était le terrain de jeux préféré de lui et ses copains, de toutes origines et religions. L’un de ses meilleurs amis est Arribi Mokhtar(1924-1989) qui deviendra footballeur professionnel à Sète dans les années 50 et qui a même joué un match avec l’équipe de France (il entrainera également l’équipe d’Algérie par la suite).

Il pratique également la boxe avec ses copains et souvent cela se termine par une ribambelle d’injures « comme seulement les Pieds-Noirs en connaissent » dixit Marcel Méjean.
Aves ces petits copains catholiques il est enfant de Chœur et aime particulièrement servir lors des mariages ou enterrement car souvent ils reçoivent un « bakchich » de quelques centimes ou francs qui leur permet d’aller acheter chez Saïd un petit pain avec une merguez.

La vie était belle mais cela ne va pas durer et un jour d’août 1939, finis les jeux d’enfants, la guerre approche à grand pas et devient de plus en plus réelle…Jeannot, Memé, Yvon, Moktar, les frères Levé, tous les petits camarades de Marcel se dispersent…ils ont alors entre 16 et 17 ans. Les 2 frères ainés de Marcel sont mobilisés dont Fernand qui est Mort pour la France le 15 mars 1941.

A 16 ans, trop jeune pour s’engager dans l’armée, Marcel décide de servir la France (par esprit de vengeance et de patriotisme) en rejoignant les Compagnons de France qui fabriquent des paniers en osier. Puis il travaille sur la base aérienne de Blida.
Le 1er octobre 1942 Marcel s’engage au 13ème Régiment du train de Clermont-Ferrand car il veux découvrir la « mère Patrie » comme il l’appelle. Il est dirigé le 30 octobre sur Philippeville où il loge à la caserne de France avant d’embarquer le 7 novembre et de quitter le port à 17h. Une fois au large, le navire doit faire demi-tour lorsqu’il fait face à l’armada américaine qui se dirige sur l’Afrique du Nord (débarquement « Torch » du 8/11/1942).
De retour à Sétif, Marcel s’engage alors au 7ème Régiment de Tirailleurs Algériens (7ème RTA) qui stationne dans sa ville natale.

Après 1 mois de classe et 1 mois de peloton pour être caporal, Marcel est dans les 5 premiers et est désigné comme chef d’une pièce anti-char (37mm) ainsi que pour partir en Tunisie. Le 3 janvier 1943 Marcel et son Bataillon doivent colmater une brèche dans le dispositif français. Il reçoit son baptême du feu face à l’Afrika Corps du général Rommel avec une trentaine de Chars qui avaient forcés la passe du Djebel El-Hasureb. En mai 1943 à la fin de la campagne de Tunisie, Marcel rentre à Sétif pour fêter cette première victoire.

Après quelques jours de repos Marcel et ses camarades sont entièrement rééquipés par les américains et ils se retrouvent en Oranie pour suivre un entrainement très dur et sélectif (combat/débarquement/sport…). Sa compagnie anti-char est à présent équipée de canon AT-57mm US.

Début décembre 1943 le 7ème RTA quitte la région d’Oran pour rallier en camion Bizerte (Tunisie) le 18 décembre 1943…le convoi fait 60 kms de long. La mère de Marcel vient le voir avant son embarquement le 20…ils ne le savent pas encore mais ils ne se reverront que dans 5 ans. Le 23 décembre, après une traversée difficile, Marcel aperçoit le Vésuve et il débarque à Bagnoli près de Naples.
Le 7ème RTA (au sein de la 3ème DIA) participe avec le Corps Expéditionnaire Français (CEF) du général Juin à la campagne victorieuse d’Italie de Naples à Sienne. Marcel Méjean fait toute la campagne d’Italie (Monte Cassino, Garigliano, ligne Gustave, ligne Dora…).

Le 14 juin 1944 à Valentano, Marcel Mejean étrenne ses galons de sergent.

Il met avec ses hommes , son canon de 57mm en batterie à proximité d’un carrefour, quand soudain un panzer IV arrive devant eux et ouvre immédiatement le feu avec sa mitrailleuse de bord. Marcel ordonne de suite à son tireur de faire feu. L’obus perforant transperce la tourelle et tue 3 de ses occupants.

Pour ce fait d’arme Marcel Mejean obtient une première citation à l’ordre de la Brigade :
« Sous-officier, chef de pièce anti-chars. Le 14.6.1944 près de Valentano a stoppé un char allemand attaquant une résistance à la mitrailleuse, a fait deux prisonniers ».
Après la prise de Rome le 7ème RTA poursuit son avancée jusqu’à Sienne où il défile devant le général Juin.

Marcel se souvient d’une campagne victorieuse, mais qui fut l’une des plus pénibles en raison d’un hiver très rude, du manque de repos, des nombreuses pertes et des combats incessants : « je fus de tous ces combats : de la misère héroïque de Tunisie aux heures de gloires de Marseille, en passant par le terrible hiver italien, et les sanglants combats du printemps 1944, qui ouvrent aux alliés la route de Rome et les portes de la Toscane ».
Après quelques jours de repos Marcel et ses camarades traversent toute l’Italie pour se retrouver à Tarente et préparer un futur débarquement sur les plages du sud de la France…sans le savoir.

Le 8 août 1944, Marcel embarque avec une partie du 7ème RTA sur le navire anglais « Worcestershire ».

Son convoi emprunte « la route » la plus longue qui longe les côtes de la Sicile, puis cap sur la Tunisie, lle cap Bon avant de s’arrêter devant Bizerte pour repiquer vers l’Algérie. Marcel et ses camarades pensent rentrer à Sétif mais tout un coup le convoi met cap plein Nord…cette fois tous ont compris : l’opération Anvil-Dragoon est lancée.

A la vue des côtes françaises une voix s’élève à bord du navire de Marcel : « nous voici en France ! » et aussitôt tous les soldats chantent la marseillaise les larmes aux yeux. Une minute plus tard une vague de chasseurs-bombardiers allemands surgit dans le ciel et attaque la rade de Saint-Tropez mais elle est très vite dispersée par la puissante DCA du convoi.

Marcel débarque à Sylvabelle dans la baie de Cavalaire.

A l’entrée de Saint Tropez, sur la plage de la Foux, il découvre 80 morts et blessés et parmi eux un bon camarade de Borj-Bou-Arridj, Aimé Seilles. C’est la première fois que Marcel pose ses pieds sur le sol métropolitain et il n’est pas le seul car 80% des soldats du 7ème RTA sont des Pieds-Noirs, Corse ou Algériens de souche.

Le 20 août commence les combats pour la libération de Marseille.

Le 22, Marcel fait partie d’un groupe du 7ème RTA qui remonte le boulevard de la Madeleine. En entrant dans la ville la foule grossit de minute en minute, les femmes sautent aux cous des soldats.

Cette liesse populaire est gravée à jamais dans la mémoire de Marcel. L’acte de reddition allemand est signé le 28, et le lendemain le 7ème RTA défile en tête des troupes françaises le long de l’Avenue de la République, du vieux port et de la Cannebière. Ces combats coutent la vie à 80 tirailleurs du régiment.
Le 7 septembre Marcel et son régiment quitte Marseille (« sans regret car cette ville est envahie de faux résistants, agitée par les trafics et règlements de comptes ») pour filer vers les Vosges et l’Alsace. En traversant Grenoble Marcel remet à un inconnu (qui se trouve au bord du trottoir pour les regarder passer) une carte destinée à sa sœur qui habite la ville et qu’il n’a pas vue depuis 6 ans (sans le savoir il était à 20m de chez elle).
Puis, c’est le Doubs, les Vosges, la vallée de la Moselotte et l’Alsace…

En novembre 44 les combats sont intenses et c’est en montant un poste avancé dans le secteur de La Bresse que Marcel apprend que son meilleur camarade ; Modica surnommé Tintin est mort, tué par une grenade. Cela lui cause une grande peine car ils étaient inséparables.

Marcel passe son premier noël sur le sol de France à Kruth; le premier libéré par le 7ème RTA en Alsace.

Un repas amélioré est servi avec une double ration de vin, sans parler du schnaps à volonté distribué gracieusement par les gens du village…sauf pour les hommes qui montent la garde !

Du 1 au 5 janvier 1945, Marcel à la chance de bénéficier d’une permission qu’il passe à Grenoble pour voir sa sœur. Il rejoint son unité à Saulxures et se retrouve quelques jours plus tard à Krautergersheim pour défendre Strasbourg d’un retour des forces allemandes. Il fait un froid de canard (-12 degrés).

Le 18 janvier 1945, jour de son 21ème anniversaire il entre dans Erstein par la rue de l’hôpital.

C’est en faisant une pause pour repérer le meilleur emplacement pour poster son canon qu’il repère au numéro 9 de cette même rue une jeune fille (qui deviendra sa marraine de guerre) toute emmitouflée dans un fichu de laine, avec un pot de lait…ce n’est pas le petit chaperon rouge mais simplement la future épouse de Marcel (ils se marient 4 années plus tard).

NB : son épouse est arrêté par la Gestapo le 8 décembre 1943 et envoyée le 22 au camp de redressement de Schirmeck (suite à une dénonciation) pour avoir aidé des prisonniers dans l’usine d’armement de Rhinau où elle travaille. Elle en sort sur une civière et est ramenée à l’hôpital de Erstein, le 30 mars 1944, alors qu’elle ne pèse plus que 37 kgs.

Le 22 janvier, suite à la contre-offensive allemande il se retrouve dans le secteur de Gambsheim-Kilstett où les combats font rage. En février 45, Marcel est en repos à Truchtersheim.

Il est nommé sergent-chef en mars 1945 et il est affecté au 49ème RI (ex Corps Franc Pommiès), toujours au sein de la 3ème DIA.
Il franchit le Rhin le 2 avril 1945 à hauteur de Spire en Allemagne et débute ainsi sa campagne d’Allemagne.
Marcel Mejean obtient une nouvelle citation, à l’ordre du régiment, le 8 avril 1945 :
« Excellent Chef de groupe courageux et dévoué. Le 8 avril 1945 à Ditzingen, au cours d’une mise en batterie mouvementée, sous le feu ennemi, a réussi par son sang-froid à capturer un soldat ennemi ».

Le prisonnier en question va livrer de précieuses informations concernant les défenses de la ville de Stuttgart qui sera définitivement prise le 22 avril 1945 au prix de nombreuses pertes (40 tués, 160 blessés et 10 disparus). Marcel occupe avec son groupe la gare centrale qui est encore en feu.

Après la fin de la guerre le 8 mai 1945, Marcel rentre à Sétif pour une permission bien méritée. Il se porte volontaire pour l’Indochine et doit retourner à Oberndoff en Allemagne pour rejoindre le 23ème Régiment d’Infanterie Colonial (23ème RIC).

Le 4 décembre 1945 Marcel embarque à Marseille sur le navire « King-Point Victory » et arrive à Saïgon le 26 décembre (Marseille – port Saïd – Suez – Djibouti – Colombo – Singapour – Saïgon).

Son « séjour » en Indochine dure 3 ans de 1945 à 1948.

C’est le 15 janvier 1946, jour de la Saint Marcel, lors d’une attaque surprise de son poste avancée (9 soldats contre une cinquantaine) que Marcel se distingue à nouveau et qu’il est cité à l’ordre de la Brigade : « Chef de poste à Cho-cu-Chi, son poste étant attaqué par surprise par une cinquantaine de rebelles armés de fusils et de grenades, a fait preuve du plus grand sang-froid, a repoussé l’attaque, obligeant les rebelles à se retirer en laissant 5 morts sur le terrain ».


Après 3 années de luttes incessantes Marcel embarque sur le « Félix Roussel » le 24 janvier 1948 pour arriver en France le 22 février 1948.
Le 16 avril 1949 il se marie avec Marie-Louis Steiner dit « Marlyse ». Ils ont la joie d’avoir 2 enfants : Serge en 1950 et Mario en 1952.

Marcel poursuit sa carrière militaire en Afrique et Haute-Volta de 1949 à 1952, puis le Mali de 1953 à 1955 et de 1958 à 1960.

De1955 à 1958 il est en Algérie, où il obtint une nouvelle citation (à l’ordre de la Brigade) :
« L’adjudant-Chef Mejean Marcel, officier de renseignements du S/quartier Saint-Victor a , par son activité incessante, son dynamisme, des solides connaissances de la langue et du pays, largement contribué à maintenir le calme dans la région. Le 21 mars 1958 à Montebello (Algérie), a localisé une bande et a permis de détruire un groupe de cinq rebelles armés, auteurs de nombreuses exactions dans la mitidja ouest ».

« Le commandement a voulu me nommer officier mais j’ai refusé en disant qu’il vaut mieux rester un adjudant-chef vivant qu’un sous-lieutenant mort ! »
Il participe aux opérations de de Port-Saïd en 1956.

En 1958 il quitte l’Algérie, son pays natal, sa famille, sa maison en sachant qu’il n’y retournera plus.
Le Niger de 1958 à 1961 et le Cameroun en 1962.

Il est titulaire des décorations suivantes :
Chevalier de la Légion d’Honneur,
Médaille Militaire,
Ordre National du Mérite,
Croix de Guerre 1939-1945 avec 2 citations,
Croix des TOE avec 1 citation,
Croix de la Valeur Militaire avec 1 citation,
Croix des Engagés Volontaires,
Croix du Combattant 1939-1945,
Médaille coloniale avec agrafe Tunisie et Afrique,
Médailles commémoratives :
Italie, Guerre 1939-1945, Extrême-Orient, Algérie,
Grand prix humanitaire – médaille de Vermeil,
Médaille d’or de l’académie du dévouement national,
Médaille Rhin et Danube,
Médailles des victimes de guerre,
Mérite du combattant,
Médaille du Djebel,
Médaille du combattant moins de 20 ans,
Médaille combattants 1939-1945.

Marcel Méjean quitte définitivement l’armée en 1963 après 2940 jours de guerre (il a participé à 8 guerres) et revient avec sa famille à Erstein.
Le soleil lui manque et à partir de 1976 il s’installe avec sa famille à Grenoble puis Bandol pendant une douzaine d’années.
En 1988 il revient s’installer à Erstein pour voir grandir ses 3 petits enfants (et par la suite les 3 arrières petits enfants).

Il exerce le métier de moniteur d’auto-école et pratique activement le judo où il enseigne de nombreuses années.

Sa retraite est ponctuée de voyages avec son épouse, de croisière, il aime aussi chanter et est très investit dans le milieu associatif.
En 2014, il a le malheur de perdre sa très chère épouse après 65 ans de vie commune.
Il cuisine encore lui-même, fait la lessive et repasse ses chemises. Beaucoup d’amis viennent lui rendre visite, sa famille est très présente et il est fier de pouvoir encore participer à toutes les cérémonies commémoratives.
Le 18 janvier 2025 il fête ses 101 ans en présence de sa famille et de ses nombreux amis.

Marcel nous quitte le jeudi 20 février 2025 au matin après une brève hospitalisation, pour rejoindre pour l’éternité sa chère épouse et ses valeureux camarades du 7ème RTA.
Merci infiniment Monsieur MEJEAN pour votre engagement total au service de la France.
Au revoir Monsieur MEJEAN, et non adieu, car nous n’oublierons pas ce que nous vous devons et surtout…nous ne vous oublierons pas!!!

MERCI Monsieur Méjean pour votre engagement sans faille au service de la France !
En avril 2025 sera remis aux nouveaux récipiendaires de la nouvelle promotion de la 7ème Brigade Blindée l’insigne au nom de l’Adjudant-Chef Marcel Mejean en reconnaissance de la nation et de ses pairs pour son parcours exceptionnel.

en complément :











Couvre casque camouflé de type « Eclats » (Allemagne)

Cet effet de camouflage a été découvert dans le village de Houssen avec 2 « Windjacke » (coupe-vent) de Gebirgsjäger allemand.
Il y a une forte probabilité que ces effets appartenaient au soldats de l’Aufklärungs-Abteilung 67 de la 2.Gebrigs-Division.
Il s’agit d’une des premières composantes de la division de montagne à combattre dans la Poche de Colmar dès le 24 janvier 1945.
De par sa fonction de troupe de reconnaissance(Aufklärung en allemand), l’unité est envoyée au contact du 7th Infantry Regiment de la 3ème Division d’Infanterie américaine « Rock of the Marne » pour évaluer le dispositif des forces francos-américaines dans le secteur de Schoppenwihr-Houssen.
Compte tenue des pertes importantes lors des combats défensifs, l’unité sera amalgamée à d’autres groupes de la 2.Gebirgs-Divison pour poursuivre les combats le long du Rhin (Zone de repli de la 19.Armee) jusqu’à l’évacuation total de la division en Allemagne lors du franchissement du Rhin le 7 Février 1945.


