Georges CHEVET 1924 – 2020

Portrait de Georges Chevet avec le port de la fourragère de la Croix de Guerre 1939-1945 -collection famille Chevet.

Georges Chevet est né le 7 août 1924 aux Gendelins dans la commune de Thiel-sur-Acolin dans le département de l’Allier (03).

Ses grand-parents maternels sont métayers dans une ferme de 30 à 40 hectares avec du bétail. Sa maman Antoinette, est née en 1904 et travaille avec eux. Le Jacques, le futur mari d’Antoinette est né en 1901; il est engagé comme domestique et à en charge principalement les chevaux de l’exploitation (il revient de son service militaire à Coblence en Allemagne).

François Malioge, le chef d’exploitation, grand-père de Georges a combattu à Verdun en 1916; il a été gazé (à l’ypérite…le « gaz moutarde ») comme de nombreux soldats. Il décède 3 à 4 ans après la naissance de Georges et c’est son père Jacques qui se retrouve du jour au lendemain responsable de l’exploitation.

Sur cette photo prise lors du mariage de Valentin Chevet le 24 janvier 1933 on distingue à l’extrême droite Georges Chevet qui a 8 ans – collection famille Chevet.

En 1930 Georges entre à l’école de Thiel-sur-Acolin qui est dirigé par M Boulet; un instituteur (il est également le secrétaire de mairie) très droit et strict : il fallait entrer en classe les uns derrière les autres, la coiffure à la main et dire « bonjour Monsieur ». A 6 ans il se rend tous les jours, à pieds, en sabots en bois comme seules chaussures, à l’école communale qui est à 3,5 kms de chez lui. Ne pouvant rentrer pour manger à midi il emporte avec lui, en plus de son cartable, un panier avec son repas. Avant d’aller à l’école et après, Georges aide ses parents à la ferme, dès l’âge de 11/12 ans en nettoyant les étables et les écuries.

De gauche à droite : Jacques Chevet(le père de Georges) – Gilbert Chevet (son frère) – Georges Chevet(cercle bleu) – Valentin Chevet (frère de Jacques) – Gilbert Chevet (père de Jacques et Valentin – collection famille Chevet. 

Dès l’âge de 7 ans il doit aller une fois par semaine au catéchisme pour préparer la première communion. Après 5 ans de catéchisme il obtient la meilleure note lors du test de fin d’étude, ce qui lui confère de d’être en tête de cortège lors de la cérémonie de la communion solennelle en mai 1936 (il a 12 ans). Il reçoit à cette occasion son premier costume, sa première bicyclette et montre avec une chaîne plaquée or. En 1936 la famille s’agrandit avec l’arrivée du petit Raymond.

Les trois frères : Georges né le 7/08/1924 à gauche, au milieu son frère Gilbert né le17/10/1925) et dans ses bras leur petit frère Raymond né le 16/12/1936 – collection famille Chevet. 

Georges passe son certificat d’étude en juin 1937 à Chevagnes, avec son frère Gilbert cadet d’un an (né en 1925). C’est à cette occasion qu’ils montent pour la première fois dans une voiture et effectue la route avec l’un des parents de classe propriétaire du véhicule. En 1937 l’Assemblée Nationale vote la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans. Georges ayant son certificat d’étude en poche ne veut pas poursuivre et rejoint son père à la ferme. Les voisins ayant un poste TSF, Georges en profite pour l’écouter lorsqu’il travaille dans le champ qui est à proximité. Georges se souvient dans ses mémoires d’une période particulièrement difficile pour les paysans ainsi que la montée des extrêmes et de l’antisémitisme dans l’ensemble du pays. A cette période, son père Jacques (à 37 ans) est incorporé dans une section de surveillance aérienne au château de La Fin entre Thiel et Chevagnes.

Le château de la Fin – source internet.

Le 11 novembre, jour de la Saint-Martin, toute la famille déménage dans une autre ferme, au lieu-dit les Neuffonds sur la commune de Bessay-sur-Allier, toujours en métayage. Georges est responsable des chevaux et découvre le métier de charretier. Hélas en septembre 1939, après l’entrée de l’Allemagne en Pologne, la France et l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne. L’ordre de mobilisation générale est lancé : le père de Georges est rappelé et les trois beaux percherons de Georges sont réquisitionnés à son grand dam…il ne les reverra jamais.

Au printemps 1940, la ferme étant à proximité de la nationale 7, Georges se souvient de voir arriver tous les jours les réfugiés suite à la déroute française qu’il faut loger (le grenier est transformé en couchage). Après la signature de l’Armistice à Rethondes, le 22 juin 1940 son père est démobilisé. En 1942 lorsque le grand-père paternel décède, seul son père et sa mère peuvent l’accompagner dans sa dernière demeure car il veut être enterré auprès de son épouse qui est enterrée au cimetière de Thiel-sur-Acolin qui se trouve de l’autre côté de la ligne démarcation car la Kommandantur de Moulins n’a délivré que deux laisser-passer pour éviter que toute la famille reste en « zone libre ».

Georges Chevet au début des années 1940 – collection famille Chevet.

En 1943 c’est l’année des restriction et chacun a des cartes de rationnement. Georges a 19 ans il est dans la catégorie J3; il a droit à du tabac qu’il donne à son père et 500 gr de sucre. Pour la viande, la farine, les légumes..la famille est heureusement autonome grâce à la ferme. Cette année là est une année agricole à fort rendement et devrait faire une excellente récolte (malgré qu’une grande partie de celle-ci sera réquisitionnée par l’occupant nazi) mais quelqu’un met le feu aux champs pour que l’occupant n’en profite pas (et peut-être par jalousie aussi?)…la famille est quasi ruinée.

En 1944, l’année de ses 20 ans, Georges devient mobilisable pour le Service Obligatoire du Travail (STO) imposé par le régime collaborationniste de Vichy. Il est convoqué au siège de la milice avec tous ses camarades nés en 1924. Après la visite médicale il est jugé apte pour le STO mais obtient un sursis de 3 mois puis renouvelé de 3 mois supplémentaires…en juillet 1943 miraculeusement il n’est pas appelé…? Il est toutefois réquisitionné par la milice pour creuser des tranchées tout le long de la Nationale 7 et pour effectuer la nuit des tours de garde le long de la voie ferrée pour éviter des sabotages (en cas de sabotage dans son secteur des représailles étaient possibles contre eux).

Insigne de la Division d’Auvergne – source : « Du maquis d’Auvergne au lac de Constance ».

Après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie et celui du 15 août 1944 Georges et ses camarades sentent que la libération du pays est proche. Avec tous les jeunes de divers origines ou tendances politiques se regroupent pour participer aux ultimes combats. Le 28 août 1944 ils rejoignent un petit maquis formés par des réfractaires au STO. Le lieu de rassemblement se trouve dans la grange de Mr Ravel, qui existe toujours, dans la « rue du maquis de Chaugy » à Bessay. Ils sont 17 jeunes à rejoindre le Maquis de Chaugy, une bonne moitié n’a jamais vu de fusil de sa vie et ils s’installent dans la ferme attenante au château de Chaugy. Mis à part les chefs personne n’a d’arme.

Photo souvenir de 4 hommes du groupe « Roussel » avec leur side-car devant un bel alignement de véhicule aux couleurs du groupe « Roussel » avec le Diable Rouge peint sur les portières avant (on le distingue parfaitement sur le véhicule de gauche) avec les couleurs tricolores sur le garde boue avant – collection famille Chevet.

Georges entre au « Groupement Roussel » le 28 août 1944 au Régiment « Loire-Allier » qui devient la Division Légère d’Auvergne, puis Brigade et Demi-Brigade d’Auvergne, commandée par le Colonel Colliou dit « Roussel ».

Dans la cours d’une ferme avec 2 mitrailleuses Hotchkiss sur leur affût-trépied – collection famille Chevet.

La première opération à laquelle participe Georges est celle de la prise de la gare de Thiel-sur-Acolin où ils font prisonnier une quarantaine de soldats allemands. Après la libération de la ville de Vichy le 26 aout 1944, Georges et ses camarades participent au défilé sous les applaudissements de la foule.

Les hommes du maquis de Bessay défilant dans Vichy au moment de la libération. Georges Chevet est le 4ème dans la première colonne – source famille Georges Chevet.
Georges Chevet avec l’un de ses camarades et une autre personne devant l’hôtel de ville de Vichy (photo prise certainement le même jour du défilé) – collection famille Chevet.

Deux jours après la libération de Moulins (le 6 septembre 1944) Georges se retrouve à Saint-Pierre-le-Moutier sur la route de Decize pour participer à l’interception et plusieurs combats avec une partie de la colonne Elster qui se rendra le 15 septembre 1944 aux américains.

Monument commémoratif sur la façade de l’Hotel de ville d’Arcay (Cher) – source : https://maquis-de-chaugy.fr/le-rattachement-a-la-demi-brigade-dauvergne-sous-le-ordre-du-colonel-roussel/

en complément : (https://museedelaresistanceenligne.org/media7406-La-reddition-de-la-colonne-Elster).

Photo souvenir avec une belle prise de guerre…un canon antichar allemand Pak 35/36, calibre de 3.7 cm – collection famille Chevet.

Le 13 septembre 1944 la Demi-Brigade d’Auvergne intègre la 1ère Armée Française et devient le Régiment d’Auvergne avant d’être renommé par le Général de Lattre 152ème Régiment d’infanterie le 21 novembre 1944 (il est rattaché à la 9ème Division d’Infanterie Coloniale – 9ème DIC).

Insigne du 152ème RI avec son légendaire Diable Rouge – collection famille Chevet.

Le 1 octobre 1944 Georges Chevet s’engage pour la durée de la guerre dans la 1ère Armée française (comme pour tous les maquisards qui veulent combattre au sein de l’armée régulière). A partir de là commence la formation militaire avec le maniement des armes, l’entrainement et l’apprentissage au pas cadencé.

Groupe de mitrailleurs en formation avec 3 fusil-mitrailleur dont deux Bren anglais parachutés – collection famille Chevet.
Photo de cours lors de leur formation avec un fusil-mitrailleur Bren anglais. A noter les 3 grenades à manche allemandes dans le ceinturon du soldat à l’extrême droite – collection famille Chevet.

Georges se forme comme tireur au fusil-mitrailleur Bren et est affecté au III Bataillon dans la compagnie d’accompagnement (CA3).

A Pont-de-Roide Georges se tord la cheville et se retrouve à l’infirmerie.

Au dos de la photo est inscrit « Georges pendant la campagne d’Alsace » – collection famille Chevet.

Le 24 novembre le 152ème RI se retrouve à Courtelevant car il doit se diriger vers la forêt de l’Oberwald et Seppois. Georges nous raconte que le lendemain matin alors qu’ils doivent déclencher l’attaque, les allemands déclenchent un tir de barrage d’artillerie, pour tenter de se dégager, qui va durer 4 heures et causer de nombreux blessés(51) et victimes(18 tués et 5 disparus) parmi les troupes françaises. Un éclat d’obus sectionne le bi-pieds du fusil-mitrailleur, à 30cm de la tête de Georges…il a eu chaud! Il fallut une contre attaque énergique pour repousser les allemands qui avaient enfoncés les lignes.

Carte des opération dans le secteur de l’Oberwald en date du 26 novembre 1944 -source : « Historique du 152ème RI 1944-1945 ».

Par la suite Georges se retrouve dans le secteur de Burnaupt et Aspach-le-Haut. Une nuit alors qu’il est de garde à la mitrailleuse avec deux autres sentinelles, une explosion retentit à une centaine de mètres devant eux. Il tire une rafale dans cette direction et puis plus rien? une attaque? Il alerte le PC mais personne ne lui répond. Le lendemain il fait part de l’incident à son adjudant-chef qui lui affirme que ce n’était rien…certainement un chien ou du gibier qui a sauté sur une mine. Mais l’adjudant Pujos, soucieux, s’y rend pour vérifier et y trouve une coiffure allemande, une mitraillette, une veste et une grande tache de sang. Georges et ses camarades supposent qu’il s’agissait peut-être d’une patrouille de reconnaissance allemande ou d’un déserteur voulant se rendre…on ne le saura jamais.

Georges fête noël 1944 à Aspach. Grâce à la générosité de la commune de Bessay et le directeur de la biscuiterie, chacun reçoit un colis de victuailles, conserves et une boite de 500gr de biscuits Délos. Cette nuit là la fête ne fut pas totale pour lui car il est de garde mais celui qui devait le remplacer n’est pas venu le relever et de ce fait n’arrive qu’en fin de repas où il n’y a que quelques restes. A cette période il découvre également les rations américaines. Il ne participe pas aux combats de Lutterbach avec sa section car il a attrapé la dysenterie.

Fiche de solde de décembre 1944 signé par le capitaine Genin commandant la CA3 – collection famille Chevet.

Début janvier le régiment se trouve dans le secteur de Morschwiller avant de combattre du 20 au 22 janvier 1945 à Lutterbach. Le 24 au soir une messe est donné à l’église de Morschwiller pour les morts du 152ème RI. Le 25 janvier à 2h du matin un ordre de mouvement est donné pour la cité de Richwiller où l’unité doit s’installer défensivement et relever le Bataillon de Choc. L’ambiance dans la cité est pénible, les maisons sont détruites et la tempête de neige rend les transports de ravitaillement très difficiles avec 40 cm de neige fraîche.

Georges prend position dans un hangar à potasse dans l’enceinte de la gare de Richwiller, en bordure de la forêt du Nonnenbruck.

La gare de Richwiller dans les années 30 qui se trouvait en face du puits de potasse max – source : société d’histoire de Richwiller-1439043533
Carte des opération dans le secteur de Richwiller en date du 25/26 janvier 1945 -source : « Historique du 152ème RI 1944-1945 ».

Il installe son fusil-mitrailleur dans une brèche faite par un obus. Il récupère un peu de paille qu’il trouve dans un coin pour dormir sur la dalle bétonnée. il fait très froid et il a les pieds gelés. Alors qu’il monte la garde derrière son arme, un obus tiré par les allemands explose juste en face de sa position. Un éclat difforme d’un centimètre et demi se loge dans son avant-bras droit.

Dans le journal de marche du régiment on peut lire à ce sujet :  » Ce dernier réagit par ses feux, de nombreux tirs d’artillerie, de mortiers et de nebelwerfer s’abattent sur nos positions. Vers 10h (Georges est blessé à 9h45) un tir violent de 88 et 150 s’abat sur la cité Amélie II, tue un volontaire et en blesse un autre… ».

Fiche originale de blessé du 25 janvier 1945 de Georges Chevet du IIIème Bataillon du 152èRI (III/152) établit à 10h du matin lors de son évacuation. Elle nous apprend que Georges a été blessé à 9h45 par un éclat d’obus dans l’avant bras droit; qu’on a utilisé 4 compresses avec sulfamides et un pansement pour ses soins de premiers secours. Il a été pris en charge par le 22ème Bataillon Médical à 11h20 et transporté vers l’hôpital de Campagne 401(HC401) – collection famille Chevet.

Son sergent-chef se porte à son secours alors que le bombardement se poursuit, profitant d’une accalmie, Georges est emmené à l’infirmerie située à 400 mètres où il est pris en charge par le personnel médical. Il est évacué vers l’hôpital de Mulhouse où il y avait beaucoup de blessés dans les couloirs et le hall. C’est en ambulance qu’il est emmené à l’Hôpital de Belfort où il est opéré avec succès. Après quelques jours il est évacué en train sanitaire à Evian-les-Bains. Le voyage dure 2 jours. On l’installe à l’hôtel Splendid qui est réquisitionné et transformé en hôpital militaire. Georges se retrouve dans une chambre de 4 personnes et une salle de bain…le grand luxe! durant sa convalescence, il ne peut pas écrire avec sa main droite en écharpe, mais va au secrétariat pour taper à la machine avec sa main gauche valide ses courriers.

Le soldat de 2ème classe, Georges Chevet, de la Compagnie d’Accompagnement 3 du 152ème RI est cité à l’ordre de la Division avec attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile d’argent :

« Jeune volontaire plein de courage et d’allant qui a participé aux différents combats menés par son unité en Alsace. Le 25 janvier 1945, lors d’une contre-attaque ennemie dans le bois de Nonnenbruck, a continué à servir son arme malgré des tirs violents d’armes automatiques et de minen. A été blessé au cours du combat ».

Original de la Citation à l’ordre de la Division attribuée à Georges Chevet – collection famille Chevet.

Après cicatrisation de son bras quelques semaine plus tard, il est convoqué à une visite médicale pour déterminer son aptitude et savoir s’il peut rejoindre son régiment. Malheureusement pour lui il est classé service auxiliaire(SX) ce qui signifie qu’il n’est plus apte au combat. Georges écrit au Colonel Colliou pour obtenir son aide mais il lui répond qu’il ne peut rien faire contre cette décision. Il lui transmet par contre avec sa réponse une permission permanente qui lui permet de profiter pleinement de son temps libre en dehors des périodes de soins.

Georges Chevet en 1945 après sa convalescence – collection famille Chevet.

Il est affecté d’office au 121ème Régiment d’Infanterie à Montluçon, à la caserne Richmond en tant qu’aide infirmier. Il aide le corps infirmier lors des visites d’incorporation de la classe 1943. Le 8 mai 1945 il est chez ses parents lors d’une permission, lorsque toutes les cloches se mirent à sonner pour annoncer la fin de la guerre. Georges est muté au 92ème RI et affecté au commissariat militaire en gare de Clermont-Ferrand où chaque jour il réserve des places pour les militaires dans les wagons pris d’assaut par les civils. Il est démobilisé le 30 octobre 1945.

Carte permettant de situer le parcours de Georges de 1924 à janvier 1945 – carte klm127.

Un fois la guerre terminée et son retour à la vie civile, la vie reprend petit à petit son cours normal. Le père de Georges lui propose (ainsi qu’à son frère) de créer un GAEC mais il ne souhaite pas continuer le métier de cultivateur. Les cartes d’alimentation étaient toujours en vigueur mais les jeunes profitaient des bals et fêtes de village pour s’amuser. C’est lors de la fête de la Loue que Georges rencontre une gentille fille avec qui il danse toute la nuit…Simone Favier (née le 7 octobre 1924) la fille du garde-barrière de la Ferté Hauterive…sa futur épouse.

Georges et Simone se marient le 26 avril 1947 à Bessay.

Le 26 avril 1947 – collection famille Chevet.

Après un premier métier aux ponts et chaussées, Georges entre à la SNCF en tant qu’auxiliaire au service de la voie le 21 novembre 1947.

Georges devant la gare avec son premier fils Robert dans le landau – collection famille Chevet.

La famille s’agrandit avec l’arrivée de Robert en 1949, Daniel Raymond en 1952, Henri Lucien en 1953 et Bernadette Jeanine en 1956. Après avoir gravi tous les échelons, Georges est nommé au grade d’inspecteur et part à la retraite le 7 août 1979 à l’âge de 55 ans.

Georges et Simone profitent d’une retraite bien méritée en voyageant aux quatre coins du monde : France, Europe, Bali, Brésil, Canada, Chine, Russie, Etats-Unis….

Georges Chevet nous quitte le 6 avril 2020 des suites de la covid et sa très chère épouse le rejoint pour l’éternité 7 jours plus tard le 13 avril 2020.

Georges et Simone en 2017 pour leur 70 ans de mariage – collection famille Chevet.

Nous remercions très sincèrement son fils Robert et toute sa famille pour la confiance qu’ils nous accordent et pour le partage de leur histoire familiale.

Georges Chevet rejoint ses vaillants camarades pour l’éternité…nous ne l’oublierons pas !

Il est titulaire de la Croix de Guerre 1939 -1945 avec étoile d’argent et de la Médaille Militaire.

sources : « Mémoire d’une vie » de Georges Chevet – Le journal de Marche du 152ème RI – « Du Cantal au Lac de Constance » – Le journal de Marche du 1/152 1944-1945 – https://maquis-de-chaugy.fr/

Si vous voulez en apprendre davantage sur son histoire nous vous conseillons l’excellent site de son fils Robert Chevet : https://maquis-de-chaugy.fr/

Georges Chevet (à droite) avec son camarade Beurrier de Neuilly (on distingue sur son berret l’insigne du diable rouge et le n°152 du régiment) selon la légende au dos de la photo. A noter le port d’un ceinturon allemand (certainement un trophée de guerre et/ou par nécessité) par Georges. le lieu de la prise de cette photo est inconnue – collection famille Chevet.
Georges (à gauche) avec un camarade (le même que devant l’hôtel de ville de Vichy) devant les établissements  » J.MUGIN MACHINES A COUDRE ATELIER DE REPARATION ». Le lieu reste inconnu mais il est fort probable que cette photo a été prise le même jour à Vichy comme celle devant l’hôtel de ville – collection famille Chevet.
Original de la Citation à l’ordre du Corps d’Armée du IIIème Bataillon du 152ème Régiment d’Infanterie signé le 1er août 1945 à Singen par le Chef de Bataillon De Sagazan, commandant le III/152 – collection famille Chevet.
Collection famille Chevet.

Joseph “Joe” Paull 1910 – 1979

1st.LT. Joseph « Joe » Paull – Paull Family Collection.

Joseph Thomas Paull was the son of immigrants from Cornwall in Southwest England.

He was born on November 19, 1910, in Ishpeming (Michigan) and he grew up in northern Michigan. 

He graduated from High School in 1928. 

The next year, he taught in a one room rural school house (Kindergarten through 8th grade) in L’Anse, Michigan (Joseph referred to it as Twin Township School, we assume it was a combined school for two small, neighboring towns). He lived in a back room and chopped wood to keep the school warm.

Joseph Paull circa 1930 – Paull Family Collection, colorization klm127.

He saved enough money to start college at the University of Michigan in 1930. 

With the US in the midst of the Great Depression, he was forced to leave after one year.

During the 1930s, he spent one year in a CCC Camp and worked for the Michigan State Forest Service.

NB : A CCC camp stands for Civilian Conservation Corps camp. Established in 1933 as part of President Roosevelt’s New Deal, these camps housed young, unemployed men who enlisted in a federal work relief program to improve public lands, forests, and parks during the Great Depression. The CCC provided work, education, and meals to men (initially ages 18-25) while conducting conservation projects like planting trees, creating trails, and controlling soil erosion. Camps were run with military-style organization, often staffed by Army Reserve officers. Enrollees earned about $30 per month, with $25 typically sent home to their families. Known as « Roosevelt’s Tree Army, » they planted over 3 billion trees and developed many of the modern state and national park infrastructures. The program operated from 1933 to 1942.

…from Ishpeming to Fort Leonard Wood… – map klm127.

In 1936, he was hired by the US Post Office in his hometown of Ishpeming, Michigan.

After the attack on Pearl Harbor in December, 1941, he enlisted in the Army and was Inducted in early 1942. 

Fort Benning, GA Georgia, Academic Area Barracks The Infantry School – internet.

Most of 1942-1943 he was in training , first in NCO school, then in OCS at Fort Benning, Géorgia.

Baltimore, Maryland Predeployment September-1943 – Paull Family Collection.

Before shipping overseas, he met Marian Sorenson (08/02/1916 Maynard, Minnesota – 22/04/2003) at Ft. Leonard Wood. 

Lt. Joseph Paull as Fort Leonard Wood – Paull Family Collection.
Fort Leonard Wood, Missouri 1943 – internet.
Marian Sorenson-Paull Working as an Armed Forces Services Association Hostess at Fort Leonard Wood – Paull Family Collection.
Marian Sorenson-Paull at Fort Leonard Wood – Paull Family Collection.

She was a high school teacher who volunteered for the Armed Forces Hostess Association and ran one of the Post’s service clubs.  They became engaged in October, 1943 before he left overseas.

Marian Sorenson-Paull in the Armed Forces Hostess Uniform – Paull Family Collection.
Lt. Joseph Paull at home on leave – Paull Family Collection.

He landed in North Africa for amphibious training.  Then on to Naples to a replacement depot.

3rd Infantry Division « Rock of the Marne » Badge – internet.

In early February, he landed at Anzio and was assigned to the 15th Infantry Regiment of the prestigious 3rd Infantry Division, “Rock of the Marne”. 

15th Infantry Regiment Badge – internet.

They  broke out of the Anzio Beach Head in May, 1944, and liberated Rome in early June. 

After more amphibious training, the 15th was part of Operation Dragoon, landing in Southern France in August, 1944.

map of operations from southern France to the border of Alsace – US Army 3rd Division book.

During late summer and fall, they fought their way up the Rhone Valley.  He was wounded and received a Purple Heart, but stayed with his unit. 

In late  1944 and early 1945, he participated in the liberation of the Colmar Pocket, the last German foothold in France. 

The note to the left of Joseph’s “my A-T Platoon did this”…German Mark IV Tank Destroyed, in Bennwihr in December 1944, by Anti-Tank Lieutenant Paull’s Platoon – Paull Family Collection.

In late March and April of 1945, his unit crossed the Rhine and then crossed southern Germany, into Austria, east of Salzburg.

Austria 1945 – Paull Family Collection.

As the war ended, he was promoted to Captain and was the Mayor of the village of Abtenau (Southeast of Salzburg), at the start of the occupation. 

…from Fort Leonard Wood to Salzburg, Austria… – map klm127.

He came home in the fall of 1945, was discharged, and married Marian.

– Paull Family Collection.

1st Lieutenant Joseph Paull 1LT Joseph Paull in the following campaigns. Naples-Foggia, Naples-Foggia, Rome-Arno, Southern France, Rhineland and Central Europe.

His list of awards & decorations :

Purple Heart,

Presidential Unit Citation: European-African-Middle Eastern Campaign Medal with 1 Silver Star with Arrowhead,

World War II Victory Medal,

Honorable Service Lapel Button World War II,

Croix de Guerre 1939 – 1945.

He went to school on the GI Bill; received a Forestry degree, and had a career as a Forester.

He and Marian had a good life with two children, and lived to see their grandchildren, including one named “Joe,” after his grandfather. 

1960 – Joseph and Marian Paull Family – Paull Family Collection.

He stayed in the Army Reserves retiring as a LT Colonel.  Joe and Marian were always proud of their WWII service.

Joseph Paull died on November 13, 1979, in Columbus, Ohio. His beloved wife died on May 22, 2003, in Janesville, Wisconsin, and joined him in eternity.

We sincerely thank Robert J. Paull and his family for sharing their family archives, which has allowed us to pay tribute to 1st Lt. Joseph Paull and his wife Marian for their unwavering commitment to the freedom and friendship between France and the United States.

We will never forget you!

Oak Grove Cemetery in Detroit Lakes, Minnesota, where Joseph “Joe” Paull rests in peace – photo by Andy Paull.

John GOJMERAC 1924 –

John est né en Yougoslavie, le 11 Août 1924 dans une village rural.

Il immigre aux Etats Unis en 1939 à la veille de la seconde guerre mondiale.

Il s’engage dans l’infanterie en juin 1943 et rejoint la 3ème Division d’Infanterie américaine « Rock of the Marne ».

Il combat en Italie où il débarque à Anzio et est blessé lors d’un tir de barrage par l’artillerie allemande. Une fois remis sur pied il rejoint immédiatement ses camarades et entre avec eux dans Rome.

Lors de l’opération « Dragoon » il est dans la première vague qui débarque sur la plage de Cavalaire-sur-Mer en Provence.

Avec sa Division, il remonte la vallée du Rhône, participe aux combats en Haute-Saône, dans les Vosges et à ceux de la poche de Colmar alors qu’il est atteint d’une pneumonie.

Avant de franchir le Rhin il est à nouveau blessé, dans le secteur de Strasbourg, par un tir de mortier.

Après le 8 mi 1945 il fait parti des troupes d’occupation en Allemagne et en Autriche.

Il est titulaire d’une Silver Star, de la Purple Heart ainsi que d’autres médailles américaines.

De retour aux Etats-Unis il reprend les études et devient machiniste.

Pendant 40 ans il travaille chez General Motors, l’un des grands constructeur automobile américain.

Il se marie en 1958 avec ? et est l’heureux parent de quatre enfants : Linda, Tina, Vicki et Mark.

Il vie à Tonawanda NY, USA (banlieue de Niagara Falls / Buffalo, NY) .

En 2023 il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur par la France.

John vie toujours et est dans sa 102ème année.

Nous remercions sincèrement John et ses camarades pour leur engagement contre le nazisme et leur participation à la libération de notre région.

Nous remercions également Eric Fabozzi pour le partage de son histoire familiale et grâce à qui nous pouvons rendre hommage à son grand-père.

Byron D. LEMMON 1923 – 2022

Les Unités de la 3rd Infantry Division ont souvent été évoquées au cours des combats de la poche de Colmar, mais d’autres Unités sont ponctuellement rattachés pour des missions spécifiques d’appui.

Ce fut notamment le cas du 99th Chemical Mortar Bn.  qui apportent un appui d’artillerie avec des mortiers de 4,2 Inches, principalement avec des munitions au Phosphore.

Insigne du 99th Chemical Bn. – source internet.

Nous avons eu la chance de croiser un vétéran de cette unité, Byron D. Lemmon, lors des Cérémonies de la Libération de Bitche, en mars 2005.

Byron est entré dans l’Armée le 18 Férvier 1943, à Pocatello Idaho et envoyé à Fort Douglas Utah pour son incorporation.

Plaques d’identité « dog tag » de Byron D. Lemmon – photo via Christophe Viller.

Après plusieurs jours, il est envoyé dans un train de nouvelles recrues au Camp Rucker Alabama, au 442nd Anti Aircraft Artillery Bn. (unité de défense anti-aérienne – AA)

insigne des Forces Anti-Aériennes – klm127

L’unité reçoit une instruction combinée à la 21st Inf. Div. Jusqu’en mars 1943, puis elle est transférée au Camp Stewart Georgia pour un entrainement intensif complémentaire en vue d’opérations outre-mer jusqu’en avril 1943.

Parcours de Byron de Marysville dans l’Idaho à Camp Patrick Henry en Virginie…5000kms… – carte klm127.

L’unité est ensuite ventilée au Camp Patrick Henry Virginia pour préparer l’embarquement vers le front.

Ils embarquent le 9 mai 1943 à bord de l’USS Thurston et débarquent à Mers el Kebir, en Algérie, près d’Oran le 23 mai 1943, ou ils occupent des positions de DCA autour des 2 villes.

Ils sont équipés de Canons Anti Aériens Bofors de 40mm et de Mitrailleuses à refroidissement par eau de Calibre 50.

En novembre 1943, ils sont transférés à Alger pour protéger l’Aéroport Reghaia à l’est de la ville, puis déplacés autour du port jusqu’en juin 1944.

De Virginie à Naples – carte klm127.

Après, ils regagnent Oran pour rendre leur équipement afin d’embarquer pour l’Italie et rejoindre la 5th Army, arrivant le 29 juillet 1944 à Naples.

Le 5 août, leur Battalion et un autre sont réorganisés, ils deviennent le 99th Chemical Bn. et l’autre le 100th Chem. Bn.

De Naples à Livourne – carte klm127.

C’est à Piana di Caiazza, Italie qu’ils perçoivent leurs nouveaux équipements et mortiers de 4,2 Inch et sont entrainés, puis acheminés le 7 septembre sur une autre zone d’entrainement à Follonica.

Ils suivent un entrainement intensif durant 60 jours, pour être ensuite amenés sur une zone de regroupement près de Leghorn(Livourne) en Italie, en vue de leur prochain déploiement en France, pour y être rattachés à la 7th Army.

Sac Duffle Bag du Corporal Lemmon avec son numéro de matricule militaire individuel « 39909817 » et son code invasion (bandes jaunes et rouge) – photo via Christophe Viller.

Le 1er décembre la compagnie A, dont dépend Byron, est affecté à la 100th Inf. Div, la compagnie B à la 44th Div. et la compagnie C à la 79th Div.

La compagnie A appuie la 100th Div à Zittersheim, Moderfeld , puis la 100th et 44th Div. A Hangwiller, Wingen, suit la 100th Div. Au Volksberg, Rosteig, Montbronn et Siersthal pour la 1ère bataille de Bitche.

Déplacement de Byron et son unité lors de la première bataille de Bitche – carte klm127.

Le 14 décembre, le Battalion est mis en mouvement pour Ribeauvillé, dans le secteur de la tête de pont de Colmar.

L’état-major du Battalion est installé à St Croix aux Mines.

4.2-Inch Mortar M2 de la Company D du 83rd Chemical Bn à Zellenberg(68) en décembre 1944 – US Nara.

L’unité relève ainsi le 83rd Chemical Mortar Bn., rattaché à la 3rd Div. La compagnie A est plus particulièrement rattaché au 7th Inf. Rgt et les 3 compagnies seront alternativement détachées vers les 3 Régiments de la 3rd Division américaine. Pendant les combats de la poche de Colmar, jusqu’au 14 février 1945.

A ce titre le Battalion sera décoré de la Presidential Unit Citation avec la 3rd Division.  Ils suivront les progressions de la Division à Orbey, Sigolsheim, Mittelwihr, Bennwihr et Holtzwihr ou ils devront battre en retraite sur Mittelwihr.

Secteur où combat le 99th Chemical Mortar Bn. lors des combats de la poche de Colmar – carte klm127.

Un Squad de Mortier se compose de 6 hommes se déplaçant en jeeps et remorque. Le mortier est transporté dans la remorque avec les munitions + leur équipement personnel, sac de couchage & approvisionnement. Ils sont équipés de carabine M1 et ou Pistolet Cal.45 et occasionnellement disposent d’armes collectives, comme le FM BAR, la mitrailleuse Cal.30…

Byron est blessé le 27 décembre 1944 à Mittelwhir, selon son récit :

« C’est à Mittelwihr que j’ai été blessé pour la première fois. Nous étions plusieurs fois dans ce village, ayant été repoussés par les Allemands et reprenant ensuite nos anciennes positions. De retour à l’intersection dans Mittelwihr, proche d’un ruisseau, notre position était établie et nous avions tirés quelques salves. Nous étions ensuite en attente dans une maison proche, quand les Allemands nous ont ouvert un tir d’artillerie. Nous sommes sortis et une jeep était en feu, ainsi que des munitions.Le Phosphore blanc étant liquide il s’enflamme au contact de l’air.Un éclat d’obus avait fendu un de nos obus au phosphore qui brulait. Pour éviter que tout le stock de munition ne s’enflamme, je l’ai enroulé dans une couverture, puis jeté dans le ruisseau pour qu’il s’éteigne. Ensuite nous essayions d’éteindre la jeep quand un obus allemand explosa à proximité et je pris un éclat dans la poitrine. Un Medic m’aida à me mettre à l’abri et vérifia ma blessure. La chemise était déchirée, mais je portai 2 maillots de corp en laine qui je pense m’ont sauvé la vie en freinant l’éclat. C’était une petite blessure et je fut évacué vers le poste de secours du Battalion pour quelques jours avant de regagner mon unité. »

Equipe mortier de Byron (à gauche en casquette fourrée) à Orbey(68) en Janvier 1945 – photo via Christophe Viller.
Reconstitution lors de la venue de Byron en mai 2007 en Alsace. Photo prise au même endroit que celle qui avait été prise à Orbey en janvier 1945 – photo via Christophe Viller.
Equipe Mortier en action en janvier 1945 à Orbey (même localisation que la photo précédente) – photo via Christophe Viller.

Le 15 février la mission du 99th Chemical Mortar Bn. Prend fin auprès de la 3rd Division et le Battalion regagne Sarrebourg pour être rattaché à la 7th Army en vue de l’offensive de la ligne Siegfrid.

La Compagnie A sera détachée auprès de la 63rd Div et les autres compagnies à la 70th Div.

Le 22 mars le Battalion sera de nouveau rattaché à la 100th Div. Pour l’offensive sur Bitche qui sera victorieuse cette fois, aux coté de leurs premiers compagnons d’armes de la 7th Army.

Cpl.Byron Lemmon à Sarreguemines en 1945 – photo via Christophe Viller.

Le Battalion appuiera d’autres Divisions lors de la campagne d’Allemagne et sera notamment rattaché une dernière fois à la 3rd Division, le 28 avril, pour la prise de Augsburg.

Durant son engagement au combat, du 2 décembre 1944 au 6 mai 1945, le Battalion a tiré 56622 obus HE ( High Explosive ) et 56380 obus WP ( White Phosphorous ), soit un total de 113002 obus en 150 jours de combats.

Byron est de nouveau blessé à l’épaule par un tireur d’élite, le 1er avril 1945 à Tauberbischofscheim en Allemagne. Il passera la plus grande partie de ce jour dans une ambulance en direction d’une antenne Médicale.  Il sera ensuite en convalescence au 21st General Hospital de Nancy jusqu’au 1er mai. Alors qu’il quittera l’hôpital avec un groupe d’autres convalescents, ils furent équipés d’uniformes, de chaussures neufs, équipements et armements.

Ils furent embarqués ensuite dans des wagons 40 & 8 et le train roula près d’une journée pour rejoindre un camp de la région de Bruxelles. Le first Sergent leur signala que Bruxelles était « Off limits », ce qui signifiait qu’il n’avaient pas le droit d’aller dans la capitale Belge. Ayant regagner leur tente, Byron dit a ses camarades qu’il avait un peu d’argent Belge que son frère lui avait donné lors d’une visite à l’hôpital de Nancy. Le lendemain matin, les quatre comparses partaient à pied pour Bruxelles et marchant une bonne partie de la matinée atteignant la capitale avant midi. Ayant trouvé un petit café, ils s’installèrent pour prendre un repas puis visitèrent un peu la ville avant de reprendre le chemin du retour. « Imaginez que le sergent aie eu connaissance de notre escapade ?? Nous l’avons fait tout de même… »

Peu de temps après, il rejoint son unité qui se trouve à Nussloch, en Allemagne. Après la fin du conflit, le Battalion regagne le Camp Lucky Strike, près du Havre, puis regagne les Etat-Unis.

De la campagne d’Allemagne au retour aux Etats-Unis – carte klm127.

Byron a été promu au grade de major et a reçu la Bronze Star Medal et la Purple Heart (médaille des blessés) avec une feuille de chêne.

Nous remercions sincèrement Christophe Viller, Ami du Musée Mémorial, pour son récit nous retraçant le parcours de Byron D. Lemmon pendant la seconde guerre mondiale.

Christophe, passionné d’histoire est l’auteur du livre « A chacun sa guerre » qui contient 31 portraits, de tous horizons, que l’on découvre à travers des textes généreusement illustrés…un livre de Témoignages de guerre, contre l’oubli !

En complément :

Byron est né le 28 juin 1923 à Marysville, dans l’Idaho.

Il est le septième fils et le onzième enfant de Washington et Ida Hamilton Lemmon.

Il obtient son diplôme du lycée Pocatello High en 1942. Il a fréquenté l’université d’État de l’Idaho pendant un semestre avant d’être enrôlé dans l’armée américaine.

Après son retour de la guerre en 1945, il fréquente l’Idaho State College et obtient en 1950 une licence en administration des affaires et en psychologie. Pendant ses études à l’Idaho State, il a été très actif dans le domaine sportif, obtenant une lettre en boxe pendant trois ans. Il a été président (Duke) des Intercollegiate Knights et membre du club I.

Il épouse Patricia Mitchell, originaire de Fruitland dans l’Idaho, à l’automne 1950. Après leur mariage, ils s’installent à Pocatello, où Byron est employé par la compagnie de téléphone (Mountain Bell).

Au cours de ses dix dernières années chez Mountain Bell, il occupe le poste d’administrateur des avantages sociaux, avant de prendre sa retraite en 1985.

Byron est resté impliqué dans l’université d’État de l’Idaho après avoir obtenu son diplôme. Il a participé à la fraternité Phi Sigma Kappa et a été président de l’association des anciens élèves de 1952 à 1953 et de 1957 à 1958. Il a également été impliqué dans Optimist International, l’association des officiers de réserve et l’ESGR (Employer Support for Guard and Reserve). Il était également membre de nombreuses autres organisations civiques. Byron était un excellent joueur de golf et aimait les activités de plein air. Pendant les mois d’hiver, il aimait skier à Park City. Il aimait passer du temps à travailler dans son jardin chaque été.

Byron décède le 16 avril 1922 et laisse derrière lui son fils Robert Lemmon (Cynthia), un petit-fils Jason Lemmon, deux petits-fils par alliance Jeremy Godfrey (Kristy) et Zachary Godfrey, ainsi que deux arrière-petits-enfants Zelda et Cooper.

Son épouse, Patricia Nan Mitchell Lemmon est décédéeavant lui, le samedi 14 octobre 2017 à Bountiful, dans l’Utah.

Elle est née le 6 avril 1928 à Fruitland, dans l’Idaho, fille unique de Ralph G. et Della Rader Mitchell. Elle a grandi et fait ses études à Fruitland, dans l’Idaho, et a obtenu son diplôme du lycée de Fruitland en 1946. Elle a fréquenté l’université d’État de l’Idaho et a obtenu une licence en enseignement primaire. Elle a épousé Byron Lemmon le 20 août 1950. L’année 1964 a été une année mémorable, car leur fils Robert Mitchell Lemmon est né, le dernier de ceux que l’on appelle les « baby-boomers ».

Elle a enseigné au collège de Pocatello, dans l’Idaho, et a travaillé comme responsable des certifications pour le département de l’éducation de l’Idaho à Boise, dans l’Idaho. Elle a également travaillé comme caissière à l’Eimac Credit Union à Salt Lake City.

Patty a été présidente de l’association des anciens élèves de l’ISU et a occupé le poste de présidente du conseil d’administration de la fondation ISU pendant deux ans. Elle était également membre de la PEO et de la sororité Gamma Phi Beta. Elle était une golfeuse passionnée et membre de l’association féminine du Lakeside Golf Course. Elle aimait faire du ski de fond sur le terrain de golf de Park City.

sources concernant les biographies de Byron et Patricia :

https://fr.findagrave.com/memorial/239083748/byron-d-lemmon

https://fr.findagrave.com/memorial/184370997/patricia_nan-lemmon

https://www.lindquistmortuary.com/obituaries/byron-lemmon

En 2007 Byron D. Lemmon avec Christophe Viller lors de son séjour en Alsace – photo via Christophe Viller.
Byron au Musée Mémorial en 2007 avec un obus de 4,2inch dans les mains – photo via Christophe Viller.
Byron D. Lemmon en grande tenue aux Etats-Unis avec d’autres vétérans – photo via Christophe Viller.

André Louis François L’HOMME 1922 – 1999

André L’Homme est né le 21 juin 1922 à Etanval (50) dans une famille de modestes agriculteurs, tous originaires de la Manche depuis plusieurs générations.

Son arrière-grand père était forgeron à Néhou. Son père décède en 1940, il était invalide de la Grande Guerre : gazé, trépané, amputé d’un bras en 1916, il avait obtenu après sa démobilisation un emploi de facteur.

Avec en poche son seul certificat d’études primaires, André est employé au manoir d’Etoupeville, puis facteur aux Pieux.

Sa famille vit mal l’occupation allemande et la menace de la réquisition pour le STO conduit le jeune Normand à chercher un moyen d’entrer dans la lutte.

De la Manche (50) au Maroc…parcours d’André L’Homme de 1942 à 1943 – carte klm127.

Il s’engage volontairement pour 4 ans dans l’armée de l’Air, à la base aérienne d’Orange à compter du 18 juin 1942. Il gagne la Tunisie via Marseille en juillet 1942 et arrive en Algérie le 14 novembre 1942.

Il se porte volontaire pour le 1er Bataillon de Chasseurs Parachutistes (1er BCP) à Baraki et part pour Fès au Maroc, le 15 février 1943.

Au 1er RCP, il est d’abord affecté à la 3e puis à la 6e compagnie où il effectue son premier saut en parachute le 2 mars 1943.

Il est breveté parachutiste n°1283 le 9 avril 1943 à l’Airborne Training Center (A.T.C.) de la célèbre 82nd US Airborne Division à Oujda au Maroc.

Insigne Brevet parachutiste US d’André L’Homme – famille L’Homme.

Le 1er mai 1943 le 1er BCP devient 1er Régiment de Chasseurs parachutistes (1er RCP).

Après avoir rejoint Alger en Décembre 1943, le régiment arrive près de Trapani en Sicile début avril 1944. Début juillet 1944 le 1er RCP gagne l’Italie, à proximité de Rome.

Périple du 1er RCP de décembre 1943 à octobre 1944 correspondant aux combats dans les Vosges – carte klm127.

Après le débarquement de Provence du 15 août 1944, le 1er RCP quitte Rome par voie aérienne le 4 septembre 1944 pour atterrir à Valence dans la Drôme…André et ses camarades sont de retour sur le territoire métropolitain afin de participer à sa libération définitive.

André L’Homme et ses camarades dans le secteur de Luxeuil – famille L’Homme.

Après la remontée du sud vers l’est de la France, le 1er RCP connaît son baptême du feu lors de la campagne des Vosges, du 2 au 22 octobre 1944, dans des conditions extrêmes et au prix de lourdes pertes : 129 tués et 339 blessés.

Photo de groupe avec André L’Homme sur la droite – famille L’Homme.

Lors de la terrible campagne d’Alsace et des combats de la poche de Colmar, André L’Homme est cité à l’ordre de la Division avec étoile d’argent, le 5 mars 1945 pour la capture d’un officier ennemi le 13 décembre 1944 :

« Le 13.12.44 près de Wilkernein (Witternheim), éclaireur de pointe au cours d’une patrouille dans les lignes ennemies, a permis par son sang froid la capture d’un officier allemand, l’empêchant de donner l’alerte à sa troupe et permettant ainsi de faire prisonnier tout le détachement. »

Citation à l’ordre de la Division obtenue pour son action le 13 décembre 1944 dans le secteur de Witternheim(67) – famille L’Homme.

Du 13 au 22 décembre 1944 le 1er RCP combat à Witternheim(67), Neunkirch(67), Bindernheim(67), les bois de Mayhols, Friesenheim(67)…sous un déluge de feu et d’acier.

Le 23 décembre au soir, le 1er RCP est mis au repos à Plombières pour une courte durée car, dès le 28, le régiment est à nouveau mis en alerte et acheminé le 30 à Hachimette (au nord-ouest de Colmar) en franchissant le col du Bonhomme, alors que le sol est recouvert de 50 cm de neige. Le nouvel an est célébré à coups de canon et par des tirs de mitrailleuse. Du 1er au 8 janvier 1945, le régiment est dans le secteur d’Orbey (68) puis, durant 2 semaines, il occupe les cols du Bonhomme et de la Schlucht où embuscades et patrouilles sont le quotidien des parachutistes.

Suite à la contre-offensive allemande sur Strasbourg le 2ème Bataillon du 1er RCP est dépêché en urgence à Benfeld le 9 janvier 1945 où il combat à Herbsheim(67) et Rossfeld(67).

Le 15 janvier 1945, le 1er RCP est mis à la disposition du Combat Command 6 de la 5ème Division Blindée du général de Vernejoul et participe aux terribles combats de Jebsheim du 25 au 30 janvier (76 tués et 167 blessés), de Widensolen du 31 janvier au 1er février 1945 (15 tués et 45 blessés) par des températures polaires de moins 20 degrés, faisant face aux redoutables chasseurs alpins du Gebirgs-Jäger-Regiment 136 de la 2ème Gebirgs-Division, unité d’élite de l’armée allemande.

Colmar est libérée le 2 février 1945 à la suite de combats victorieux auxquels le 1er RCP aura pris une part glorieuse.

Campagne d’Alsace du 1er RCP de décembre 1944 à février 1945 – carte klm127.

Le 11 février 1945 au soir, alors que la majorité des parachutistes du 1er RCP fête en ville la Libération de la poche de Colmar, une bombe à retardement allemande cachée dans la caserne Lacarre explose vers 23 heures, tuant 5 hommes, en blessant 15 autres et détruisant la quasi totalité des archives du régiment.

La campagne d’Alsace se solde par 176 tués et 512 blessés soit 60% de l’effectif du régiment.

André L’Homme après la campagne d’Alsace en Février 1945 à Paris – famille L’Homme.
Photo prise à Evreux le 22 avril 1945 – famille L’Homme.

Après la victoire contre le nazisme en Europe, le 8 mai 1945, André L’Homme passe de l’armée de l’Air à l’armée de Terre le 4 août 1945 (avant cette date, les troupes parachutistes font partie de l’armée de l’Air).

Il est nommé « sergent parachutiste d’active » à compter du 16 décembre 1945.

Le sergent André L’homme en 1945 – famille L’Homme.

Il est affecté à la 3e compagnie du 1er RCP, à Sétif en Algérie fin avril 1946. Il est affecté à la 2e compagnie du 1er RCP puis à la 5e compagnie du II/1er RCP à compter du 31 décembre 1946.

Il est nommé sergent-chef le 1er janvier 1948 et affecté à la CCB 2 du 1er RCP.

En mars 1948 il se marie avec Marie-Madeleine née Léveillé (1924-1990.

Il effectue un séjour de deux ans en Indochine, d’octobre 1948 à octobre 1950.

Devant la porte… – famille L’Homme.

Il est largueur à la Base Aéroportée Nord (Hanoï).

Il obtient une citation à l’ordre de la division le 27 septembre 1950.

André L’homme entre janvier 1948 et juillet 1954 – famille L’Homme.

Il est breveté moniteur parachutiste N°530 le 16 janvier 1953 et effectue plus de 700 sauts (hors brevet et période de guerre).

Il est nommé au grade d’adjudant à partir du 1er juillet 1954.

Il est affecté au Centre-Ecole de Saut N°1 (CES n°1) de Philippeville en Algérie, de mars 1951 à août 1957.

Il quitte le CES N°1 qui est rattaché au 1er RCP en 1957 et continue à servir dans un autre 1er BCP, qui est le 1er Bataillon de Chasseurs Portés stationné à Reims.

Il effectue un troisième séjour en Algérie au sein du Bataillon de Corée (prenant l’appellation de 156e Régiment d’Infanterie en août 1961) de mars 1960 à septembre 1962.

Il termine sa carrière militaire en 1968 avec le grade d’adjudant-chef.

Il est chevalier dans l’Ordre National du Mérite,

Médaillé Militaire,

décoré de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile d’argent,

décoré de la Croix de guerre des Théâtres d’Opérations Extérieurs.

Après son retour à la vie civile, il occupe divers emplois dans des sociétés commerciales en Champagne jusqu’en 1980 et se retire dans sa région natale où il réalise un rêve longtemps caressé : cultiver assidûment son jardin, aider discrètement ses concitoyens dans le besoin.

Très attaché à sa famille et à ses proches, modeste, discret et enjoué, ami et admirateur de tout le règne animal, il s’éteint subitement en 1999.

Jean Leguay (Brevet parachutiste n°1284 du 9 avril 1943), connu au 1er RCP et resté son ami, citait en 2023 ses prouesses physiques et disait de lui : « une vraie force de la nature ». Comme tant d’autres soldats, son itinéraire fut celui d’un gars de la campagne poussé hors de sa condition par les circonstances, ayant bourlingué par nécessité, étonné et curieux des peuples et coutumes de l’Orient. Sa seule fierté était sans doute d’avoir vu élever par son épouse et en son absence ses deux fils, parachutistes et diplômés.   

Nous remercions très sincèrement ses fils pour le partage de l’histoire paternelle et familiale afin que nous puissions rendre hommage à André l’Homme pour son engagement au service de la France et de nos Libertés.

Robert UNTERSINGER 1919 – 2005

Robert est né le 31 août 1919 à Ingersheim dans le Haut-Rhin (68), dans le foyer de Albert et Jeanne Untersinger.

Robert sur sa moto devant le café restaurant Dossmann (à localiser?) avant guerre – fonds Untersinger, colorisation klm127.

Il reçoit sa feuille de mobilisation et doit se rendre à Montluçon, au dépôt n° 133, où il doit se présenter le 16 avril 1940. C’est ici qu’il suit sa première formation militaire avec un petit groupe d’alsaciens issus principalement de la région de Colmar et Mulhouse.

La situation change brusquement après l’envahissement de la Belgique par l’Allemagne le 10 mai 1940. Vers le 15 juin, après 2 mois d’instruction à peine, la section où se trouve Robert est affectée à la défense d’un pont routier à Saint-Victor. Après un repositionnement au sud de Montluçon, Robert et ses camarades creusent des trous individuels et montent la garde nuit et jour, sous une pluie battante. Ils se reposent dans une grange et cherchent à se réchauffer dans la paille pendant que leurs vêtements trempés sont en train de sécher.

Après la signature de l’armistice du 22 juin 1940, Robert se souvient qu’il n’a rencontré que des français, civils ou militaires, qui étaient d’accord avec le Maréchal Pétain. Le 26 juin 1940, il réintègre la caserne de Montluçon. Son unité n’est pas dissoute mais est conservée dans l’armée française d’Armistice (limitée à 100 000 hommes par les nazis et qui est stationnée dans la zone sud de la ligne de démarcation).

Robert Untersinger avec quelques uns de ses camarades du 92ème Régiment d’Infanterie – fonds Untersinger.

Le 9 juillet 1940, Robert se rend en train, avec son unité, à Lapalisse où il est affecté au bureau de l’intendance. Les 29 et 30 juillet 1940, il a pour mission d’apporter un pli urgent à l’Intendance de Vichy.

Le château de Lapalisse – source internet.

Le 2 septembre 1940, un sous-officier et 6 hommes (dont Robert) sont affectés à la garde du château de Lapalisse où se trouve l’état-major de l’Armée de l’Air, jusqu’au 20 septembre, date à laquelle Robert rejoint la caserne Vercingétorix de Riom où se forme le IIIème Bataillon du 92ème Régiment d’Infanterie. Lors du premier rassemblement dans la cour, il se porte volontaire pour intégrer la fanfare du bataillon car il joue du tambour au « Bangele » de Logelbach. La moitié du temps, il s’entraîne à jouer de la musique dans une forêt voisine et l’autre à faire du sport (l’armée d’armistice étant désarmée). En novembre 1940 la fanfare joue et défile en tenue de parade lors d’une passation de commandement à Clermont-Ferrand.

Périple de Robert du 16 avril au 15 décembre 1940 – carte klm127.

Le 15 décembre 1940, les autorités allemandes exigent du gouvernement de Vichy de « libérer » de leurs obligations les alsaciens-Mosellans pour qu’ils retournent dans leur département d’origine annexé de fait par les nazis.

Livret militaire individuel français de Robert Untersinger – fonds Untersinger.

Robert et ses camarades sont dirigés vers Saint-Etienne où ils sont démobilisés avant de partir vers Lyon où un train d’une quinzaine de wagons les attend pour rentrer chez eux. Les alsaciens hésitent mais n’ayant pas revu leur famille depuis 7 mois ils décident tous de rentrer. Au départ du train la garde militaire les salue alors que des centaines de démobilisés entonnent la Marseillaise. Le lendemain Robert arrive en gare de Colmar et tombe sur son voisin, Monsieur Wehrle qui lui dit en alsacien « Warsch renger gablewa wo da gseh besch » qui veut dire « tu aurais mieux fait de rester où tu étais ». Mais c’est dans la joie qu’il retrouve sa famille la veille de Noël 1940.

Voyage retour du 15 au 24 décembre 1940 – carte klm127.

Le 2 janvier 1941, Robert reprend son travail à la filature Herzog à Logelbach (68).

Il se marie en 1942 avec Marguerite Holler, née à Wintzenheim le 5 septembre 1921.

Marguerite Untersinger née Holler – fonds Untersinger.

Le 25 août 1942, le Gauleiter Wagner décrète l’incorporation de force dans l’armée allemande des alsaciens (classes 1908 à 1927).

Robert se souvient que les premiers appelés cherchent de s’y soustraire par tous les moyens mais la répression nazie est féroce (internement au camp de sureté de Schirmeck, régiment disciplinaire, déportation de famille entière, condamnation à mort pour l’exemple…). L’un de ses amis se retrouve dans une situation complexe car son voisin (dont leurs relations sont loin d’être amicales), sympathisant nazi, devient Ortsgruppenleiter…Un samedi, en rentrant de Strasbourg, un membre du parti nazi l’attend devant la gare pour lui annoncer qu’il est nommé chef des jeunesses hitlériennes (HJ) de Logelbach, c’est la stupeur ! Il décide de rejoindre la zone libre mais en représailles ses deux parents sont internés au camp de Schirmeck dont ils rentreront physiquement et moralement très éprouvés (le père décèdera quelques mois après).

Pour Robert Untersinger (et sa classe d’âge), la menace de devoir rejoindre l’armée allemande se précise. Il reçoit début avril 1943 sa convocation et doit se rendre le 18 avril au bureau de Colmar. Mais comme sa femme Marguerite est enceinte et doit accoucher aux alentours du 20 avril, il obtient un sursis d’un mois des autorités allemandes (ce qui ne sera pas anodin par la suite dans le parcours de Robert). 

Le 24 avril 1943, Marguerite Untersinger donne naissance à une mignonne petite fille qui se prénomme Marlyse.

Marlyse (2 ans) avec la tenue traditionnelle alsacienne confectionnée avec soin par sa maman pour la fête de la libération du 4 juin 1945 et généreusement offert au Musée Mémorial en 2025 par la famille Untersinger.

Le 22 mai 1943 arrive le jour fatidique où Robert Untersinger doit quitter sa petite fille et son épouse pour rejoindre l’armée allemande.

Livret militaire allemand « Soldbuch » de Robert Untersinger – fonds Untersinger.

A la gare de Colmar, le train attend les nouveaux appelés pour rejoindre la caserne d’Eberswalde près de Berlin. C’est dans cette caserne que débute leur formation militaire avec brutalité, vulgarité, cris et brimades permanentes pendant les 4 premières semaines (Robert avait déjà fait son service militaire dans l’armée française).

Plaque militaire allemande de Robert Untersinger avec sa cordelette (elle est portée autour du cou) – fonds Untersinger.

Ensuite la situation change du tout au tout avec la création d’un nouveau régiment dont les officiers ont soit déjà été blessés ou ont atteint la limite d’âge, les sous-officiers sont des gens « normaux » (pas des aboyeurs comme les précédents), les hommes de troupe sont en majorité des jeunes recrues mais loin d’être fanatisés et les alsaciens incorporés de force occupent des postes « stratégiques » comme bureaucrates, chauffeurs, mécaniciens, coiffeurs…Robert est lui à l’intendance.

Robert sous l’uniforme allemand qu’il n’a pas choisi comme tous les incorporés de force alsaciens et mosellans (lieu inconnu) – fonds Untersinger.

Le 26 juin 1943, Robert apprend qu’il part avec son unité en Norvège. Il stationne pendant 3 jours à Döberitz près de Berlin.  Les familles sont autorisées à venir voir leurs proches : sa femme accompagnée par son frère Paul (cheminot) en profite pour lui rendre visite en venant par voie ferrée.

Du 22 mai 1943 au 9 juillet 1943 – carte klm127.

Après une traversée mouvementée sur un vieux rafiot, Robert arrive dans le Fjord d’Oslo avant de cantonner à une vingtaine de kilomètres au nord de la capitale norvégienne : Bogstadt. Le dimanche, les soldats « descendent » en ville via le tram/métro. Ils constatent rapidement que les norvégiens apprécient guère l’occupant allemand. Les alsaciens vont se démarquer auprès de la population lorsqu’ils se rendent au cinéma pour voir un film français en VO (sous-titré en allemand) avec Danielle Darieux. Ils rigolent à chaque fois avant tout le monde n’ayant pas besoin de lire le sous-titrage…cela éveille la curiosité des norvégiens présents et portent toute leur attention à la sortie du film sur ces « drôles d’allemands » ; cela leur vaut une certaine sympathie des locaux et à la petite brasserie du coin où ils mangent régulièrement l’unique menu servi (Morue salée + pommes de terre à l’eau), ils ont droit à un petit clin d’œil lorsque passe le dernier disque de Tino Rossi.

La vie au camp n’est pas trop pénible, chacun vaque à ses occupations, hors quelques marches de jour ou de nuit. En fin de journée les alsaciens se retrouvent souvent au magasin de vivre où René (de Strasbourg) est le « chef ». L’officier d’intendance de Robert, l’apprécie d’autant plus qu’il connaît bien Colmar. Pour exemple à la fête de Noël 1943, son officier demande au trompettiste norvégien engagé pour l’occasion, de jouer « Parles-moi d’amour » et dit à Robert « Untersinger, celle-là est pour toi ! » …un air nostalgique flotte dans l’air à ce moment-là loin de l’Alsace, de son épouse et ses proches.

NB : c’est grâce au report d’1 mois pour la naissance de sa fille que Robert se retrouve à l’arrière du front sinon il se serait retrouvé en première ligne sur le front russe comme la majorité de ses camarades alsaciens partis le 18 avril 1943 dont très peu en sont sortis indemnes.

De Varsovie à Stary Gözd – carte klm127.

Le 14 septembre 1944, le régiment est engagé pour la première fois au combat lors de l’insurrection de Varsovie. L’unité de Robert a pour mission d’approvisionner les premières lignes. Robert indique qu’il assiste à un parachutage des alliés (largage d’armes et de vivres) le 18 septembre pour venir en aide aux insurgés. Le 28 septembre 1944, son unité est retirée du front et a subi quelques pertes. Après de nombreux déplacements son régiment cantonne à Preslavice (République Tchèque) le 31 octobre 1944.

Les russes déclenchent une « poussée brutale » début janvier 1945 et enfoncent le front sur 80kms, obligeant de nombreuses divisions à battre en retraite. C’est le cas de l’unité de Robert qui du 6 au 15 janvier 1945 va parcourir plus de 500 kms (région de radom par Tomaschow, Lodz, Pabianice, Lask, freihaus, Ostrowo, Lissa à Forst, première ville allemande après la frontière polonaise).

De Godz-Stary à Forst début janvier 1945 – carte klm127.

Au 6 janvier 1945, Robert se trouve dans le petit village de Godz-Stary (région de Radom) avec le bureau de l’intendance, la cuisine roulante, le stock de vivres et de munitions à quelques kilomètres du front, d’où il entend parfaitement les détonations des tirs d’artillerie. Subitement, vers 11h du matin, deux chars russes ouvrent le feu de toutes leurs armes à l’entrée du village ! Les balles sifflent au-dessus des têtes, lorsqu’un camarade tombe à côté de Robert : mortellement blessé il ne peut faire grand-chose pour lui mise à part un bandage sommaire. Il rassemble son barda et comme il écrit « il court, il court… ». Il arrive, le soir même, à rejoindre le gros des troupes allemandes à Radom mais il ne s’agit pas de s’y attarder. Robert trouve une place sur une petite camionnette plateau avec 4 autres copains et qui sera leur seule demeure pendant 8 jours et nuits par des températures de moins 20 à moins 25 degrés.

Le lendemain matin, ils se trouvent dans de longues colonnes de véhicules en tout genre avec les russes à leurs trousses (plus ou moins loin). Un autre problème est celui de trouver le ravitaillement en essence et vivres pour poursuivre la route. A l’entrée d’une ville un immense bouchon et le seul pont pour franchir le cours d’eau a été bombardé. Pour échapper à leurs poursuivants ils n’ont d’autre choix que de suivre les chars et les camions qui traversent la rivière. Après avoir patiné un peu ils réussissent à rejoindre l’autre rive. Les fuyards civils se mêlent au convoi militaire avec parfois des drames comme cette mère de famille avec son enfant dans les bras écrasée par sa propre voiture alors que le cheval s’était affolé à cause des obus qui explosaient.

Ils doivent franchir un village totalement en feu et n’ont d’autre choix que de foncer pour le traverser en se protégeant du mieux possible en se couchant à plat ventre à l’arrière du camion…ils sentent les flammes à droite et à gauche du véhicule.

Après une semaine de retraite incessante ils sont fatigués et ont faim et soif. Ils profitent d’une accalmie (la circulation est redevenue fluide) pour aller dormir dans une maison abandonnée de l’autre côté de la route et s’affalent sur le plancher avec délice. Ils sont réveillés par un brouhaha familier…un flot de véhicules en tout genre avec les russes qui les talonnent. Il fait nuit et il est quasi impossible de retraverser la route. Robert pense voir un créneau pour passer et s’élance, il sent de suite une résistance au niveau de ses jambes, tombe par terre et se jette immédiatement en arrière…il s’agit de deux chars reliés par des chaines pour tracter le second qui est en panne. Les autres n’ont rien vu et sont sur le point de repartir quand Robert arrive enfin à les rejoindre.

Le lendemain en arrivant à un « nœud » routier important ils sont attaqués par l’aviation russe qui les bombarde et les mitraille. Ils sont sains et saufs mais leur petit camion a ses quatre pneus à plat à cause des petites bombes à fragmentations. Une autre attaque étant possible, ils s’éloignent (ils ne sont plus que trois) rapidement du carrefour. Pour Robert, il est très pénible de passer à côté des blessés qui gémissent et les implorent sans pouvoir les aider.

Après avoir parcouru à pied 2 kilomètres ils s’installent sur un tas de paille pour tenir conseil. C’est à ce moment là que la chance leur sourit une fois de plus lorsqu’un camion freine à leur hauteur :

« Ho Seppi, c’est toi ? »

« Salut vieux ! »

« Qu’est-ce-que tu fais là ? »

« Notre voiture a été touchée par les bombes»

« Grimpez!!!»

Le camion est plein d’hommes et de matériel mais tout le monde se serre pour leur laisser une place. Après deux jours de route, ils arrivent à Forst, première ville allemande après la frontière polonaise. Tous les militaires venant de Pologne doivent se rendre au quartier Général de la ville pour être redirigés vers le cantonnement de son unité. Robert se retrouve le 15 janvier 1945 à Jessnitz. L’avancée des russes est fulgurante et seuls quelques fanatiques peuvent encore croire à une victoire des nazis.

En ce mois de janvier l’intendance, où se trouve Robert, est « inondé » de vêtements chaud pour l’hiver à redistribuer aux soldats pour leur remonter le moral. En vue de son évasion Robert cache dans son paquetage un pantalon et un pull pour « se transformer » le moment venu en « KG » : prisonnier de guerre français et se faire passer comme l’un d’entre eux.

En février 1945 il arrive à Peitz, dans une usine désaffectée où logent également des prisonniers de guerre français avec lesquels il sympathise rapidement. Tous les soirs, ils se retrouvent pour échanger leurs craintes et préoccupations du moment. C’est ainsi que l’un des prisonniers français donne à Robert un béret français, qui lui manque pour se faire passer pour l’un d’entre eux le moment venu (le lendemain Robert le voit partir au travail avec un mouchoir sur la tête car il pleut…il lui a donné son seul couvre-chef). Ils ne se reverront pas car l’unité de Robert quitte Peitz le jour même.

Courant mars, c’est lors d’un des nombreux déplacements de l’unité de Robert, que sa colonne est stoppée en pleine forêt par la Feldgendarmerie, qui demande au capitaine, de leur fournir un peloton d’exécution pour fusiller deux jeunes déserteurs. L’officier n’a d’autre choix que d’obéir face à cette police militaire tant redoutée même par l’armée régulière allemande. Cet évènement met fin aux velléités de désertion de Robert.

Fin avril 1945, lors du rassemblement des effectifs présents on leur annonce la mort du Führer. Robert raconte qu’il faut à ce moment-là surtout garder une attitude de circonstance car après l’annonce de l’attentat contre Hitler deux camarades alsaciens avaient été passés par les armes car ils avaient fait une remarque à ce sujet et avaient été dénoncés.

Début mai ils cantonnent à Tief-Maispitz à l’extrémité orientale de la Tchécoslovaquie où ils creusent des tranchées. Le 7 mai au soir l’ordre est donné de se préparer pour un départ à l’aube. Le lendemain matin c’est le départ à pied, avec arme et paquetage (les véhicules ont mystérieusement disparus dixit Robert). Après 3h de marche, vers 9h, la colonne est à l’arrêt…la nouvelle vient de l’avant « l’armistice est signé » ! Robert se dit que c’est le moment de se changer et de se volatiliser mais à ce moment-là son officier l’appelle et lui demande de le suivre de suite (sans possibilité de récupérer ses affaires). Ils grimpent dans une petite voiture occupée à l’avant par le capitaine et son chauffeur qui démarre à toute allure. Au bout d’une heure sans un mot le capitaine dit « il nous reste 4h pour franchir la ligne de partage russo-américaine et nous livrer aux américains » !

Ils arrivent à 14h au contact des américains mais rien ne va se passer comme se l’imaginait Robert. A la sortie d’un virage la voiture est encerclée par des soldats noirs américains, mitraillettes au poing, qui les emmènent dans une prairie où se trouve déjà de nombreux prisonniers allemands. Ils sont à Prachatits (Thécoslovaquie) près de Nettolitz à quelques kilomètres de la frontière autrichienne. Le 13 mai 1945, un groupe de soldats russes vient récupérer les prisonniers allemands, qui après protestation des autorités russes ont été cédés par les américains, pour les emmener à Edelbach en Autriche à l’Oflag n°XVII-A  (quelques jours avant encore occupé par des prisonniers français depuis 1940) après une marche de 6 jours avec la soif, la faim, les ampoules aux pieds et quelques brimades car les geôliers russes ne sont pas tendres et sont très intéressés par les montres et bijoux (Robert cache son alliance dans la doublure de sa ceinture. Arrivés au camp ils sont 18 000 à attendre leur sort. Après s’être installé tant bien que mal il part à la recherche d’autres alsaciens et tombe sur son petit cousin de Logelbach, Edouard Biegle. Il trouve des livres en français et se lance dans la lecture du « Comte de Monte-Cristo » afin d’occuper ses longues journées d’attente.

Le 8 juillet 1945 , les prisonniers apprennent qu’ils doivent se préparer à partir le lendemain (pour les mines de charbon du Caucase à priori)…Robert n’en dort pas de la nuit et se demande comment est-ce possible de se retrouver dans cette situation après ces 5 années de souffrances de devoir repartir en arrière au lieu de rentrer à la maison où sa famille est sans nouvelle de lui : c’est un cauchemar, c’est d’abord un sentiment de colère de solitude, d’abandon de désespoir et surtout d’injustice !!!

Robert interpelle un officier russe qui parle français et qui est au courant de la situation particulière des alsaciens incorporés de force mais il ne peut rien faire pour eux dans l’immédiat.

Ils embarquent le 9 juillet à bord de wagons à bestiaux, séparés à mi-hauteur par un second plancher où 40 prisonniers ne peuvent s’y tenir qu’en position couchée. Les conditions de vie y sont particulièrement difficiles avec peu de lumière, d’air et une chaleur étouffante en plein été 1945… s’y rajoute les poux, la dysenterie. Un simple trou dans le plancher sert de latrine. La nourriture est insuffisante pour ces jeunes hommes et se résume à un morceau de pain avec une demi-gamelle d’un liquide censé être une soupe sans viande, avec 5 ou 6 petits pois qui surnagent. Le voyage dans ces conditions va durer plus d’un mois, avec des arrêts quasi journaliers (pouvant durer jusqu’à une semaine) en raison de problème de locomotive, de chauffeur, de voie ferrée disponible. Le « voyage » se termine après 30 jours et 1200 kms parcourus : Edelbach – Vienne – Bratislava – Budapest – Bucarest – Constanta sur les rives de la mer noire.

« Voyage » aller de 1200kms vers Constanta au bord de la Mer noire – carte klm127.

Heureux de pouvoir enfin sortir de ces maudits wagons, Robert et ses camarades très affaiblis, s’entraident pour en descendre. Sous un soleil éclatant que vont devenir ces pauvres hères, livides, amaigris et tenant à peine debout ? En colonne, ils se dirigent dans leur nouveau lieu de villégiature comme l’écrit Robert ; à 100 mètres de la mer dans un pré clôturé de barbelés. Vu l’état physique déplorable des prisonniers, ils reçoivent une nourriture plus abondante et variée. Les gardiens sont moins sévères et cela permet rapidement à une vingtaine d’alsaciens de se retrouver et se regrouper. Ils fabriquent avec les moyens du bord une petite cabane avec à son sommet un mat avec un petit drapeau tricolore. Dans le camp par manque d’information les rumeurs les plus folles circulent (positives ou pessimistes) jusqu’au 17 août 1945 date à laquelle les russes annoncent que les prisonniers allemands embarqueront le lendemain sur un bateau pour traverser la mer noire en direction du Caucase et que les non-allemands incorporés de force sont libres : pour les prisonniers alsaciens c’est une immense joie !!!

Dix minutes plus tard, ils sortent du camp avec leurs maigres bagages et s’installent dans le même pré mais de l’autre côté des barbelés avec des Luxembourgeois, italiens et des slaves qui entonnent un chant patriotique d’un air grave et nostalgique qui dans ce moment de liberté retrouvée crée une intense émotion. Après 2 jours commence la partie administrative pour la libération avec des séances interminables d’interrogatoires et de discussions. Le 28 août, nos incorporés de force de toutes nationalités remontent dans le train, dans les mêmes wagons à bestiaux mais avec comme grandes différences, plus que 20 personnes par wagon (au lieu de 40) et le voyage se fait les portes grandes ouvertes avec possibilité de descendre à chaque arrêt. Robert écrit « cette partie russe de notre chemin de retour entre Constanta et Berlin se révélera comme un chef d’œuvre d’organisation russe » : les inévitables arrêts « surprises » au menu un peu de soupe et du pain au départ puis plus que du pain, puis plus rien…. les russes ont de la farine mais plus de boulanger et ils distribuent alors de la farine à chaque libérable  qui doit se débrouiller pour la transformer.

Le groupe d’alsaciens reçoit ses sacs de farine et décide de confectionner (lors de chaque arrêt du train) des galettes (ils n’ont pas de sel pour faire du pain) en récupérant une plaque de fer, deux pierres, du bois, des allumettes et de l’eau. A leur grande surprise le résultat n’est pas trop mauvais mais leur plus grand problème est le départ « surprise » du train car lorsque le conducteur lance un coup de sifflet ils n’ont que 5 mn pour récupérer tout le matériel et monter dans le wagon. Pour ne rien oublier chacun est responsable d’un des ustensiles. Ce régime est un peu maigre et pour améliorer l’ordinaire un « commando ravitaillement » part en opération à chaque arrêt et revient rarement bredouille (pommes de terre, maïs, graines de tournesol…).

Depuis une quinzaine de jour Robert constate qu’à son poignet droit un petit bouton rouge grossit à vue d’œil et lui fait passablement mal. Les soldats russes ont ordre de les convoyer jusqu’à Francfort sur l’Oder mais alors que le train stationne dans une petite gare dans les faubourgs de Berlin des officiers de la Croix-Rouge française les découvrent et engagent des pourparlers. Après d’âpres discussions les russes cèdent et nos incorporés de force passent ainsi de l’Est à l’Ouest, le matin du 27 septembre 1945 lorsque les ambulances françaises les emmènent au centre de rapatriement de Berlin-Zehlendorf en zone américaine.

Le long périple retour (du 28 août au 11 octobre 1945) de Robert pour rentrer chez lui et retrouver sa famille – carte klm127.

Robert a de plus en plus mal à son poignet et on l’emmène à l’infirmerie où une infirmière en tenue militaire le reçoit et l’invective immédiatement en voyant son avant-bras : ‘’ Vous avez vu votre bras ; il ne vous est pas venu à l’idée de vous faire soigner ?‘’ . Robert a du mal à lui expliquer qu’il est aux mains des russes depuis mai 1945 et que les soins médicaux n’étaient pas leur priorité. L’infirmière ouvre de suite l’abcès avec un bistouri où s’échappe une grande quantité de pus et de sang. Il reste un trou profond mais Robert est soulagé. Il a eu beaucoup de chance car 2 ou 3 jours de plus et c’était une septicémie avec toutes ses conséquences.

Un gradé américain leur adresse quelques mots de bienvenue et leur demande à tous de se déshabiller (toutes les loques sont brûlées), d’aller prendre une douche, chacun est rhabillé à neuf des pieds à la tête avec une tenue de sortie américaine, avant de recevoir un colis de la Croix-Rouge (chocolats, cigarettes, biscuits, beurre de cacahuètes…une découverte pour Robert).

Le 28 septembre 1945,c’est en GMC (camion de l’armée américaine) que Robert et ses camarades rejoignent le camp de rapatriement de Fallersleben dans la région de Hanovre en zone anglaise. Le 3 octobre départ en train (wagon civil) et arrivée au camp de rapatriement de Bedburg-Kleve près de la frontière hollandaise. Le 5 octobre arrêt en gare de Bruxelles où des sœurs de la Croix-Rouge les gâtent en leur offrant du chocolat chaud et des biscuits. Ils arrivent en France ; à Valenciennes le 6 octobre 1945 : c’est la première fois depuis 1940 que Robert « touche » à nouveau le sol de sa chère Patrie. Après quelques formalités c’est le départ pour la dernière étape.

Le 8 octobre ils arrivent à Chalon-sur-Saône au centre de triage des Alsaciens-Lorrains et centre de démobilisation.

Document reçu à Chalon-sur-Saône et conservé par Robert Untersinger – fonds Untersinger.
Guide pour suivre la « chaine administrative » de démobilisation – fonds Untersinger.

C’est le 11 octobre au matin que Robert et quelques camarades Bas-Rhinois, la précieuse fiche de démobilisation en poche, quittent le centre pour prendre l’ultime train de retour.

Sauf Conduit du 9 octobre 1945 de Robert Untersinger – fonds Untersinger.

A la tombée de la nuit, Robert descend seul en garde de Colmar. Il n’y a plus de correspondance pour Logelbach mais cela ne le dérange pas et c’est avec un réel plaisir qu’il parcourt à pied les derniers kilomètres qui le séparent du Bonheur (selon ses Mémoires). A la vue de sa maison une certaine appréhension le gagne. Sur le pas de la porte il tombe sur sa propriétaire qui lui apprend que son épouse n’est pas là et qu’elle est certainement chez ses parents. Robert demande de suite s’ils sont tous en bonne santé, ce qui est le cas…gros soulagement.

Après avoir rapidement parcouru les 200 mètres qui séparent Robert de la maison de ses parents, il la contourne et se retrouve nez à nez, sur le petit escalier de l’entrée, avec un petit bout de chou qui ne peut-être que sa chère petite fille Marlyse. Il la prend dans ses bras, lui demande où est sa maman (elle lui montre la direction de la chambre à coucher où la lumière est allumée) et en arrivant sur le pas de porte trois cris de surprise retentissent : sa mère alitée à cause d’une petite grippe, sa cousine et son épouse qu’il serre immédiatement dans ses bras de peur de laisser échapper ce bonheur tant attendu. En entendant les exclamations de surprise des 3 femmes, son père, son frère, sa sœur accourent pour se congratuler dans la joie. Jusque tard dans la nuit ils échangent leurs souvenirs respectifs.

Après quelques jours de son retour à la vie civile et une bonne alimentation censée le requinquer il est victime de la dysenterie (qu’il avait déjà lors de sa captivité) et il doit rester alité pendant 3 mois avant de pouvoir retravailler. Par la suite il lui faut une dizaine d’années pour « vaincre » une partie des graves séquelles dues à sa captivité et il doit vivre avec les autres le reste de sa vie.

Carte d’ancien combattant de 1975 de Robert Untersinger – Fonds Untersinger.

Nous laissons à Robert, le mot de la fin, avec ses dernières lignes ci-dessous écrites à l’âge de 82 ans en 2001, qui résument parfaitement ceux que les Alsaciens, Alsaciennes, Mosellans et Mosellanes ont vécus pendant cette terrible période d’annexion nazie et ont dû vivre avec jusqu’au dernier jour de leur vie…n’oublions jamais !

« Il subsistera toujours ce sentiment de frustration que cette horrible guerre a laissé en nous tous. En CEUX qui étaient dans la tourmente, mais également en CELLES qui durant de longues années ont attendu notre retour. Oui ! On nous a volé les plus belles années de notre jeunesse ! »

Robert Untersinger.

Nous remercions sincèrement les filles de Robert et Marguerite Untersinger pour le partage des archives et mémoires familiales et le don de ses affaires personnelles afin que nous puissions partager au plus grand nombre son histoire pour qu’elle reste dans notre Mémoire collective.

Morceau de pain « noir » conservé par Robert Untersinger en mémoire de cette sombre période qui marquera à vie à tous les alsaciens et alsaciennes – fonds Untersinger.
Artefacts précieusement conservés par Robert Untersinger tout au long de sa vie – Fonds Untersinger.

De son départ en 1943 à son retour chez lui en 1945…et « la fin de cette misère » comme l’écrit Robert Untersinger ci-dessous :

La tenue traditionnelle alsacienne de Marlyse en parfait état de conservation et généreusement offert au Musée Mémorial en 2025 par la famille Untersinger.

Alexis KOPPREITTER 1926 – 1945

Alexis Joseph Pierre KOPPREITTER 1926 – 1945 – archives famille Koppreitter.

Alexis Koppreitter est né le 2 janvier 1926 à Pfetterhouse dans le Haut-Rhin (68).

Bulletin de naissance d’Alexis Koppreitter – archives famille Koppreitter.

Son père, Charles Koppreitter est né en 1891 en Alsace annexée (1871-1918) suite à la défaite française contre la Prusse. Il est cheminot à Pfetterhouse. Au début de la première guerre mondiale il est sergent dans la cavalerie du Kaiser. Il est blessé en 1914 par un éclat d’obus qui se loge dans sa colonne vertébrale. Toute sa vie restante Il va garder de graves séquelles.

Charles ne parle qu’alsacien et refuse de parler allemand (il ne sait pas parler vraiment en français) alors que son épouse parle parfaitement les deux langues et le dialecte.

Néanmoins il épouse Laure Gigandet (née en 1895) qui est une horlogère suisse. Ils ont deux fils : Marcel né en 1920 et Alexis en 1926. L’état de santé du père, Charles, se dégrade rapidement jusqu’à le rendre invalide à 100%. Son épouse, petit bout de femme de 1m53 va s’occuper courageusement de lui jusqu’à son décès en 1961. Elle le rejoint en 1963.

Le fils ainé, Marcel reçoit un prix de français en 1933 décerné par l’œuvre du prix français en Alsace, qui lui offre le livre « Nira, Australe mystérieuse de Eugène Thébault (sa fille le garde précieusement). Il rentre au collège de Matzenheim mais est atteint d’une tuberculose pulmonaire à l’âge de 14 ans, qui l’éloigne de sa famille et nécessite de nombreuses hospitalisations (Sanatoriums d’Aubure, des Trois-Epis et de l’Altenberg) jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

« Souvenir du 31 mars 1940″…Alexis sur la droite à 14 ans (Son père et son frère à ses côtés)… photo prise moins de 3 mois avant le début des hostilités en Alsace – archives famille Koppreitter.

Lors d’une période de rémission et malgré son inaptitude physique Marcel doit effectuer le R.A.D. à la caserne de Neuf-Brisach comme secrétaire. Le colonel pour qui il doit travailler l’apprécie et ne l’oblige pas faire le salut hitlérien. Lors d’une altercation avec un jeune Lieutenant SS (Marcel n’avait pas salué) ce même officier s’interpose et lui évite de lourdes représailles. Il aidera également Alexis en le faisant sortir du Struthof alors qu’il est interné pour sabotage (nous n’avons pas davantage d’information à ce sujet).

Quant à Alexis il est au petit séminaire (il envisage de devenir prêtre) lorsqu’il doit aller travailler dans une usine d’armement (à Molsheim ou Schirmeck d’après sa nièce).

Il passe au conseil de révision comme tous les jeunes de son âge et est incorporé de force dans l’Armée allemande le 14 février 1944. C’est déjà terrible en soit mais pour ceux nés en 1926 c’est encore pire car ils sont pour la majorité d’entre eux affectés d’office dans la Waffen SS.

Habitant à proximité de la Suisse, Alexis envisage de franchir la frontière où sa mère a sa famille à Grenchen. Mais il ne le fera pas par peur des représailles auxquelles sa famille devra faire face automatiquement en raison de la « Sippenhaft » (loi du clan) mise en place par les nazis en Alsace annexée et qui rend responsable l’ensemble des membres d’une même famille des actes commis par les uns et les autres. En cas de non-présentation d’Alexis dans l’Armée allemande c’est la déportation pure et simple pour tous les membres de la famille. Ses parents et sa famille ne le savent pas encore mais ils ne reverront plus jamais Alexis.

Soldbuch (livret militaire) d’Alexis Koppreitter – archives famille Koppreitter.

D’après son Soldbuch (son livret militaire allemand) nous connaissons une partie de son parcours dans la Waffen SS jusqu’à son décès et que nous vous partageons ci-dessous :

Il est incorporé de force, à tout juste 18 ans, en Février 1944 dans la Division « Das Reich » ; au bataillon de formation de la division, (dans  la 2.Kompanie du Feldersatzbataillon « Das Reich »).

Alexis en uniforme de la waffen ss – archives famille Koppreitter.

Il est affecté quelques semaines après dans la 4.Kompanie du SS-Panzer Grenadier Regiment 3 « Deutschland ». Il semble y être au printemps 44 et est donc stationné en France (camp de Souge près de bordeaux) au premier semestre de 1944.

Il est transféré (probablement en Aout 1944) dans la 1. Kompanie du Sanitäts-Abteilung de la Division 9.SS « Hohenstaufen » « , pour se former et occuper un poste d’infirmier dans cette unité.

Lettre du 12 septembre 1944 d’Alexis Koppreitter à ses parents. Ecrite en français, c’est un signe fort de résistance car les alsaciens sont obligés de parler et écrire en allemand. En cas de contrôle de la part des autorités allemandes Alexis risquait la peine capitale. Petit clin d’oeil à son Alsace natale, en bas de page, la mention « Salu bis Samen » qui signifie en dialecte « salut à tout le monde ».

Nous ne savons pas s’il est en Normandie en juin/juillet 44, mais il est certain qu’il est au 1er Septembre 44 dans la Division « Hohenstaufen » et va certainement combattre au Pays-Bas à Arnhem lors de l’opération aéroportée Alliés « Market Garden » à partir du 17 Septembre 1944.

La division est ensuite retirée du front (après les combats d’Arnhem) début Octobre et part à l’arrière pour se reconstituer en Allemagne dans le secteur de Cologne. C’est pendant cette période que Koppreitter reçoit l’insigne de combat de l’infanterie, le Panzerkampfabzeichen Bronze suite, très certainement, aux combats en Hollande (p.30).

La « Hohenstaufen » reste sur Cologne jusqu’au déclenchement de l’offensive des Ardennes en décembre 1944.

Au début de l’offensive des Ardennes, la 9.SS est gardée en réserve, sur ses positions de départ près de Stadtkyll-Jünkerath. Alexis Koppreitter est hospitalisé le 1er jour de l’engagement de sa Division, le 17 décembre 1944, pour des problèmes musculaires. Du 17 au 22 Décembre 44, il est dans un hôpital militaire (le Kriegslazarett  2./612), puis dans un hôpital de réserve à Meiningen (Thuringe) pour le reste du mois de Décembre (p.20-21). Il en sort le 12 janvier 1945 avec une permission de convalescence (p.31) jusqu’au 22 Janvier 1945 à Dresde. Il ne participe pas aux combats des Ardennes.

Il paraît vraisemblable qu’il est transféré lors de la formation de la 32.SS Freiwillige-Grenadier-Division « 30. Januar » à cette unité (formée au Sud-Est de Berlin fin-Janvier/début-Février 45) après un passage dans son unité de dépôt au sortir de l’hôpital (SS-Sanitäts-Ersatz-Bataillon à Stettin, en Poméranie). La division est immédiatement engagée et étrillée par l’offensive soviétique sur l’Oder au Sud de Frankfort sur l’Oder.

Il est porté disparu après le 26 avril 1945 près de Königs Wusterhausen, lors des violents combats au Sud-Sud-Est de Berlin.

Alexis Koppreitter disparaît 3 mois après avoir « fêté » ses 19 ans…

Demi plaque militaire allemande d’Alexis renvoyée à ses parents après guerre. L’autre demi partie identique est restée sur lui comme le veut la procédure lorsqu’un soldat est tué, afin de pouvoir identifier sa dépouille par la suite – archives famille Koppreitter.

Sa nièce Ines nous raconte qu’après-guerre des incorporés de force alsaciens ayant servis avec Alexis ont rendus visite à ses parents pour leur dire combien leur fils était un homme bon, droit, respectueux et humain. Certains ont raconté (dont un Belfortain avec lequel Alexis s’était lié d’amitié) qu’il était brancardier et il a été ensuite envoyé au front dans une section disciplinaire car il a refusé de porter une arme…il aurait été exécuté par ses propres chefs pour ce même motif…?

Confirmation d’un message qui passera sur Radio Strasbourg début 1946 afin de retrouver Alexis Koppreitter dont ses parents sont sans nouvelle et espère encore le retrouver vivant comme de nombreuses familles qui vivent dans cette même incertitude…le dernier alsacien rentre des camps soviétiques en 1955 et 32 000 Alsaciens et Mosellans ne reviendront jamais – archives famille Koppreitter.

C’est par le courrier du 2 avril 1949, que le Commandement en chef français en Allemagne qui se trouve à Berlin, informe le Maire de Pfetterhouse qu’Alexis Koppreitter est décédé et le pris d’en informer sa famille.

Courrier du 2 avril 1949 – archives famille Koppreitter.

Quelques affaires personnelles ont été renvoyées à sa famille comme une portefeuille, quelques pièces de monnaie allemande et ce petit médaillon porte bonheur de la vierge Marie pour obtenir sa protection; mais aussi à son revers, écrit en toute petite lettre le mot « FRANCE », la Patrie chérie d’Alexis qu’il n’a jamais oublié et qu’il portait sur lui malgré l’obligation qu’il avait de porter cet uniforme qu’il n’avait pas choisi.

Son frère Marcel a élevé ses enfants (Alexia née en 1946 prénommée ainsi en hommage à son oncle disparu et Inès née en 1951) dans la non-violence, la droiture, la bienveillance, le respect des humains, des animaux, de la nature, des institutions et a « obligé » ses filles à apprendre l’allemand en première langue car étant voisins il disait que c’est à la nouvelle génération de construire l’Europe pour qu’une nouvelle guerre ne se reproduise jamais. Il décède en 1988, 1 an avant la chute du mur et la réunification de l’Allemagne, et n’aura donc jamais eu l’occasion de se rendre personnellement sur la tombe de son très cher frère cadet Alexis.

Le 4 novembre 1952 la mention « Mort pour la France » est accordée à Alexis Koppreitter comme pour l’ensemble des incorporés de force alsaciens et Mosellans tués pour une cause qui n’était pas la leur et victime de la barbarie nazie – fiches extraites du site « Mémoire des Hommes ».

Le dimanche 21 juillet 2025, Inès Koppreitter épouse Wartel, fille de Marcel et nièce d’Alexis s’est rendue avec son mari ainsi qu’une amie d’enfance à Berlin, dans le cimetière boisé d’Halbe, pour se recueillir dans le carré 10 où les rangées 17 et 18 accueillent les dépouilles de travailleurs forcés, d’objecteurs de conscience et de déserteurs allemands réfractaires au nazisme, exécutés par leur hiérarchie. Sur un nombre considérable de tombes est inscrit la mention « unbekante avril 1945 »…inconnu 1945…où se trouve possiblement également Alexis en l’absence d’une tombe individuelle.

Photo Inès Wartel-Koppreitter.

Par ce voyage mémoriel elle a exhaussé le vœu de Marcel et a déposé symboliquement un petit bouquet bleu, blanc, rouge non loin du lieu où repose très certainement Alexis depuis 1945.

Photo Inès Wartel-Koppreitter.

Nous remercions très sincèrement Inès et Alexia Koppreitter pour le partage de leur histoire familiale et la donation des affaires personnelles d’Alexis afin que nous puissions raconter au plus grand nombre sa tragique histoire et celle de tous nos incorporés de force alsaciens et mosellans victimes de la barbarie nazie.

Glenn Reginald BROWNE Jr. 1925 – 1985

Glenn R. BROWNE Jr. – archives Murray Browne.

Glenn R. Browne Jr. est né le 15 septembre 1925 à Hoopeston, dans l’Illinois, fils de Glenn R. et Forrest Murray Browne.

Son père était vétérinaire et a servi à ce titre pendant la Grande Guerre (Première Guerre mondiale). Il avait un frère aîné, Samuel Prescott Browne, né en 1924.

Chasse au lapin avec son frère Sam (10 ans à gauche), Glenn (8 ans) – archives Murray Browne.

Située dans le pays de Vermillion, Hoopeston s’est fièrement appelée « la capitale mondiale du maïs sucré ».

Située à environ 100 miles au sud de Chicago, c’était principalement une communauté agricole, mais elle comprenait plusieurs entreprises de conserve.

Après le déclenchement de la guerre, Browne a voulu s’enrôler, mais ses parents ne l’ont pas permis avant d’avoir terminé ses études secondaires.

Il s’engage dans l’armée en 1943.

Il a d’abord été envoyé à l’Université du Kansas à Lawrence et s’est inscrit au programme de réserve d’entraînement spécialisé de l’armée (ASTRP), mais ce programme a rapidement pris fin.

Par conséquent, il a suivi sa formation de base à Fort Benning, en Géorgie, et sa formation supplémentaire à Camp Van Dorn, dans le Mississippi.

De Hoopeston à Camp Van Dorn dans le Mississipi – carte klm127.

Il est promu soldat en septembre 1944, puis caporal aux instruments avant d’être envoyé en Europe en décembre 1944. Il débarque en France dans le port de Marseille.

Glenn R Browne Jr. – archives Murray Browne.

Browne était dans le 2e bataillon du 254e régiment d’infanterie de la 63e division (la division « Blud & Fire »… »de sang et de feu »).

Insigne de la 63rd Infantry Division « Blud & Fire » – source internet

Il s’est retrouvé en tant que mitrailleur numéro un dans un peloton de mitrailleurs lourds, avec des tâches qui comprenaient le transport du trépied d’une mitrailleuse de calibre 30.

Pendant la campagne des combats de la poche de Colmar, le 63e est rattaché à la plus connue 3e division de la 1re armée française, VIe groupe d’armées.

De Marseille à Jebsheim – carte klm127.

Le bataillon de Browne est responsable de la prise de la ville de Jebsheim en janvier 1945. Plus tard, dans un bref récit de ses expériences de guerre, Browne mentionne qu’il a tué un soldat allemand alors qu’il était en sentinelle à Jebsheim.

Carte des opération du secteur de Jebsheim du 254th Infantry Regiment – source historique de a 63rd Division.

L’action autour de Jebsheim a valu au 254e une citation d’unité décrite en détail ici :

Compte rendu des opérations de Jebsheim du 257th IRUS- archives Murray Browne.

Le caporal Glenn R. Browne a reçu une médaille de l’étoile de bronze pour son service dans la campagne.

Bronze Star de Glenn- archives Murray Browne.

Certificat de la Bronze Star de Glenn – archives Murray Browne.

Le 25 avril 1944, alors que la guerre touchait à sa fin, Browne écrivit une longue lettre de quatre pages à ses parents, qui n’a peut-être jamais été postée, mais qui décrit une attaque sur la ville d’Ensheim près de la ligne Siegfried le 17 mars 1944.

Carte des opération du secteur de Enshiem du 254th Infantry Regiment – source historique de a 63rd Division.

Il comprenait une carte et les détails du bombardement. Une copie numérisée de la lettre se trouve sur la page https://bit.ly/4lq4yww..

Avant le jour de la Victoire en Europe, Browne a passé du temps à l’hôpital en raison d’une pneumonie, puis s’est préparé à être transféré sur le théâtre du Pacifique à la fin de la guerre. Il a été démobilisé le 8 février 1946.

Après-guerre…

Après son retour à Hoopeston après la guerre, Browne s’inscrit à The Citadel, le collège militaire de Caroline du Sud à Charleston, en Caroline du Sud, suivant les traces de son frère aîné Sam.

Glenn (à gauche) et Sam à la Citadelle – archives Murray Browne.

Après avoir obtenu un diplôme en administration des affaires à la Citadelle, il a accepté un poste de trésorier à la Milford Canning Company, dans la ville voisine de Milford, dans l’Illinois. Glenn R. Browne Jr. a épousé Clara Jean Burtis de Hoopeston, Illinois, le 7 janvier 1951, à Earl Park, Indiana, dans la maison du beau-frère et de la sœur de la mariée.

Le couple a eu trois enfants alors qu’il résidait à Hoopeston.

Neil est né en 1952 ; Murray est né en 1955 et Kay est né en 1958. Browne a suivi deux ans de cours du soir et s’est rendu à Chicago avant d’obtenir une maîtrise en administration des affaires de l’Université de Chicago.

En 1960, la famille a construit une maison sur un terrain de deux acres juste à l’extérieur du village de Milford et Browne est resté à la Milford Canning Company pendant toute sa carrière professionnelle avant de prendre sa retraite pour des raisons de santé en 1984.

Mariage de la famille Browne en 1979 – Neil Browne, Jean Browne, Murray Browne, Glenn R. Browne Jr., Kay Browne – archives Murray Browne.

Dernières années…

Glenn R. Browne a reçu un diagnostic de leucémie à l’hiver 1983-1984. Il est entré en rémission à l’été 1984 et à l’automne 1984, il a pris sa retraite avec une pension complète. Pendant son séjour à la clinique Carle de Champaign, Jean est restée avec lui tous les soirs. Au début de 1985, Glenn et Jean sont allés avec leurs meilleurs amis à Hawaï.

Glenn & Jean – archives Murray Browne.

Malheureusement, peu de temps après leur retour du voyage, son cancer est revenu. Une autre série de chimiothérapies l’affaiblit au point qu’il meurt le 19 mars 1985 à l’âge de 59 ans.

Les funérailles ont eu lieu à la maison funéraire Brown-Alkire à Hoopeston et Glenn R. Browne a été enterré dans le paisible cimetière Maple Grove à l’extérieur de Hoopeston.

Photo archives Murray Browne.

Post-scriptum…

En 2023, le seul membre survivant de la famille, Murray Browne, a écrit et publié A Father’s Letters : Connecting Past to Present. Dans ce petit livre, Browne examine les lettres que Glenn R. Browne a écrites à ses parents pendant qu’il était dans le service, de sa formation de base jusqu’à son retour à la maison. La plupart d’entre elles sont des lettres courtes et écrites comme des V-Letters. Dans les années 1970 et 1980, Browne a également écrit des centaines de lettres sur son fils Murray, à partir de l’époque où Murray était un jeune homme à l’université et jusqu’à sa mort prématurée. À la retraite, Murray a passé au peigne fin les lettres pour revoir et mieux comprendre son père.

En 2025, Murray a apporté deux exemplaires de son livre au Musée Mémorial du Combat de Colmar et a rencontré les conservateurs du musée qui l’ont encouragé à monter cette exposition.

Pour la disponibilité de ce livre. Visitez le site de l’auteur à  murraybrowne.org

website : https://bit.ly/4lq4yww.

Nous remercions très sincèrement Murray Browne pour la rédaction et le partage de l’histoire de son père afin que nous puissions lui rendre hommage ainsi qu’à ses camarades du 254th régiment d’Infanterie de la 63ème Division d’Infanterie qui a participé à la libération de notre région.

Nous ne les oublions pas!

Charles Henri ZAEH 1921 – 1991

Charles Henri ZAEH en 1945 – archives famille Zaeh.

Il est né le 27 juin 1921 à Dampierre-les-Bois près de Montbéliard dans le Doubs (25).

Il est le fils de Henry Zaeh qui est ouvrier dans une usine et de Louise Adèle Liepert.

Il obtient son certificat d’étude à 14 ans.

Il se marie avec Marie Margueritte Bohlinger (née le 30 mars 1922) le 20 décembre 1941.

Charles et Marie – archives famille Zaeh.

En 1944, Charles rejoint le maquis de Lomont sur le plateau de Montécheroux et participe aux combats d’août et début septembre 1944.

NB : La Résistance, consciente des particularités du Lomont, choisit d’y installer, dans le courant de l’année 1944, un maquis. Elle investit la partie nord de la chaîne du Lomont, connue sous le nom de plateau de Montécheroux. C’est une place forte naturelle qui est facilement défendable puisqu’elle est ceinte à l’ouest par des falaises et seul de rares passages permettent l’accès au plateau du Lomont. Proche de la Suisse, il domine le Pays de Montbéliard. Le maquis est idéalement situé à quatre-vingt-kilomètres de Besançon, vingt-deux kilomètres de Montbéliard et quinze kilomètres de Saint-Hippolyte. En 1947, le général Béthouart, commandant du 1er Corps d’Armée de la 1ère Armée Française écrivait au sujet de ce maquis : « Le Lomont, fut la clef du Pays de Montbéliard, la porte de la Trouée de Belfort et de l’Alsace, la route versle Rhin ».

1Après la libération de Pont-de-Roide le 12 septembre, le maquis du Lomont est officiellement dissous le 15 septembre 1944.

La majorité des groupes-francs s’engage alors au R.I.C..M.

Le 21 septembre 1944, Charles s’engage volontairement au Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc (R.I.C.M.) de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale (9ème D.I.C.).

Insigne la 9ème Division d’Infanterie Coloniale (9èmeD.I.C.) – archives famille Zaeh.

Charles Zaeh, comme l’ensemble de ses camarades du RICM, obtient le port permanent de la double fourragère aux couleurs de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre suite à la citation à l’ordre de l’Armée de son Régiment, qui s’est distingué depuis son débarquement en Provence le 28 août 1944 jusqu’aux combats de Habsheim et de l’île Napoléon du 24 novembre 1944.

Carte des opérations de la 97me DIC et du RICM jusqu’au Rhin – Historique de la 9ème DIC de juillet 1943 à mai 1945.

Le R.I.C.M. est le premier régiment à atteindre les bords du Rhin. C’est l’aspirant Delayen qui trempe dans le fleuve le fanion de son escadron à Rosenau le 20 novembre 1944. Charles est blessé ce même jour à la cuisse gauche par un éclat d’obus.

Pour sa participation aux combats de Haute-Alsace il a droit également au port permanent de la Distinguished Unit citation américaine.

De retour de convalescence il participe à la fin de la campagne d’Alsace. La 9ème DIC est citée à l’ordre de l’Armée pour son action, lors de l’offensive finale qui débute le 20 janvier 1945 pour réduire définitivement la poche de Colmar.

La campagne de libération du territoire national coûte la vie à 54 soldats (dont 2 officiers) et cause 143 blessés (dont 6 officiers).

Après une période de repos il franchit le Rhin avec son unité pour entrer en Allemagne.

Pour sa bravoure au combat Charles est cité à l’ordre de la Brigade lors de la campagne d’Allemagne :

« Tireur au F.M. courageux dont le coup d’œil, la rapidité de son entrée en action et à la précision du tir ont nettement favorisé l’action de son groupe lors des opérations échelonnées du 11 avril au 23 avril 1945 de Karlsruhe à Fribourg. Le 16 avril 1945 à Oberschopfen (Oberschopfheim en réalité), à 200 mètres, a tué un tireur de panzerfaust au moment ou il s’apprêtait à tirer sur un de nos chars ».

Copie de la Citation à l’ordre de la Brigade – archives famille Zaeh.

Cette citation est accompagnée de l’attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et palme.

Il est démobilisé et rayé des contrôles de l’armée le 5 janvier 1946.

Charles ZAEH est titulaire de : :

La Médaille Militaire.

La Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et palme.

La Médaille des Blessés.

La Distinguished Unit Citation.

La Croix du Combattant Volontaire 1939-1945.

De retour à la vie civile il est commerçant, puis propriétaire d’un Hôtel-restaurant devant les, usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard. 120 ouvriers viennent tous les midis se restaurer chez lui. Après les évènements de mai 1968 et dans le cadre de l’agrandissement de l’usine Peugeot, son établissement est racheté. Charles reprend cette même année la gérance du snack bar de la piscine de Sochaux.

De son union avec Marie Margueritte naissent deux enfants : Jacques en septembre 1944 et Marie-Chantal en 1955.

A côté de ses activités professionnelles, il entraîne les jeunes au sein du club de Football de l’U.S. Sochaux Football pendant une dizaine d’années.

Il termine sa carrière professionnelle avec la gérance du bar-restaurant du lac de la Seigneurie à la Chapelle-sous-Rougemont dans le territoire de Belfort (90).

Charles Zaeh – archives famille Zaeh.

A sa retraite, une de ses passions est d’aller chaque hiver au Maroc avec sa chère épouse.

Suite à un cancer, ils s’établissent près du domicile de leurs enfants à Exincourt (25).

Charles décède à Montbéliard le 31 mai 1991 à l’âge de 70 ans.

Il est rejoint pour l’éternité par sa chère épouse le 9 avril 2002.

Nous remercions très sincèrement sa fille Marie-Chantal pour le partage de son histoire familiale et la donation des affaires personnelles de son père afin que nous puissions lui rendre l’hommage qu’il mérite. ainsi qu’à ses camarades du R.I.C.M.

Les noms des 179 officiers, sous-officiers et hommes du rang « Mort pour la France » pendant les campagnes de France et d’Allemagne – archives famille Zaeh.

Pour en savoir plus sur le Maquis de Lomont :

Adrienne Germaine HEIM 1913 – 2005

Photo d’identité de Germaine Heim – source SHD Vincennes.

Germaine est née à Ostheim, dans le Haut-Rhin, le 17 mai 1913.

Elle est la fille d’Adolphe Heim et de Frédérique Berchandu habitant à Beblenheim(68) dans le vignoble alsacien.

Nous n’avons pas d’information concernant son enfance et sa vie avant guerre.

Elle embarque sur un navire à Boulogne-sur-Mer (62) et arrive le 28 avril 1939 en Angleterre , où elle trouve un emploi de gouvernante dans le Leicestershire.

Le parcours connu de germaine Heim – carte klm127.

Elle s’engage volontairement pour toute la durée de la guerre dans les Forces Françaises Libres le 5 septembre 1941 (acte d’engagement n°1790D) à Londres.

En bas de son acte d’engagement du 5 septembre 1941 on trouve ses empreintes et une photo en uniforme – source SHD Vincennes.

Elle est titulaire de la carte d’identité des Forces françaises Libres n° 6993.

Elle est affectée au centre d’accueil du bureau de recrutement de Londres le 1er octobre 1941, en qualité de secrétaire à Pembrolec Lodge(GD-W8).

Le 1 janvier 1943, elle est nommée au grade de caporal.

A 30 ans, elle est « identifiée » comme pouvant devenir un agent potentiel de la France Libre et est mutée au Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) de Londres le 1er octobre 1943.

Elle est membre du Corps Auxiliaire Féminin français dans la section RF (créée en 1941, la section RF recrute des agents français afin de réaliser des opérations coordonnées entre la France libre (BCRA) et le Special Operations Executive (SOE) britannique en France.

Du 10 novembre 1943 au 15 juin 1944 elle suit le stage très sélectif de « Radio et sécurité ».

Elle obtient le brevet parachutiste français n°5041.

Dans l’évaluation de son instructeur, on peut lire :

«   Elle est intelligente, pragmatique, très observatrice et pleine d’imagination. Elle possède la mentalité et les vertus d’une jeune guide scout efficace. Elle brille lors d’exercices de mise en pratique Elle manque néanmoins de ruse et de savoir-faire dans ses rapports avec autrui. Elle est très enthousiaste, a travaillé dur et est physiquement forte et énergique Elle a une forte personnalité ainsi qu’une forte volonté. Elle est, cependant, assez immature. Sa façon de se maquiller laisse transparaître son côté adolescent. C’est une personne agréable et joyeuse. Elle a beaucoup d’entregent et serait appréciée en société.”

Bombardier Handley Page Halifax servant également pour parachuter des agents, du matériel et des armes – source photo : internet.

Volontaire pour sa première mission, Germaine Heim alias « Danubien » (elle a 32 ans) est parachutée en France, toujours occupée par les Allemands, d’un bombardier Halifax anglais, le 4 juillet 1944 à proximité de Donzy, dans la Nièvre, en qualité de chargée de mission de 3ème classe (agent P2), grade assimilé à celui de sous-lieutenant, pour travailler au sein du réseau « PERIMETRE ».

Poste émetteur-récepteur valise type 3 MKII – source : https://www.reseau-canope.fr/enseigner-la-resistance/D223

Elle assure la fonction de radio (Transmission-action) pour la mission « VERVEINE »(n°107.529) dirigée par le Colonel Viat et elle est nommée chargée de mission de 2ème classe, grade assimilé à celui de lieutenant, le 15 septembre 1944.

Extrait du journal « La tribune des Maquis  » du 25 Nov. au 1 Déc. 1945 relatant la mission « Verveine » – source internet.

Une fois la mission accomplie elle rejoint Paris le 29 septembre 1944 et intègre la Direction Générale des Etudes et des Recherches(DGER).

Toujours comme chargée de mission de 2ème classe (lieutenant) elle part en mission en Belgique du 6 novembre 1944 au 20 février 1945, date à laquelle elle rentre à Paris.

Du 17 avril au 5 juin 1945 elle participe à la mission « HUMBERTO », puis rentre à nouveau à Paris le 6 juin 1945.

Elle est nommée dans le corps des Assimilés Spéciaux pour les territoires occupés en Allemagne, au grade d’attaché de 1ère classe et est mutée au Gouvernement militaire de la zone française d’occupation.

Elle est rayée des contrôles de l’armée d’active à Paris le 20 octobre 1946.

Pour son courage et son engagement elle est citée à l’ordre de l’Armée qui comporte l’attribution de la Croix de Guerre 1939 – 1945 avec palme (nous n’avons malheureusement pas le détail de cette citation).

Elle est également titulaire de la Croix du combattant Volontaire.

Par décret du Président de la République du 31 décembre 1998, elle est promue au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Elle décède à l’âge de 92 ans le 1er novembre 2005 à Maxéville en Meurthe-et-Moselle (54).

Nous vous remercions pour votre engagement total au service de la France et nous ne vous oublierons pas!

Sincères remerciements à Claude Herold pour la découverte et le partage du dossier de germaine Heim et à Gaston Erlom pour son expertise.

sources :

SHD Vincennes

site https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=73745

« Elles ont suivi de gaulle » de Sébastien Albertelli aux éditions Perrin.