Charles Henri ZAEH 1921 – 1991

Il est né le 27 juin 1921 à Dampierre-les-Bois près de Montbéliard dans le Doubs (25).
Il est le fils de Henry Zaeh qui est ouvrier dans une usine et de Louise Adèle Liepert.
Il obtient son certificat d’étude à 14 ans.
Il se marie avec Marie Margueritte Bohlinger (née le 30 mars 1922) le 20 décembre 1941.

En 1944, Charles rejoint le maquis de Lomont sur le plateau de Montécheroux et participe aux combats d’août et début septembre 1944.

NB : La Résistance, consciente des particularités du Lomont, choisit d’y installer, dans le courant de l’année 1944, un maquis. Elle investit la partie nord de la chaîne du Lomont, connue sous le nom de plateau de Montécheroux. C’est une place forte naturelle qui est facilement défendable puisqu’elle est ceinte à l’ouest par des falaises et seul de rares passages permettent l’accès au plateau du Lomont. Proche de la Suisse, il domine le Pays de Montbéliard. Le maquis est idéalement situé à quatre-vingt-kilomètres de Besançon, vingt-deux kilomètres de Montbéliard et quinze kilomètres de Saint-Hippolyte. En 1947, le général Béthouart, commandant du 1er Corps d’Armée de la 1ère Armée Française écrivait au sujet de ce maquis : « Le Lomont, fut la clef du Pays de Montbéliard, la porte de la Trouée de Belfort et de l’Alsace, la route versle Rhin ».
1Après la libération de Pont-de-Roide le 12 septembre, le maquis du Lomont est officiellement dissous le 15 septembre 1944.
La majorité des groupes-francs s’engage alors au R.I.C..M.

Le 21 septembre 1944, Charles s’engage volontairement au Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc (R.I.C.M.) de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale (9ème D.I.C.).

Charles Zaeh, comme l’ensemble de ses camarades du RICM, obtient le port permanent de la double fourragère aux couleurs de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre suite à la citation à l’ordre de l’Armée de son Régiment, qui s’est distingué depuis son débarquement en Provence le 28 août 1944 jusqu’aux combats de Habsheim et de l’île Napoléon du 24 novembre 1944.

Le R.I.C.M. est le premier régiment à atteindre les bords du Rhin. C’est l’aspirant Delayen qui trempe dans le fleuve le fanion de son escadron à Rosenau le 20 novembre 1944. Charles est blessé ce même jour à la cuisse gauche par un éclat d’obus.
Pour sa participation aux combats de Haute-Alsace il a droit également au port permanent de la Distinguished Unit citation américaine.
De retour de convalescence il participe à la fin de la campagne d’Alsace. La 9ème DIC est citée à l’ordre de l’Armée pour son action, lors de l’offensive finale qui débute le 20 janvier 1945 pour réduire définitivement la poche de Colmar.
La campagne de libération du territoire national coûte la vie à 54 soldats (dont 2 officiers) et cause 143 blessés (dont 6 officiers).
Après une période de repos il franchit le Rhin avec son unité pour entrer en Allemagne.
Pour sa bravoure au combat Charles est cité à l’ordre de la Brigade lors de la campagne d’Allemagne :

« Tireur au F.M. courageux dont le coup d’œil, la rapidité de son entrée en action et à la précision du tir ont nettement favorisé l’action de son groupe lors des opérations échelonnées du 11 avril au 23 avril 1945 de Karlsruhe à Fribourg. Le 16 avril 1945 à Oberschopfen (Oberschopfheim en réalité), à 200 mètres, a tué un tireur de panzerfaust au moment ou il s’apprêtait à tirer sur un de nos chars ».

Cette citation est accompagnée de l’attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et palme.
Il est démobilisé et rayé des contrôles de l’armée le 5 janvier 1946.
Charles ZAEH est titulaire de : :
La Médaille Militaire.
La Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et palme.
La Médaille des Blessés.
La Distinguished Unit Citation.
La Croix du Combattant Volontaire 1939-1945.

De retour à la vie civile il est commerçant, puis propriétaire d’un Hôtel-restaurant devant les, usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard. 120 ouvriers viennent tous les midis se restaurer chez lui. Après les évènements de mai 1968 et dans le cadre de l’agrandissement de l’usine Peugeot, son établissement est racheté. Charles reprend cette même année la gérance du snack bar de la piscine de Sochaux.
De son union avec Marie Margueritte naissent deux enfants : Jacques en septembre 1944 et Marie-Chantal en 1955.
A côté de ses activités professionnelles, il entraîne les jeunes au sein du club de Football de l’U.S. Sochaux Football pendant une dizaine d’années.
Il termine sa carrière professionnelle avec la gérance du bar-restaurant du lac de la Seigneurie à la Chapelle-sous-Rougemont dans le territoire de Belfort (90).

A sa retraite, une de ses passions est d’aller chaque hiver au Maroc avec sa chère épouse.
Suite à un cancer, ils s’établissent près du domicile de leurs enfants à Exincourt (25).
Charles décède à Montbéliard le 31 mai 1991 à l’âge de 70 ans.
Il est rejoint pour l’éternité par sa chère épouse le 9 avril 2002.
Nous remercions très sincèrement sa fille Marie-Chantal pour le partage de son histoire familiale et la donation des affaires personnelles de son père afin que nous puissions lui rendre l’hommage qu’il mérite. ainsi qu’à ses camarades du R.I.C.M.

Pour en savoir plus sur le Maquis de Lomont :
Adrienne Germaine HEIM 1913 – 2005

Germaine est née à Ostheim, dans le Haut-Rhin, le 17 mai 1913.
Elle est la fille d’Adolphe Heim et de Frédérique Berchandu habitant à Beblenheim(68) dans le vignoble alsacien.
Nous n’avons pas d’information concernant son enfance et sa vie avant guerre.
Elle embarque sur un navire à Boulogne-sur-Mer (62) et arrive le 28 avril 1939 en Angleterre , où elle trouve un emploi de gouvernante dans le Leicestershire.

Elle s’engage volontairement pour toute la durée de la guerre dans les Forces Françaises Libres le 5 septembre 1941 (acte d’engagement n°1790D) à Londres.

Elle est titulaire de la carte d’identité des Forces françaises Libres n° 6993.
Elle est affectée au centre d’accueil du bureau de recrutement de Londres le 1er octobre 1941, en qualité de secrétaire à Pembrolec Lodge(GD-W8).
Le 1 janvier 1943, elle est nommée au grade de caporal.
A 30 ans, elle est « identifiée » comme pouvant devenir un agent potentiel de la France Libre et est mutée au Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) de Londres le 1er octobre 1943.
Elle est membre du Corps Auxiliaire Féminin français dans la section RF (créée en 1941, la section RF recrute des agents français afin de réaliser des opérations coordonnées entre la France libre (BCRA) et le Special Operations Executive (SOE) britannique en France.
Du 10 novembre 1943 au 15 juin 1944 elle suit le stage très sélectif de « Radio et sécurité ».
Elle obtient le brevet parachutiste français n°5041.
Dans l’évaluation de son instructeur, on peut lire :
« Elle est intelligente, pragmatique, très observatrice et pleine d’imagination. Elle possède la mentalité et les vertus d’une jeune guide scout efficace. Elle brille lors d’exercices de mise en pratique Elle manque néanmoins de ruse et de savoir-faire dans ses rapports avec autrui. Elle est très enthousiaste, a travaillé dur et est physiquement forte et énergique Elle a une forte personnalité ainsi qu’une forte volonté. Elle est, cependant, assez immature. Sa façon de se maquiller laisse transparaître son côté adolescent. C’est une personne agréable et joyeuse. Elle a beaucoup d’entregent et serait appréciée en société.”

Volontaire pour sa première mission, Germaine Heim alias « Danubien » (elle a 32 ans) est parachutée en France, toujours occupée par les Allemands, d’un bombardier Halifax anglais, le 4 juillet 1944 à proximité de Donzy, dans la Nièvre, en qualité de chargée de mission de 3ème classe (agent P2), grade assimilé à celui de sous-lieutenant, pour travailler au sein du réseau « PERIMETRE ».

Elle assure la fonction de radio (Transmission-action) pour la mission « VERVEINE »(n°107.529) dirigée par le Colonel Viat et elle est nommée chargée de mission de 2ème classe, grade assimilé à celui de lieutenant, le 15 septembre 1944.

Une fois la mission accomplie elle rejoint Paris le 29 septembre 1944 et intègre la Direction Générale des Etudes et des Recherches(DGER).
Toujours comme chargée de mission de 2ème classe (lieutenant) elle part en mission en Belgique du 6 novembre 1944 au 20 février 1945, date à laquelle elle rentre à Paris.
Du 17 avril au 5 juin 1945 elle participe à la mission « HUMBERTO », puis rentre à nouveau à Paris le 6 juin 1945.
Elle est nommée dans le corps des Assimilés Spéciaux pour les territoires occupés en Allemagne, au grade d’attaché de 1ère classe et est mutée au Gouvernement militaire de la zone française d’occupation.
Elle est rayée des contrôles de l’armée d’active à Paris le 20 octobre 1946.
Pour son courage et son engagement elle est citée à l’ordre de l’Armée qui comporte l’attribution de la Croix de Guerre 1939 – 1945 avec palme (nous n’avons malheureusement pas le détail de cette citation).
Elle est également titulaire de la Croix du combattant Volontaire.
Par décret du Président de la République du 31 décembre 1998, elle est promue au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur.
Elle décède à l’âge de 92 ans le 1er novembre 2005 à Maxéville en Meurthe-et-Moselle (54).
Nous vous remercions pour votre engagement total au service de la France et nous ne vous oublierons pas!
Sincères remerciements à Claude Herold pour la découverte et le partage du dossier de germaine Heim et à Gaston Erlom pour son expertise.
sources :
SHD Vincennes
site https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=73745
« Elles ont suivi de gaulle » de Sébastien Albertelli aux éditions Perrin.
Marcel BOSCHER 1922 – 2026

Marcel Boscher est né le 1er janvier 1922 rue liancourt dans le 14ème arrondissement de paris(75).

Après sa naissance ses parents s’établissent à La Plaine Saint–Denis. Son père travaille au Gaz de Paris comme poseur de voies (à l’endroit actuel où se trouve le Stade de France). Il a un frère, Roger né le 24 février 1926 à Saint-Denis. Lors de sa naissance Marcel va habiter quelques temps chez ses grands-parents qu’il adore. A 5 ans il intègre le Patronage de la Mutuelle au sein de laquelle, grâce au curé Raoul Doucet il pratique du foot, du basket, du croquet et de la bicyclette. Marcel se souvient y avoir chanté « La Paimpolaise » en costume breton. En 1931 lors de l’inauguration de l’église il est habillé en Louveteau pour la haie d’Honneur. Chaque dimanche il chante à l’église (c’est là que se développe son amour pour le chant) ainsi qu’aux différentes fêtes religieuses comme la messe de minuit de noël. En 1936 Marcel assiste au congrès des louveteaux et des scouts (25 000 venus de toute la France) au Parc des Princes en présence de Lord Baden Powel, fondateur du scoutisme.

C’est lors d’une visite ,avec le Patronage, de l’imprimerie de la bonne presse rue Bayard à paris qu’est très certainement né son intérêt pour l’imprimerie. Marcel obtient vers l’âge de 12 ans son certificat d’études (une de ses matières préférée est la musique). Par la suite il intègre une école qui dépend de la Chambre de Commerce de Paris sise 247 Avenue Gambetta près de la Porte des Lilas où il obtient un certificat d’aptitude; il est deuxième de la classe comme typographe (il aligne les lettres et signes un à un dans un composteur à raison de 1000 à 1200 signes à l’heure).
Il se lance alors dans la vie active et enchaîne divers emplois dans l’imprimerie : de 1937 à 1938 à l’imprimerie Centrale rue Erard Paris 12, de 1938 à 1939 dans l’imprimerie « Pax et Labor » à Vanves, du 1 mars au 15 novembre 1939 à l’Ets Busson Paris 18. Puis comme garçon de magasin de fin 1939 à avril 1940 dans la chocolaterie Mary Paris 8.
Après la défaite de juin 1940, Marcel se souvient que ses camarades de patronage qui sont plus âgés que lui, qui ont été appelés pour se battre ont été fait prisonnier pour la plupart …il en a pleuré!

Début août 1940, pour éviter d’être au chômage, son père lui trouve un emploi à l’Hôtel du Grand Cerf à Saint-Denis qui se trouve à côté de la basilique et où il est garçon de comptoir et caviste, payé au pourboire. Alors que les Allemands occupent l’Hôtel, il se rend avec Pierre le fils des patrons au sous-sol pour écouter « Radio-Londres »
Un ancien commandant, Gaston Tessier, incite Marcel à Rejoindre Rabat au Maroc pour s’engager dans les « Chasseurs d’Afrique ». Après l’accord de sa maman qui avait connu la dure occupation dans le nord de la France pendant la première guerre mondiale, il rejoint Lyon après avoir franchit la ligne de démarcation.
Une farouche volonté l’anime pour reprendre le combat contre les allemands et libérer son pays. Au camp de la Guillotière, des officiers le dissuadent de rejoindre l’Afrique du Nord .

Marcel s’engage alors au 2ème Régiment à cheval(2ème Hussard) de Tarbes le 2 octobre 1942. Le 11 novembre 1942 l’armée allemande franchit la ligne de démarcation suite au débarquement américains en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 (opération « Torch »).

Il est démobilisé le 27 novembre 1942 et décide de ne pas rentrer à Paris mais de rejoindre avec d’autres camarades la ferme du Régiment sise à Ossun (à 20kms de Tarbes) dans les Hautes-Pyrénées, qui est tenue par l’adjudant Maurice Martin. Marcel y retrouve un camarade qui s’appelle Robert Martin. Pendant 6 mois ils cultivent du maïs, des topinambours, des rutabagas qui sont destinés aux collectivités locales.
Début juin 1943, Marcel reçoit sa convocation pour le service obligatoire du Travail…il est hors de question pour lui de travailler pour l’Allemagne nazie!
Il convainc deux de ses camarades (Robert Martin & Michel Aquadupo) de franchir les Pyrénées pour se rendre en Espagne. Ils partent le 2 juin 1943 et arrivent au bout après 4 jours d’une traversée épique, en chaussures de ville.

Marcel nous raconte : » Nous n’avions des vivres que pour deux jours, couchions à la belle étoile, buvions l’eau des torrents mais rien ni personne ne pouvait nous arrêter! Nous avons gravi la montagne » Balaïtous » qui culmine à 3144 mètres et arrivés dans un refuge abandonné nous avons compris que nous étions en Espagne grâce aux journaux qui se trouvaient à l’intérieur. Nous atteignons, 12kms plus bas, Sallent de Gallego, accueillis par des femmes espagnoles qui nous offrent du lait ».
La joie intense ressentie par Marcel est de courte durée car les carabiniers espagnols ne vont pas mettre beaucoup de temps pour les interpeller. Ils se retrouvent prisonniers avec une quinzaine d’autres camarades ayant franchit la frontière espagnole. Le chef des carabiniers lui demande par où ils sont passés et n’a pas voulu le croire. Après deux jours de route sur le toit d’un autocar Marcel arrive à Jaca. Menottes aux mains il est conduit dans la prison de la ville où se trouve déjà une cinquantaine de français. Ils sont entassés dans une pièce exigüe dans des conditions très difficiles pendant 1 mois : chaleur du mois de juin, – invasion de poux, punaises, morpions – dorment à même le sol – nourriture faite de bocadillo (morceau de pain) et de potage à base d’huile d’olive non raffinée avec quelques rares légumes. Ils sont ensuite transférés à la prison « modèle » provincial de Saragosse (dorment sur des paillasses), mélangés aux droits communs espagnols. Chaque samedi matin ils entendent les exécutions des Républicains qui chantent « L’internationale » au moment ultime. Le dimanche il assiste à la messe. Fin juillet on leur annonce le départ vers « le paradis des internés » à Miranda de Ebro où se trouve déjà 3000 internés. Marcel « loge » dans la baraque numéro 5 avec des belges. La nourriture y est tout aussi mauvaise et insuffisante. Vu les conditions de vie et sanitaire la majorité attrape la « mirandite » comme l’appellent les prisonniers. Pour atteindre les « toilettes » il fallait passer par les fenêtres et s’y jucher afin d’éviter que la cellule soit jonchée d’excréments… Marcel reste à Miranda quatre longs mois de galère avant d’être échangé contre des sacs de blé dont l’Espagne a besoin. Il est récupéré avec certains de ses camarades par la Croix Rouge Internationale dirigé par Monseigneur Boyer Mas soutient de la France Libre. Marcel sort du camp en novembre 1943 et est logé à Madrid pendant une quinzaine de jours à l’Hôtel des Norte où il a les faveurs de la fille des patrons dixit Marcel. De Madrid il rejoint par train Malaga où il loge dans les arènes de la ville. C’est là qu’il déguste pour la première fois des tapas, du vin de malaga et une paëlla à la valencienne.

Le 1 décembre 1943 il embarque sur le paquebot « Gouverneur Général Lépine » pour partir en convoi (avec le paquebot « Dugay-Trouin », deux avisos dont l’Annamite ») et rejoindre Casablanca (Maroc) en passant par le détroit de Gibraltar. En cours de traversée il voit des taches d’huile sur la mer certainement dues à un navire coulé par des sous-marins ou l’aviation allemande.

Arrivé à bon port tous les passagers sont accueillis par une « brillante Marseillaise » dixit Marcel. Marcel est ensuite dirigé vers le centre de tri de Médiouna à 15 kilomètres de Casablanca. Etant typographe on lui propose d’entrer à l’imprimerie du journal de Casa ce qu’il refuse catégoriquement…Marcel est là pour se battre et accomplir son devoir! Finalement il est affecté au 5ème Régiment des Spahis Marocains (5ème RSM) stationné à Rabat(Maroc). En janvier 1944 le 5ème RSM devient le 6ème RSM. Marcel se souvient qu’il sont 27 évadés de France dont André Bourlange, Bernard Jourquin, Jean-paul Spatarakis, Michel Aguado…). Il retrouve à Rabat son camarade Robert Martin(qui n’a pas été enfermé dans les geôle espagnoles car il avait moins de 20 ans) qui s’est engagé au 501ème Régiment de Char de Combat qui intègre la 2ème DB du Général Leclerc. Avec le 6ème RSM, Marcel quitte à cheval Rabat pour Meknès où il passe le jour de l’an (01-01-1944). Puis mouvement sur Midelt au sud du Maroc où il traverse le moyen Atlas sous des tempêtes de neige et de glace. Arrivé à Midelt, Marcel et son unité gardent des prisonniers italiens.

Fin mai 1944, Marcel et 27 autres « Evadés de France » s’engagent aux Commando de France qui une unité d’élite formée en mai/juin 1944 à Staouéli en Algérie, sous la direction du Lieutenant-Colonel Gambiez qui commande les troupes de choc françaises.

Marcel effectue plusieurs sauts en parachute à Blida pour obtenir son brevet parachutiste (4 sauts obligatoires) et suit un entrainement des plus exigeant où seul les plus forts sont conservés (course à pied, tir, combat rapproché, marches commando…). C’est à Alger où Marcel et ses camarades « rongent leur frein », qu’ils entendent parler, le 6 juin 1944, du débarquement de Normandie (Marcel écrit dans ses mémoires : » …et nous n’en faisons pas parti… »).

Il ne participe pas au débarquement de Provence du 15 août 1944 et traverse la méditerranée sur le croiseur français « Montcalm » début octobre 1944.

Il débarque à Toulon. A Marseille le Commando de France loge dans une cimenterie avant de remonter la vallée du Rhône et rejoindre en train les Vosges, où réunis dans une clairière à leur arrivée, le Général de Lattre les passe en revue et leur dit : » Ah les petits gars vous voulez de la bagarre? Eh bien, vous en aurez!!! »

Le baptême du feu des Commandos de France et de Marcel a lieu au Haut-du-Tôt les 3 et 4 novembre 1944 où l’unité connait ses premières pertes : 24 hommes tués pour la majorité du 1er Commando et une centaine de blessés.

Marcel est en réserve avec le 2ème Commando et n’est pas engagé au combat mais il doit être évacué suite aux gelures contractés aux pieds dans un climat polaire avec des températures négatives frisant les moins 20 degrés. Les soldats dorment à même le sol avec leurs brodequins américains non adaptés aux conditions météo hivernales. La gravité des gelures ne permet pas à Marcel de participer aux combats de Libération courant novembre 1944 où se distingue son unité : Essert(19-20/11/44), Belfort(20-25/11/44) et Masevaux(25-26/11/44).
Bon nombre de camarades de Marcel y laissent leur vie dont son Lieutenant, Pierre Cadinot, Mort pour la France à Essert le 20 novembre 1944 .

Marcel rejoint les Commandos de France en janvier 1945 après avoir eu la chance de passer le 1er de l’an dans sa famille. Cantonné à Beaucourt près de la frontière Suisse il fait mouvement en direction des âpres combat de la poche de Colmar.
Le 31 janvier 1945 au matin, les Commandos de France reçoivent comme ordre de prendre le village de Durrenentzen qui est défendu par les redoutables Gebirgjäger du 136ème régiment de la 2ème gebirgs Division, unité d’élite des troupes de montagne allemandes et plusieurs blindés panzer V « Panther ».
Dans ses mémoires Marcel nous raconte la suite :
» …Nous avons perdu ce jour là la plupart de nos officiers, sauf le Lieutenant Blanchard, blessé légèrement à la tête. Pour ma part, je suivais mon camarade Guy Laffargue quand celui-ci a été tué sous mes yeux. Notre capitaine Raymond Villaumé qui nous intimait l’ordre d’attaquer s’est fait lui aussi tuer et expirait dans les bras de Jean Sauli (futur témoin de mariage de Marcel).

Dans la grande située près de l’église de Durrenentzen, l’aspirant Bonhammour se trouvait derrière moi; je croyais vraiment qu’il se cachait, en réalité il avait été tué par des éclats d’obus. De la grange, avec mes camarades (Jean Mas Bourlange, Bernard Jourquin, André Mahé) nous tirions à la mitraillette avec lancement de grenades sur les allemands dont un tireur d’élite qui était dans le clocher. »

Les commandos de France ont de lourds pertes (53 tués et une centaine de blessés), et après plusieurs contre-attaques allemandes des plus vives sont obligés de reculer.

Le 2ème Commando (où se trouve Marcel) parvient à stopper l’ennemi et reçoit alors l’ordre de défendre la lisière Est du village. A minuit ils reçoivent l’ordre de décrocher.

Après ces durs combats, la libération de Colmar (02/02/1945) et la fin des combats de la poche de Colmar le 9 février 1945, Marcel obtient une permission bien méritée de 15 jours qu’il passe dans sa famille.
Il rejoint son unité en Allemagne qui a franchit le Rhin à hauteur de Germersheim(67). Marcel se souvient des combats de Langenbrand en Forêt noire où l’Aspirant Pérard et les Sergent-chef Walter et Galoin sont tués par des tireurs d’élite cachés dans les arbres. Marcel, comme éclaireur de pointe, est l’un des premiers de son unité à entrer en Autriche à Bregenz. La veille il fait une patrouille de reconnaissance en compagnie de Laurent Jourquin, Mahé et Bourlanges pour savoir si la ville est occupée ou non par les forces allemandes. Arrivé au barrage anti-char il le constate par les tirs nourris et c’est alors que l’artillerie alliée riposte. Marcel trouve un casque allemand et le met pour se protéger des nombreux éclats d’obus qui volent autour de lui et ses camarades (NB : les Commandos de France ne portent pas de casque mais juste un béret). Comme le dit Marcel : « C’eut été dommage de périr sous des tirs alliés!… »
Un fois Bregenz prise Marcel loge chez un médecin autrichien avec le docteur Pierre Auriac et Jean-Paul Spatarakis (futur beau-frère de Marcel). Marcel indique que la traversée de l’Autriche s’est faite normalement sauf le jour où ils font prisonnier un officier allemand. Laurent Jourquin (qui est prêtre) lui demande sa religion et l’allemand lui répond « celle d’Hitler »!

C’est à Klosterlé (dans le Tyrol autrichien) près de l’Arlberg, que Marcel apprend le 8 mai 1945 la signature par les allemands de l’armistice et ainsi la fin de la seconde guerre.

NB : Après la réduction de la poche de Colmar le 9 février 1945, les rescapés du Commando de France se reposent à Orschwihr (68) jusqu’au 31 mars 1945, avant de prendre part à la campagne d’Allemagne. Le 2e commando français est le premier à traverser le Rhin au début du mois d’avril 1945. Il a participé à toutes les batailles : Karlsruhe (03-04-1945), Pforzheim (5 au 8-04-45), Langen Brand (14-04-1945), Forêt-Noire, Pfüllingen, Walvies. Il a terminé son voyage victorieux en Autriche à Bregenz, Rankweil et enfin le 8 mai 1945 au sommet du Vorarlberg, où ils ont planté le drapeau portant leurs couleurs.

La joie de la victoire sur les nazis est éclipsée par les nombreux camarades disparus ou blessés : 134 tués (dont 102 lors des campagnes des Vosges et d’Alsace), 21 disparus et 393 blessés.
Puis s’enchaine l’occupation de l’Allemagne à Ravensburg jusqu’en décembre 1945 pour Marcel et ses camarades.



L’unité rejoint alors Tarbes où, suite à des échauffourées avec des civils ils sont envoyés par mesure disciplinaire au Fort de Montlouis dans les Pyrénées orientales.
Marcel Boscher est démobilisé le 18 février 1946. Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur, Médaillé Militaire et titulaire de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile.
Fin avril 1946 il reprend son métier de typographe aux établissements « Busson » dans le 18ème arrondissement de Paris, jusqu’en 1950.

Marcel fait la connaissance (« pour son plus grand bonheur » dixit Marcel) d’une ravissante jeune fille d’origine grecque, Henriette née Kosmadakis le 15/8/1927 à Bérou-la-Mulotière(28).
Il la rencontre lors du mariage de son copain des Commandos de France, Jean-Paul Spatarakis(1924-1989) avec Athéna(1929-2022) dite « Nana » qui est la soeur d’Henriette.

Marcel se marie avec Henriette Kosmadakis le 15 janvier 1949 à Issi-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine.

Du 20 avril 1950 au 14 janvier 1955 il est typographe chez Clichés-Union Paris 15ème. Puis dans le 13ème chez Monotypia et chez Paragon de 1956 à 1958.
Marcel et Henriette ont la joie de devenir parents, avec la naissance de leurs fils Alain le 27 juillet 1954 et Marc le 25 janvier 1957.
D’avril 1958 à novembre 1966 il travaille comme cadre contremaître chez « More Paragon France » grâce à son ami Marcel Barrier avec qui il reprend le 1er décembre 1966 « L’Imprimerie du Commerce » à Rambouillet, jusqu’au 1 janvier 1982, date à laquelle Marcel prend une retraite bien méritée, à l’âge de 60 ans.

La famille s’agrandit encore avec la naissance de 3 petits enfants (Guillaume, Laura, Vincent) et 4 arrières petits enfants (Auguste, Solveig, Jade et Mael).
Marcel à la douleur de perdre sa chère épouse le 26 janvier 2017 à l’âge de 89 ans.
Marcel a toujours aimer chanter et la musique qu’il écoute sur Mezzo jusqu’à la fin de sa vie.
Marcel Boscher est décédé le 1er février 2026 à Rambouillet, à l’âge de104 ans. .


Chaque année en Mémoire de ses camarades qui ont fait le sacrifice ultime de leur vie pour libérer la France du nazisme, Marcel Boscher revient à Durrenentzen (jusqu’en 2022), le 31 janvier, pour commémorer la libération de ce petit village alsacien cher à son coeur.
Le 31 janvier 2022, comme chaque année, Marcel Boscher entonne le chant des Commandos de France à Durrenentzen :
Nous remercions sincèrement Marcel Boscher et sa famille pour le partage de son récit et du fonds documentaire familial afin de pouvoir diffuser au plus grand nombre l’histoire de Marcel et de ses camarades des Commandos de France. Merci également à Jacky Cleret grâce à qui cela n’aurait pas été possible.


En complément le récit intégral de Marcel Boscher des combats de Durrenentzen :
« Je faisais partie du 2ème Commando des Commandos de France commandé par le Capitaine Raymond Villaumé. Avant d’attaquer le village fortement tenu par les allemands, nous étions confinés à Muntzenheim. Là étaient déjà cantonnés des Tabors marocains ; nous avons donc empruntés la route des goumiers et des éléments de la 2ème DB du Général Leclerc. Ils s’étaient frottés aux allemands sans trop de succès. Donc, au petit jour du 31 janvier, l’ordre nous a été donné d’attaquer. Il faisait -20 degrés en dessous de 0 et la neige était là. De Muntzenheim nous avons donc emprunté la route distante de 2kms et demie de Durrenentzen. A l’abord du village, des tirs de mitrailleuses ennemies se firent entendre; aussitôt nous passions en rampant dans les champs enneigés, des balles traçantes passant au-dessus de nos têtes. Nous nous faisions « petits ». Notre Capitaine, Raymond Villaumé qui était sous un pommier à l’entrée du village nous enjoignait d’attaquer en criant « Allez , en avant les petits gars! ». c’est alors qu’il fut touché par les balles ennemies. Il devait expirer quelques minutes plus tard dans les bras de mon camarade Jean Mas appelé « Boulou ». Mahé, celui-ci se faisait un plaisir d’attraper des lapins pour notre subsistance à tous, André Bourlange, Bernard Jourquin. Nous avons continué notre progression en rampant dans la neige, arrivés près des maisons des voix se sont fait entendre : « Ne tirez pas, nous sommes alsaciens! » . Ils avaient été enrôlés de force par l’armée allemande. En progressant, je me trouvais derrière mon camarade Jacques Laffargue qui avait été au 2ème Hussards à Tarbes tout comme moi. C’est alors qu’il fut touché lui aussi par les balles ennemies. Il devait expirer peu de temps après au poste de secours installé dans le centre du village. Là, dans la rue principale, des tanks sherman alliés achevaient de se consumer ayant été touchés par un char « Panther » allemand. En compagnie des mes camarades précédemment cités, nous atteignons une ferme sise à côté de l’église. Nous réfugiant dans la grange de celle-ci, nous tirions à la mitraillette sur les allemands réfugiés dans le clocher, leur lançant des grenades offensives. Je me trouvais alors à côté de l’aspirant Bonhamour que je croyais en train de se camoufler derrière moi. En réalité, il gisait, atteint par des éclats d’obus! Je l’avais échappé belle…Le soir, des américains vêtus de blanc vinrent reconnaître les lieux mais s’en retournèrent rapidement se rendant compte que le village était âprement défendu. Ils durent en rendre compte à leurs supérieurs ce qui déclencha des tirs d’artillerie de leur part et l’évacuation du village par les allemands. Au petit matin nous entrions dans Colmar libéré (le 2 février) dans des GMC, acclamés par la population. Le Maréchal de Lattre nous passa en revue sur la place d’Armes en nous félicitant chaleureusement. Chemin faisant, je trouvais inopinément une caisse de 20 poignards allemands de la SA. J’en fis la distribution aux camarades et à mon futur beau-frère Jean-Paul Spatarakis. Après Colmar, je devais aller en permission dans la famille ».





Mario POMPINO 1926 – 1945

Garlin Murl CONNER 1919 – 1998

Garlin Murl Conner est né le 2 juin 1919 à Aaron dans le comté rural de Clinton dans le Kentucky.
Il est le troisième enfant d’une fratrie de 11 enfants. Toute sa famille, ses amis et ses voisins l’appellent « Murl ». Le lycée le plus proche est à 15 miles et il arrête sa scolarité en 8ème année. Il passe son adolescence à travailler dans la ferme familiale et sert dans le Civilian Conservation Corps.
Il s’enrôle dans l’armée le 1er mars 1941 à Louisville (Kentucky) et suit sa formation militaire de base à Fort Lewis (Washington), où il rejoint les rangs de la Company K du 3rd Battalion du 7th Infantry Regiment de la 3rd Infantry Division.
Après plusieurs mois d’entraînement il quitte le continent nord-américain avec son unité le 23 octobre 1942, pour débarquer sur les côtes nord-africaines le 8 novembre de la même année en prenant part à l’opération « Torch ».
Il va combattre pendant 28 mois consécutifs, soit 800 jours en première ligne.
Il participe à 10 campagnes militaires, 5 assauts amphibies et débarquements (Afrique du Nord – Sicile – Naples – Anzio -Provence), et il est blessé à 7 reprises.
Lors des dernières semaines des combats de la poche de Colmar, au matin du 24 janvier 1945, les troupes allemandes déclenchent une contre-attaque en périphérie de Colmar, en partant du village de Houssen vers le flanc gauche du 7th Infantry Regiment américain, qui est en position dans les bois au nord de ce village (bois du Rothleible et du Brunnwald).
Les forces allemandes fortent d’environ 600 fantassins, qui appartiennent en partie à la 2. Gebirgs-Division, sont appuyées par 6 blindés et chasseurs de chars. Les rapports américains font état de la présence de chars Mark VI (char » Tigre ») mais aucun blindé allemand de ce type n’a combattu en Alsace.
A ce moment là, le First Lieutnant Conner revient tout juste de convalescence, à la suite d’une blessure reçue peu de temps auparavant. D’après certains témoignages, il s’est enfui de l’hôpital où il séjournait, pour rejoindre son unité plus rapidement.
Au moment des faits, il occupe les fonctions d’Intelligence Staff Officer (officier d’Etat-Major de renseignement) au sein de l’état-major du 3rd Battalion du 7th Infantry Regiment, qui est sous les ordres du Lieutenant-Colonel Lloyd B. Ramsey. Ce dernier, se rend compte que son unité est menacée d’anéantissement et demande des volontaires pour aller au-devant de l’attaque allemande pour atteindre une position à partir de laquelle ils pourraient diriger des tirs d’artillerie sur les assaillants.
Le First Lieutnant Conner et le soldat Robert Dutil se portent immédiatement volontaires.
Faisant abstraction de leur propre sécurité, ils emportent avec eux un téléphone de campagne et courent 400 yards (environ 365 mètres) sous les tirs de l’artillerie ennemie, qui abattent les arbres sur leur chemin et projettent des centaines d’éclats meurtriers tout autour d’eux. En courant ils doivent dérouler une bobine de câble téléphonique derrière eux, afin de pouvoir rester en communication avec le poste de commandement du bataillon.
Après avoir atteint la première ligne de défense américaine, Conner avance encore de 30 yards (environ 27 mètres) au-delà des premières positions de combat et plonge dans un fossé peu profond, qui ne peut lui procurer qu’une protection minime contre les tirs adverses.
Alors que les obus explosent autour de lui, il dirige calmement plusieurs salves d’artillerie en direction de la contre-attaque allemande, rectifiant régulièrement les tirs, jusqu’à ce que l’adversaire soit contraint de stopper son avance et de s’abriter derrière une digue à proximité.
Son camarade Robert Dutil est quant à lui blessé pendant cette action.
Pendant trois heures d’affilés, le Lieutnant Conner parvient à maintenir sa position précaire, et endure les assauts répétés de l’infanterie allemande, qui progresse jusqu’à pratiquement 5 yards (environ 4 mètres) de sa position.
Alors que les soldats allemands se regroupent en vue de l’assaut final, son officier supérieur lui demande de se replier. Au lieu de cela, le Lieutnant Conner ordonne à l’artillerie de tirer sur sa propre position, au péril de sa vie. Malgré les obus qui martèlent sa position et explosent à proximité, il continue à diriger l’artillerie amie contre les assaillants qui grouillent autour de lui, jusqu’à ce que la contre-attaque soit définitivement brisée.
Les Allemands doivent battre en retraite, laissant une cinquantaine de morts sur le terrain et une centaine de blessés.
Pour son incroyable acte de courage qui a permit de sauver son unité de l’encerclement et d’éviter de lourdes pertes, le Lieutnant Conner se voit décerner la Distinguished Service Cross.

A la fin de son temps de service, le Lieutnant Conner retourne aux Etats-Unis, à Albany (Kentucky), en mai 1945.
Un défilé et une cérémonie ont lieu en son honneur sur la place de la ville, en présence du héros de la Première Guerre mondiale, le Sergeant Alvin C. York – le célèbre Sergeant York du film de 1941 ayant valu l’Oscar du meilleur acteur à Gary Cooper – résidant dans le Tennessee voisin. Conner et York, tous deux agriculteurs qui habitent à seulement dix miles de distance l’un de l’autre, deviennent de très bons amis.
Lors de cet événement, Conner se tient devant la foule rassemblée devant le palais de justice du comté de Clinton et déclare que son allocution sera sa première et sa dernière déclaration publique sur son temps dans la guerre.
Le bref discours de Conner ne dure qu’une dizaine de minutes, au cours desquelles il décrit sa participation au débarquement de novembre 1942 sur les côtes de Fedala, au Maroc, lors de l’opération Torch, le débarquement en Sicile, ainsi que les actions de son unité dans le sud de la France. Il ne dit pas un mot sur ses propres actes altruistes et valeureux, ni même mentionne l’événement de janvier 1945 près de Houssen, qui l’a amené à s’échapper d’un hôpital militaire où il guérissait de ses dernières blessures pour rejoindre la ligne de front.
Son supérieur, le Lieutnant-colonel Lloyd Ramsey dresse le portrait du Lieutnant Conner dans une lettre adressée à son père, au moment du renvoi de Conner aux États-Unis, en mars 1945 :
« Je viens de renvoyer un de mes officiers chez lui. Il s’agit de mon S-2 [officier de renseignement], le Lieutnant Garlin M. Conner, originaire d’Aaron, Kentucky. Je suis vraiment fier du lieutenant Conner. Il vous appellera probablement et, s’il le fait, il n’aura peut-être pas l’air d’un soldat. Il ressemblera à n’importe quel bon vieux gars de la campagne. Mais, à mon avis, il est l’un des soldats les plus remarquables de cette guerre, sinon le plus exceptionnel. Il a été sergent jusqu’en juillet et est maintenant premier lieutenant. Il a la D.S.C. [Distinguished Service Cross], qui aurait pu être, je pense, une Medal of Honor. Mais il rentrait chez lui et nous voulions lui donner ce qu’il méritait avant son départ. Il possède une Silver Star à 4 palmes, une Bronze Star, une Purple Heart à 6 palmes et est en lice pour une médaille française. Lors de cette dernière poussée, en deux semaines, il a obtenu la D.S.C., ainsi qu’un cluster à sa Silver Star et à sa Bronze Star. Je n’ai jamais vu un homme avec autant de courage et de capacités que lui. D’habitude, je ne me vante pas beaucoup de mes officiers, mais c’est un officier dont personne ne pourrait assez se vanter et lui rendre justice ; c’est un vrai soldat ! »
Il est démobilisé de l’Armée le 22 juin 1945 et épouse le 9 juillet 1945, Lyda Pauline Wells (né le 4 juin 1929). Le couple s’installe dans l’Indian Creek, à quelques miles au nord d’Albany.

Garlin M. Conner vit humblement en exploitant sa ferme de 36 acres, dépourvue d’électricité et d’eau courante, entouré de sa femme et de son fils Paul.

Pendant tout ce temps, il évoque rarement la Seconde Guerre mondiale ou le rôle qu’il a joué, mais contribue à soutenir la cause des anciens combattants en matière de pension et de soins, au sein de plusieurs associations de vétérans.
Garlin M. Conner est finalement présenté pour la Medal of Honor de nombreuses années plus tard, lorsque Richard Chilton, neveu d’un ancien camarade du front de Conner vient le rencontrer en 1996, à la recherche d’informations sur la disparition de son oncle lors du débarquement d’Anzio. Lors de cette rencontre, Pauline Conner suggére à son mari de trier ses anciens dossiers de guerre, pour tenter d’y trouver des informations sur l’oncle de Chilton. Elle sort alors le vieux sac de paquetage de Murl, qui contient ses papiers, ses dossiers militaires, ainsi qu’une petite boîte en carton recelant toutes ses médailles.
En lisant les rapports militaires sur ses actions en Afrique, en Sicile et en Italie, ainsi qu’à Houssen en janvier 1945, Chilton ne peut pas croire que Conner n’ait jamais été pressenti pour l’attribution d’une Medal of Honor, et demande s’il peut lancer une procédure en ce sens.
Pauline Conner dira plus tard que son époux avait les larmes aux yeux alors qu’il hochait « oui » de la tête.

Ce fut donc près de 50 ans après les faits que les actes héroïques de Garlin M. Conner pendant la Seconde Guerre mondiale furent enfin connus de son fils Paul, ainsi que de l’ensemble de la communauté d’Albany et du comté de Clinton, et des Etats-Unis tout entiers.
Alors que le Lieutnant-colonel Ramsey est interrogé sur la raison pour laquelle il n’avait pas essayé d’obtenir à Conner la Medal of Honor pour son action héroïque près de Houssen, celui-ci a répondu qu’il avait essayé mais que ses supérieurs exigeaient plus de détails, ce à quoi il avait répondu : « Je n’ai pas le temps de fournir plus de détails. Je commande un bataillon de 900 hommes ». Il a ajouté que les soldats « étaient plus importants qu’une médaille à ce stade du jeu. »
Ramsey a en outre expliqué que « remplir des formulaires et des formalités administratives n’était pas une priorité à cette époque et une médaille n’était pas non plus une préoccupation pour Garlin Conner à aucun moment du combat. »
En fait, Ramsey pensait – à tort – qu’il était le seul témoin de l’incroyable acte d’héroïsme de Conner ce jour-là. Qui plus est, il avait été blessé au combat le même jour et a dû subir une intervention chirurgicale le lendemain, pour retirer plusieurs éclats d’obus de son dos.
Dans une lettre de 2003 adressée à Ed Whitfield, membre du Congrès du Kentucky, Ramsey argumente en faveur du Lieutnant Conner, en disant « Il n’y avait pas de meilleur combattant, aucun qui ait donné plus, sacrifié plus, ni risqué sa vie au-delà de l’appel du devoir plus de fois que Garlin M. Conner. »
De plus, Ramsey ne s’est rendu compte que plusieurs années plus tard que trois autres témoins oculaires ont pu confirmer les actions de Conner.
En 2006, il ajoute que « l’un des pires regrets de ma carrière est de ne pas avoir reçu la Medal of Honor pour le soldat le plus remarquable que j’ai eu le privilège de commander. »
Les soldats ayant servi sous le commandement de Conner ont également résumé leurs sentiments à son égard en disant : « J’avais une telle confiance dans le lieutenant Conner que je l’aurais suivi partout où il voulait aller. »
Garlin M. Conner ne vit pas assez longtemps pour voir l’aboutissement de la quête de Richard Chilton pour l’obtention de sa Medal of Honor.
Il décède à l’âge de 79 ans, le 5 novembre 1998 après avoir lutté contre une insuffisance rénale et le diabète. Il est inhumé au Memorial Hill Cemetery à Albany.

La requête est, dans un premier temps, rejetée pour prescription, mais est ensuite portée en appel devant la Cour d’appel des États-Unis.
En 2017, l’avocate Candace Hill, chargée de représenter la position du gouvernement, plaide durant 15 minutes contre l’appel de Conner. Elle révèle toutefois ses véritables sentiments à la fin de l’audience lorsqu’elle fond en larmes alors qu’elle évoque le souvenir de son père, officier dans la même unité que Conner pendant la Seconde Guerre mondiale : son père se trouvait à Houssen et avait subi une grave blessure à la jambe lors de l’attaque allemande du 25 janvier 1945, un jour après que Conner ait appelé à lui seul l’artillerie sur sa position pour arrêter l’attaque des chars et de l’infanterie allemandes. Elle déclare : « Pour autant que je sache, Garlin Conner a peut-être contribué à lui sauver la vie. »
Selon un rapport de l’Associated Press, les paroles de Hill ont convaincu la commission d’appel de soumettre le cas de Conner à un médiateur fédéral qui a ensuite ordonné à l’armée d’accorder une nouvelle audience et d’examiner toutes les preuves, y compris tous les témoignages oculaires. Peu de temps après, la demande de Pauline Conner de reclasser la Distinguished Service Cross de son défunt époux en Medal of Honor fut approuvée par le secrétaire de la Défense et le Président des Etats-Unis.
Cette quête de plus de deux décennies s’achève avec succès le 26 juin 2017, lorsque Donald Trump décerne la Medal of Honor à titre posthume à Garlin M. Conner, lors d’une cérémonie à la Maison Blanche en présence de la veuve de ce dernier, Pauline Conner.

On a demandé à Pauline ce qu’elle pensait que son mari dirait s’il était encore en vie. Pauline a réfléchi un instant. Elle s’est souvenue que son mari ne voulait peut-être pas de cet honneur et qu’il l’écarterait une fois de plus. Il pourrait s’en remettre aux hommes aux côtés desquels il s’est battu. Mais Pauline dit qu’elle a senti que l’attitude de son mari à l’égard de l’honneur avait changé au cours de ses dernières années. Elle se souvient de son regret lors de la réunion de 1996 avec Chilton. Peut-être que Conner pourrait se contenter d’un coup de chapeau et d’un sourire.
« Il me manque plus que tout », dit Pauline avec nostalgie….et j’aimerais qu’il soit là pour pouvoir aller chercher la médaille lui-même. Parce que je pense qu’il en aurait été fier. Je sais qu’il l’aurait été. J’ai toujours pensé qu’il n’en voulait pas dans sa jeunesse. Et ce n’était pas vraiment le cas…quand il est devenu plus vieux, il a regretté de ne pas l’avoir fait. »

Le 14 mai 2024, Lyda Pauline Wells Conner rejoint « Murl » pour l’éternité, juste quelques jours avant son 95ème anniversaire.
Ses décorations :
Medal of Honor,
Distinguished Service Cross,
the Silver Star with three Bronze Oak Leaf Clusters,
the Bronze Star Medal,
the Purple Heart with two Bronze Oak Leaf Clusters,
the Army Good Conduct Medal,
the American Defense Service Medal,
the American Campaign Medal,
the European-African-Middle Eastern Campaign Medal with Bronze Arrowhead and two Silver Service Stars,
the World War II Victory Medal,
the Presidential Unit Citation with one Bronze Oak Leaf Cluster,
the Combat Infantryman Badge,
the Expert Infantryman Badge,
the French Croix de Guerre, the French Fourragere and the Honorable Service Lapel Button-WWII.
Ralph Thomas « Cork » BOWERS 1913 – 1992

Ralph Thomas « Cork » Bowers est né le 24 septembre 1913 à Stockertown, en Pennsylvanie, dans le foyer de Warren et Sarah Bowers.


Sa famille a émigré d’Allemagne dans les années 1700 et de nombreux membres de la famille ont combattu pendant la guerre d’Indépendance des Etats-Unis.
Comme c’était souvent le cas à son époque, il a quitté l’école après la septième année et a aidé sa famille à subvenir à ses besoins.
Il a travaillé dans les filatures de soie, comme peintre et accrocheur de poseur de papier peint dans l’entreprise de peinture de sa famille.

Le 20 juin 1936, « Cork » a épousé Catherine Elmira Marsch. Ils ont eu un enfant en avril 1939, Warren James « Corky » Bowers (et en 1947 une fille Kay Ann).

Bien qu’il ait une femme et un fils de 4 ans, il a été appelé sous les drapeaux en 1943 et a été incorporé dans l’armée américaine deux jours après Noël, le 27 décembre 1943.

Il s’est entraîné à Camp Blanding, en Floride, en tant qu’éclaireur d’infanterie et s’est embarqué pour le théâtre d’opérations européen le 1er juillet 1944 pour débarquer en Italie.


Il se bat avec le 7e régiment d’infanterie (7e R.I.) de la 3e division d’infanterie.

Le 7e Régiment d’Infanterie US est connu sous le surnom « The Cottonbalers », ainsi nommé en raison de l’utilisation de balles de coton comme ouvrages défensifs lors de la bataille de la Nouvelle-Orléans pendant la guerre en janvier 1815. Il est l’un des cinq plus anciens régiments en service continu de l’armée américaine.
La devise du régiment, « Volens et Potens », signifie « volontaire et capable ».

Depuis l’Italie, son unité a participé au débarquement de Provence et à la libération du sud de la France, en passant par les Vosges où Ralph et la compagnie E se sont distingués du 30 octobre au 4 novembre 1944, lors des combats de la « Haute Jacques »…

..et s’est battu pendant le terrible hiver 1944-1945 dans « la bataille oubliée » des combats de la poche de Colmar.

C’est à Ostheim, le 23 janvier 1945, qu’il obtient la Silver Star Medal, une des plus hautes distinction américaine, pour sa bravoure au combat.
Sa citation :

Le président des États-Unis a le plaisir de remettre la Silver Star Medal à Ralph T. Bowers (33835800), soldat de première classe de l’armée américaine, pour la bravoure dont il a fait preuve au combat alors qu’il servait au sein de la compagnie E du 7ème régiment d’infanterie de la 3e division d’infanterie. Le 23 janvier 1945, près d’Ostheim, en France, le soldat de première classe Bowers a attaqué seul une mitrailleuse ennemie qui avait tué un soldat, en avait blessé dix autres et avait forcé les autres membres de sa section à se mettre à l’abri dans un fossé. Bien que les balles aient frôlé sa tête, il rampa jusqu’à un point situé à 35 mètres de l’ennemi et chargea son bazooka. Puis, se relevant, il tire une roquette sur l’emplacement de la mitrailleuse hostile, tuant le tireur et blessant son servant. L’arme ennemie étant réduite au silence, sa section a pu reprendre son avance. Quartier général de la 3e division d’infanterie, ordres généraux n° 223 (23 juin 1945) Ville natale : Easton, Pennsylvanie.

Il est blessé au cours de violents combats le 4 février 1945 (nous supposons que c’est près de Biesheim – son dossier fait partie des dossiers détruits lors de l’incendie de 1973 au National Personnel Records Center) et est hospitalisé pendant plusieurs semaines avant d’être transférer dans un hôpital à Paris.

À la mi-mars, il est de retour avec son unité et traverse l’Allemagne, franchissant la ligne Siegfried et continuant à se battre pour être avec les premières troupes alliées à Berchtesgaden le 4 mai 1945.

Photo probablement prise après le 8 mai 1945, pendant l’occupation en Allemagne, à Bebra près de Kassel.

L’engagement sans faille de Ralph Thomas « Cork » BOWERS pendant la Seconde Guerre mondiale se reflète dans les trois médailles qu’il a reçu pour sa bravoure au combat : 1 Silver Star, 1 Bronze Star, 1 Purple Heart.

Il retourne en Pennsylvanie en décembre 1945, après avoir terminé son tour d’opération.
Il reprend l’entreprise familiale de peinture. En 1947, sa femme donne naissance à leur fille Kay Ann.

Il n’a jamais voulu parler de sa période dans l’armée et lorsque quelqu’un suggérait qu’il était un héros, il n’était pas d’accord et disait qu’il avait simplement fait ce qu’il fallait faire.
Sa petite-fille Jill, continue à penser qu’il était plutôt héroïque !

Malgré de fréquents cauchemars et des douleurs persistantes dues à ses blessures tout le reste de sa vie, il a travaillé dur chaque jour pour subvenir aux besoins de sa famille du mieux qu’il pouvait.
Il a également été chef des pompiers volontaires dans sa ville natale.

Il est décédé le 21 avril 1992 à l’âge de 78 ans, 19 ans après son épouse Catherine.

Il a été enterré avec les honneurs militaires, des éclats d’obus étant encore présents dans son corps.

Lorsque les temps deviennent difficiles, Jill se rappelle les actions que son grand-père a menées au service de son pays et au nom de la liberté du monde, etse me rends compte que la situation n’est pas si sombre et qu’il lui suffit d’essayer d’être simplement comme Ralph l’était !
Écrit par Jill Bowers, petite-fille de Ralph T. « Cork » Bowers

Nous remercions sincèrement Jill Bowers d’avoir partagé ses archives familiales et son histoire afin que nous puissions rendre hommage à Ralph Thomas « Cork » BOWERS pour son engagement et sa participation à la libération de notre région du joug nazi.

Nous n’oublierons pas Ralph et ses camarades !
Jean GUICHARD 1919 – 2017

Jean est né le 22 octobre 1919 à Rochecorbon en Indre et Loire.
Etant de la classe 39/3 il doit normalement faire son service militaire en septembre 1939 mais il n’est mobilisé (à Paris) que le 8 juin 1940 et il est affecté au Bataillon de l’Air n°109 de Tours.

Le 12 juin il doit rejoindre son unité à pied, en car, en train et pour finir dans des camions Allemands car ils doivent franchir la ligne de démarcation avant une certaine date suite à la défaite française et l’armistice du 22 juin 1940.
Jean est démobilisé à Issoudun (Cher) le 24 août 1940 et le 4 octobre 1940 il est versé au Chantier de Jeunesse N° 32 « Jacques Coeur » (la devise est : « Devise : « A vaillant cœur, rien d’impossible ». ») à Lavelade-d’Ardèche jusqu’au 31 janvier 1941.

Une fois rentré à Paris il travaille à l’Arsenal de Puteaux du 21 avril au 15 Novembre 1941 puis à la société Burroughs du 18 novembre jusqu’en avril 1942. Il repasse en zone libre pour travailler dans la société Turbomeca à Saint-Pé-de-Bigorre (65) du 21 avril au 4 septembre 1942.

De retour à Paris il travaille aux établissements Leclerc dans le 11ème arrondissement du 8 septembre au 21 novembre 1942. Appelé au Service du Travail Obligatoire (STO) en Allemagne (à Hambourg), Jean repart en zone libre et travaille à nouveau chez Turbomeca à Bordes (64) du 1 décembre 1942 au 20 mars 1943.
Appelé à nouveau au STO (à Vienne en Autriche), il décide de s’échapper via la frontière espagnole. Le 24 mars 1943 à 17h il franchit la frontière au Col de la Peyre Saint Martin (il est passé par Nay-Ferrieres-Arrens-Cabane Domblos) en compagnie d’André Plion et de Claude Norguet qu’il à rencontré à Nay.

Ils couchent au refuge de Piedrafita sans couverture ni chauffage. Le 27 mars ils arrivent à Sallent et sont arrêtés par la Guardia Civile. Le 29 mars 1943, ils sont transférés vers la prison de Jaca (Hesca) et libérés le 9 avril 1943 (en même temps que ceux incarcérés depuis novembre 1942). Ils sont en liberté surveillée et logent à « l’hôtel Mur » jusqu’au 20 mai, date à laquelle ils sont transportés jusqu’à Madrid.

Le 24 mai 1943 ils rejoignent par voie ferrée, Setubal au Portugal.

Le 25 mai 1943, ils embarquent sur le paquebot « Gouverneur Général LEPINE » et arrivent le 27 mai dans le port de Casablanca où on les dirige vers le Camp de la Médiouna .

Après interrogatoires, ils doivent choisir l’unité où ils souhaitent être affectés. Avec André Plion, Jean opte pour le Bataillon de Choc (Claude Norguet choisit les Spahis). Ils partent en train de Casablanca vers Alger le 3 juin et y arrivent le 5.

Ils rencontrent des Forces Françaises Libres (FFL) qui « recrutent » en débauchant des soldats dans les unités du général Giraud, pour les troupes du Général de Gaulle en Tunisie. Le 7 juin Jean et André s’en vont avec eux par camions sous de fausses identités (faux papiers) : Jean s’appelle PARIS Robert du 5ème Bataillon de la Légion Etrangère.

Considérés comme déserteurs, ils sont arrêtés le 9 juin à Tebessa et sont internés à la prison militaire de Constantine jusqu’au 2 juillet puis dirigés sous escorte armée vers Alger, à la Caserne d’Orléans où ils restent du 4 au 12 juillet 1943 (le 12 juillet le Commandant Clippet les retrouve et les récupère pour le Bataillon de Choc qu’ils rejoignent à Staouéli le 19).

Malgré ce « faux départ » l’engagement de Jean GUICHARD au Bataillon de Choc prend effet au 3 juin 1943.

Il est affecté à la 4ème section de la 2ème Compagnie du Bataillon de Choc à Staouéli. L’entraînement est intense et mené par des instructeurs Anglais de juillet à septembre 1943.

Le 13 septembre 1943 ils embarquent sur le contre-torpilleur « Fantasque » à Alger pour débarquer en Corse, à Ajaccio le lendemain.
Le 27 septembre 1943 il écrit à ses parents via la Croix Rouge et reçoit une réponse le 18 octobre de la même année.


De fin septembre 1943 à octobre 1944, Jean GUICHARD participe à tous les combats du Bataillon de Choc en Corse (du 14 septembre au 4 octobre 1943), en Italie (opérations commandos), sur l’île d’Elbe (débarquement le 17 juin 1944 à Marina di Campo), débarquement à la Nartelle le 20 août 1944(plage de Saint Maxime), combat de Toulon du 21 au 25 août 1944, libération de Dijon le 11 septembre 1944 et campagne des Vosges du 2 octobre au 4 novembre 1944 (Servance – le Haut du Tôt).

Le 1er novembre 1944 il est nommé Caporal.

En novembre 1944 il ne participe pas aux combats de Belfort car il est désigné pour garder à Avenney la base arrière du Bataillon de Choc.
Il reprend les combats lors de la campagne d’Alsace à partir du 23 nombre 1944 : Etueffont(90), Masevaux(68), Bourbach-le-Haut, le col du Hundsruck…En Janvier 45 il est dans le secteur de Molsheim, Strasbourg et Sélestat.

Le 30 janvier 1945 à Jebsheim, par moins 20 degrés, avec 40 cm de neige, c’est l’hécatombe dans les rangs du Bataillon de Choc, qui en 2-3heures comptabilise 32 tués (dont 6 Officiers), 100 blessés (dont 10 Officiers) et 40 hommes qui souffrent de gelures, dont Jean Guichard (pneumonie).
Jean est évacué vers l’hôpital de campagne de Remiremont puis le 3 février 1945 vers DIJON et le 7 vers Auxerre. Il est en convalescence du 24 février au 22 avril 1945 à Paris à l’hôpital Béguin.
Remis sur pied il rejoint le 24 avril 1945, le Bataillon de Choc en Allemagne, à Reutlingen. Lors de la campagne d’Allemagne il passe par Sigmaringen et Ravensburg. Le 4 mai il est en Autriche à Bregenz où il termine la guerre. A partir du 8 mai 1945 commence l’occupation de l’Allemagne et l’Autriche.

Le 11 juin il est de retour à Paris, le 16 juin il défile sous l’Arc de Triomphe, le 24 juin il défile à Colmar, le 30 juin il défile à Thann, le 14 juillet il défile à Paris, le 18 juillet il défile à Reims avant de retourner en Allemagne (Karlsruhe, Stuttgart, Ravensburg).
Le 5 août 1945 il défile à Masevaux, le 22 août à Toulon et le 17 septembre à Weingarten (ce sera le dernier pour Jean).

Jean GUICHARD est démobilisé le 1 décembre 1945 à Rueil Malmaison.
Il est titulaire de la Croix de guerre 1939 – 1945 avec 2 citations.
Après-guerre Jean Guichard travaille dans l’industrie.
Le 20 juillet 1958 il est rappelé dans la 1ère Brigade de Gendarmerie de Versailles puis renvoyé dans ses foyers le 10 octobre 1958.
Il est pendant de nombreuses années le trésorier et le secrétaire de l’ Amicale des Anciens du Bataillon de Choc à Paris, où il organise tous les premiers samedis du mois un repas avec les Anciens de la Région Parisienne(jusqu’à une quarantaine de participants).

Le dernier repas avec lui a eu lieu le samedi 3 juin 2017, il y avait 6 personnes : Mr et Mme Guichard, Mme de MAISON, Mme MUELLE, André CORTES et Henri Simorre. A ce dernier Jean lui dit : « tu sais c’est la dernière fois que nous mangeons ensemble » …dimanche 4 juin vers midi, le téléphone sonne, c’est Mme Guichard, en pleurs qui annonce le décès de son mari !

A plus de 97 ans, Jean a certainement considéré qu’il avait bien vécu et a mis fin à ses jours avec le P.38 de prise qu’il gardait précieusement depuis la fin de la guerre.
Tous nos remerciements pour ce portrait, à Henri Simorre, ami de Jean Guichard, qui a bien connu les Anciens du Bataillon de Choc et qui est un fin connaisseur de leur Histoire.

Albert Prosper LABAT 1917 – 1945

Il est né le 16 juillet 1917 à Mées dans les Landes au foyer de Jean Labat et son épouse Marie née Pécastaing.
En 1936 il effectue une préparation militaire « Air », classé dans le premier dixième de son groupe.
Il s’engage par devancement d’appel le 30 avril 1936 au titre de la base aérienne n°101 de Toulouse-Francazal où il arrive le 2 mai 1936.

Il est affecté au 601ème Groupe d’Infanterie de l’Air (601ème GIA) de Reims le 13 mai 1937 soit 1 mois après sa création (le 601ème G.I.A. est crée le 1 avril 1937 à Reims) où il se réengage pour 2 ans en date du 16 juillet 1937. L’unité est commandée par le capitaine Henri Sauvagnac titulaire du brevet n°1.

Il est nommé caporal le 16 novembre 1937 puis caporal chef en date du 16 janvier 1939.

Il est l’un des pionniers de l’infanterie de l’Air et obtient le brevet parachutiste n°88, le 11 août 1938 à Avignon-Pujaut.

Sportif accompli il est sélectionné dans l’équipe de rugby de l’Armée de l’Air et joue au stade Jean Bouin.

Le 27 février 1939, le 601ème G.I.A. fait mouvement de Reims sur Baraki en Algérie où stationne déjà le 602ème G.I.A.


Albert Labat est nommé sergent le 1 juillet 1939.

Le 601ème G.I.A utilise des avions Potez 650 qui peuvent transporter 15 parachutistes , puis reçoit des Farman 224 (40 parachutistes) en septembre 1939.

En septembre 1939 le 601ème G.I.A. revient en France à Avignon-Pujaut dans le Vaucluse (le G.I.A 602 à Montélimar dans la Drôme).

En novembre 1939 les 2 G.I.A sont dirigés sur Calais dans le Nord /Pas de Calais, en alerte, prêt « à sauter » sur Walcheren aux Pays-Bas …l’ordre n’arrivera jamais.

Au cours des entraînements préparatoires à un assaut sur Flessingue durant cet hiver 1939-1940 un des Farman 224 du 601ème G.I.A. est pris comme cible par la DCA britannique qui n’identifie pas l’avion comme étant français…l’avion se pose en catastrophe sur le terrain de Cambrai.

Début 1940, à partir des 2 groupes on forme une Compagnie de Marche de l’Air commandée par le capitaine Glaizot qui rejoint le secteur de Niederbronn en Alsace du nord.

Les 4 groupes de la compagnie de Marche sont scindés en deux corps francs qui opèrent dans le no man’s land alsacien en avant de Lembach et Obersteinbach, jusqu’en mars 1940.



Après l’offensive allemande du 10 mai 1940 les G.I.A. ne sont pas engagés et doivent embarquer le 23 juin 1940, la rage au coeur et plein d’amertume, pour l’Afrique.

En mars 1941, le capitaine Sauvagnac réussi petit à petit à rameuter une grande partie des anciens des deux groupes pour former en juillet 1941 sur la base de Maison-Blanche à Alger la Compagnie d’Infanterie de l’Air n°1 (C.I.A. n°1)…Albert répond présent!

Il se marie le 7 mai 1942 avec Simone, Jeanne née Auroux.

Albert Labat vit toute l’épopée de la première unité parachutiste française avec la création le 1 février 1943 du 1er Bataillon de Chasseurs Parachutsites (1er BCP) à Fez au Maroc puis le 1er mai de la même année où le 1er BCP devient le 1er Régiment de Chasseurs parachutistes (1er RCP).
En 1943 Albert et Simone ont la joie de voir leur famille s’agrandir avec l’arrivée d’un fils; Georges Labat.

Par la suite le parcours d’Albert Labat est celui de son prestigieux Régiment : Maroc, Algérie, Sicile, Italie, Rome, Valence, Lons le Saunier….la campagne des Vosges en octobre 1944 et celle d’Alsace à partir du 8 décembre 1944 qui lui sera malheureusement fatale à seulement quelques jours de la libération de Colmar (le 2 février 1945).
Avec la 5ère compagnie, le sergent-chef Labat après d’âpres combats pendant 2 mois, est tué au combat le 28 janvier 1945 à Jebsheim. Après guerre l’aspirant Crouzet indique dans un livre que le sergent-chef Labat est tombé au champs d’honneur devant la porte d’entrée de la maison qu’il prenait d’assaut avec ses hommes et qui n’est maintenant plus qu’une ruine.
Le 15 mars 1945 le Lieutenant-Colonel Faure commandant le 1er RCP lors des combats de la poche de Colmar écrit à Madame Labat :
« C’est au cours des dernières opérations durant lesquelles le Régiment s’est particulièrement distingué, que nous avons eu la douleur de perdre le sergent-chef LABAT Albert de la 5ème compagnie de mon Régiment. Venu dès les premières heures dans une unité qui l’attirait par les missions qu’elle était appelé à remplir. LABAT s’est affirmé auprès de ses chefs, comme auprès de ses camarades, par son sens absolu du devoir et la compréhension totale de la servitude que réclamait son volontariat.
Le 28 janvier, lors du nettoyage de Jebsheim, village situé près de Colmar, sa compagnie appuyée par un char était chargée d’effectuer une liaison avec l’infanterie américaine. Le char n’ayant plus de munition et ne pouvant d’ailleurs pas agir efficacement de nuit, l’attaque fut reprise avec les seuls moyens organiques de l’unité; une tentative de franchissement de la rue principale de Jebsheim fut entreprise après la neutralisation des éléments ennemis installés dans les maisons. C’est alors que plusieurs armes automatiques ennemies savamment camouflées et repérables entrèrent en action. Le sergent-chef Labat fut tué durant cet assaut. Malgré de nombreuses recherches, son corps n’a pu encore être retrouvé.
Le sergent-chef Labat fut l’objet d’une proposition de citation à l’ordre de l’Armée :
« Chef d’un groupe de voltigeurs d’un allant et d’une valeur remarquable, adoré de ses hommes auxquels il avait communiqué son ardeur et sa foi, toujours volontaire pour les coups de main et les missions dangereuses, avait déjà en plusieurs occasions suscité l’admiration de ses chefs et de ses soldats par son courage extraordinaire et sa conduite au feu. Le 28 janvier 1945 au cours des combats de rues de Jebsheim a trouvé une mort glorieuse alors qu’à la tête de son escouade il enlevait d’assaut sous le feu violent d’armes automatiques, une maison fortement tenue par l’ennemie ».
Le Lieutenant-Colonel conclu par ses dernières phrases à son sujet : « magnifique exemple pour tous votre mari, Madame, appartient à l’histoire du Régiment. Il est de cette jeunesse qui n’a jamais douté et pour qui le sacrifice d’une vie importait peu pourvu que la France vive. Chargé d’une mission qu’il a conduite avec ardeur et joie jusqu’à l’extrême limite de ses forces, il laisse ainsi à ses chefs et à ses camarades l’image la plus pure d’un soldat magnifique ».
En complément une lettre du sergent-chef GUILLEM Alfred, en date du 3 septembre 1945, nous apprend les circonstances de la découverte de son corps : « il se trouvait dans une maison en ruine, sur laquelle des obus étaient tombés, et cette maison prenait feu aussitôt. J’avais demandé au maire de Jebsheim de procéder au déblaiement de la maison et de laisser les corps sur place (il y avait deux corps, celui de votre mari et celui du soldat Martini) pour identification. Le lendemain matin je me trouvais devant deux corps carbonisés avec comme seul moyen d’identification le reste de leurs armes. Hors comme les soldats étaient dotés d’un fusil et le chef d’une mitraillette, il est évident que celui qui avait la mitraillette est votre mari. »
On apprends également dans cette lettre qu’Albert était un » vieux camarades » du sergent-chef Guillem avec qui il avait joué de nombreuses fois à la pelote basque lorsqu’ils étaient stationnés à Alger.

Le corps du sergent-chef Labat est transporté au cimetière du 1er RCP de Bergheim où il est inhumé dans la tombe n°102 le 1er août 1945.

Madame Labat reçoit une lettre le 3 janvier 1946 de Mme Hass de Bergheim où l’on peut lire qu’elle a fleuri la tombe de son mari.

En mai 1954 le corps du sergent-chef Labat est exhumé du cimetière de Bergheim et réinhumé à la Nécropole Nationale de Strasbourg-Cronenbourg, dans la tombe n°5 du carré F, dans la rangée n°5.

Nous avons une pensée émue pour Albert Labat qui a sacrifié sa vie pour notre Liberté…nous ne l’oublierons pas !!!
Nous remercions sincèrement Georges Labat, son fils, pour la confiance qu’il nous accorde et le partage de son histoire familial.
Philippe Théodore RAICHLEN 1920 – 1949

Il est né le 24 juillet 1920 à Urville dans le Calvados.
Il est le deuxième enfant de Louis Raichlen(ingénieur chimiste et ancien combattant en 1914-1918) et Suzanne Berger-Levrault(famille d’imprimeurs ) .

La fratrie compte 4 enfants : Pierre(1918), Philippe (1920), Marie(1923) et Catherine(1927).

Philippe reçoit en deuxième prénom, celui du frère de sa mère, Théodore Berger-Levraut tué le 25 septembre 1915 (premier jour de la grande offensive en Champagne) à la butte du Mesnil, près de Minaucourt-le-Mesnil-lès-Hurlus dans la Marne, alors qu’il est Lieutenant au 37ème Régiment d’Infanterie (La famille n’avait appris son décès qu’en 1919, elle espérait jusqu’alors qu’il soit resté prisonnier : cet hommage au héros familial mort au combat a marqué Philippe dès sa naissance).

Depuis le printemps 1923 il vit avec sa famille à Fontenay-aux -roses.
Comme son frère Pierre, Philippe est un excellent élève. Il s’intéresse à la politique, et écrit même à Charles Maurras, alors emprisonné à la Santé, pour lui exprimer son admiration, ce dernier lui dédicace son livre « Dans Arles ». Ses parents l’envoient deux fois en Grande Bretagne, à Oxford en 1937 et 1938, et cinq fois en Allemagne, de 16 à 19 ans dont la dernière fois en juillet 1939 où il est témoin un soir d’une manifestation et d’un défilé des jeunesses hitlériennes et ne peut retenir son admiration : « Il y avait là quelques trente colonnes d’environ vingt-cinq enfants chacune, de 12 à 15 ans, sous les ordres de vétérans âgés de quelque 18 ans. Tous en veste brune, culotte courte de velours noir à côtes, baudriers de cuir, large couteau, brassard à croix gammée…et des colonnes habillées de tenues marines, bleu sombre, avec le béret, et des troupes de BDM – jeunes filles à la jupe bleue, blouse blanche, d’un manque de charme uniforme et triste. Le spectacle de tous ces enfants…m’apparut comme sinistre et beau tout à la fois » …la guerre est proche.

Dans son journal il évoque la période du 10 mai au 25 juin 1940 qui se termine par la défaite de la France face à L’Allemagne nazie. Cependant ces quelques semaines il continue ses études en attendant d’être mobilisé (il l’espère). Le 12 mai 1940, il prend réellement conscience des évènements : « Cette journée marque à mes yeux la fin d’une époque de ma jeunesse ; ou peut-être la fin de mon enfance… C’est le 12 mai 1940 que commence vraiment pour moi cette guerre tragique… Fin d’une période de vie heureuse et facile… car dès le 13 mai le désastre commença, bien qu’encore à notre insu, à poindre pour la France ». Le 21 mai il passe un concours de droit, le 26 il poursuit sa préparation militaire (puis à Avignon à partir du 19 juin), le 28 la Belgique capitule, le 3 juin les allemands bombardent son quartier. Le mardi 11 juin 1940, il quitte Fontenay avec sa famille pour rejoindre le petit village de Sarrians en Provence, où la société Minorga, où travaille son père s’installe. A l’automne 1940, la famille va s’installer à Lyon, en Zone Libre, à mi-parcours entre Paris et Sarrians. Le père de famille, Louis Raichlen, était chargé de faire la liaison entre la direction de Minorga, réfugiée à Sarrians, et l’usine, réquisitionnée en région parisienne : son laisser-passer de la ligne de démarcation lui permettait en même temps de faire passer des documents liés à la Résistance d’une zone à l’autre. Pierre Raichlen, lui, engagé dans les combats de mai 1940, puis prisonnier de guerre, avait réussi à s’échapper et se réfugier à Castres.

Il obtient une licence en droit et une licence en lettres. Il est diplômé à Sciences Po Lyon en 1942.

Le 14 novembre 1942,Philippe est appelé aux Chantiers de Jeunesse (comme tous les jeunes hommes de son âge, sous le régime de Vichy), comme étudiant domicilié en zone libre, affecté au 8ème groupe du groupement XI (Vercors) qui est basé à Villard-de-Lans, nommé chef d’équipe le 1er mars 1943, il travaille successivement au Bois Barbu, pendant l’hiver, puis à l’École de ski de la Fauge, enfin, après Pâques, il travaille à la coupe de la forêt de Château Jullien. Il est d’abord « pris d’enthousiasme pour l’œuvre des Chantiers”, avec une grande admiration pour le Maréchal Pétain, comme beaucoup de français. Puis son avis évolue, même si ses cartes, lues et censurées bien sûr, ne l’évoquent que de manière allusive. Il est vraisemblable que cela ait été sous l’influence du milieu protestant actif aux Chantiers, et en particulier du jeune pasteur Metzger.
Dans ses échanges de cartes avec sa famille, il évoque de façon indirecte ses hésitations quant à la suite : il veut combattre ! Mais pas combattre dans l’ombre, donc pas dans la Résistance, ni prendre le maquis (alors que son père, ingénieur des Mines, avait pu « planquer » ainsi plusieurs de ses cousins). Non, ce qu’il veut, c’est combattre « en uniforme », comme son oncle Théodore Berger-Levrault, dont il adopte par prudence le prénom et le nom comme pseudonyme dans certains courriers. (« je ne m’étais pas échappé pour gagner le maquis ; je voulais une armée encadrée, au vu de tous »).
« Rester caché à la maison me répugnait ; et, presque autant, l’idée de passer encore un an peut-être dans les montagnes et dans les bois. « Converser avec des ours affreux » comme jadis le Paysan du Danube ? Non : j’éprouvais, après 7 mois de Vercors, une sorte de claustrophobie ; quant à la possibilité qui s’offrait à moi d’entrer, par les Crussard, par Hélène Roederer (sa cousine résistante, déportée à Ravensbruck où elle est morte le 10 mai 1945) qui m’y poussait, dans une organisation de Résistance, il semble que le désir des voyages, l’appel des uniformes et des drapeaux lointains, m’aient empêché de l’envisager même sérieusement. Je voulais parcourir le monde. Et me battre selon les règles. »

Le 16 mai 1943, il part en permission pour Fontenay en prétextant du désir de consulter sa famille avant de signer un rengagement auprès des Chantiers pour x mois. De retour le 31 au soir aux chantiers de Jeunesse il apprend qu’il est requis pour l’Allemagne. Le 2 juin à 8 heures et demie du matin il déserte avec un camarade, parcourt 90 kilomètres à pied en trois étapes par les hauteurs les plus désertes du Vercors (garde son uniforme mais arrache les insignes), et trouve un asile provisoire près de Crest, dans la Drôme en espérant pouvoir rejoindre l’Espagne par la suite.
A Crest Philippe se rend au presbytère où le Pasteur l’aide à obtenir de faux papier. En attendant il est caché à Blacons chez un agriculteur, puis au-dessus de Beaufort chez un autre.
A la halte de Piecros-la-Clastre, il attend que la cheffe de gare regagne sa cuisine pour soigner un civet qui mijote à petit feu pour s’asseoir au pupitre ad hoc et prendre tous les cachets de la halte dont il a besoin pour antidater les deux permissions authentiques des Chantiers, en blanc, pourvues des cachets du groupement XI et du groupe 9 (il avait aussi un double jeu de fausses (de vraies) cartes d’identité « Chantiers », timbrées, tamponnés, en blanc, l’une à son vrai nom, l’autre au nom de Duffour, Philippe né en 1923, qui le rajeunissaient de 3 ans, pour être dispensé de tout service au S.T.O. Un secrétaire du Groupement de jeunesse lui les avait remises avec les permissions) , pour faire courir une permission du 25 juin et postdater l’autre du 28 mai pour rendre celle-ci moins suspecte, celle-là plus utile fin juillet.

Le 11 juin 1943 le Pasteur lui fournit enfin deux cartes d’identité en blanc avec sa photo tamponnée et la griffe authentique du préposé aux cartes de la Drôme.
Il part le lendemain sur les hauteurs par Gigors et les Fouquets, contourne Chabeuil pour arriver dans Valence puis en train jusqu’à Saint Chamond (chez ses cousins Roederer, dont la maison cachait un centre de résistance). Il semblait que rien ne peut désormais l’arrêter sur cette nouvelle route… le 17 juin il arrive par le train à Paris et le 6 juillet 1943 il est en Espagne : 20 jours.
Ses parents le soutiennent dans son projet de rejoindre l’Espagne mais d’autres membres de la famille sont plus réservés en raison des risques encourus pour tout le monde (par crainte de représailles de l’occupant, mais surtout car viscéralement pétainistes, comme beaucoup de français en cette époque troublée…).
Avant son départ un ami passe le voir à la maison…ils se reverront au 1er RCP par la suite : «Henri Wajnglas (futur brevet n°1944) passent à la maison. Ce dernier, comme moi, déserteur du Bois Barbu (8ème groupe), dont il était magasinier : mon exemple l’avait décidé, il voulait lui aussi passer en Afrique. Faute de pouvoir l’emmener, je l’adressai à une autre filière : nous devions nous rencontrer par la suite, et, pour finir, il fut breveté parachutiste (n°1944) en Sicile sous mes yeux. «

Après un dernier au revoir à ses parents, frères et sœurs il quitte avec ses deux amis de l’École Coloniale , Hugues Bohn et Emile Escande, la gare d’Austerlitz à 20h le 28 juin 1943 à destination de la frontière espagnole. Après 12h de train de nuit, sans aucun contrôle ni policier, il arrive dans la gare de Toulouse. En fin de journée il voit pour la première fois la chaîne des Pyrénées. Il se souvient avoir rêvé cette nuit-là, des crêtes mystérieuses qu’il fallait maintenant traverser pour « vivre libres ou mourir » comme disent les Catalans. Le 30 juin il reprend le train en direction de Boussens sur la ligne de Tarbes d’où il prend le bus pour arriver à Saint-Girons, base de départ prévue pour rejoindre l’Espagne.
La veille de son départ il envoie un message codé à ses parents : « Partirons dimanche avec guides armés : maximum de chances. Affections. »…après réflexion pas forcément très prudent comme message se dira Philippe par la suite.
Le 4 juillet en pleine après-midi ils quittent St-Girons profitant que la population et les allemands soient allés regarder un match de pelote basque, suivi par le passage de la course vélocipédique des cols. Ils sont à présent 7 personnes (ils ont été rejoints par un gaulliste, Robert Bourcart, et 3 résistants hollandais, Daniel de Moulin, Louis Parren, et Roel Kloesmeyer). En fin de journée leur repas est interrompu par les guides qui doivent les aider à franchir les Pyrénées contre 300 francs/personne… Ils s’éclipsent et ne laissent derrière eux qu’un jeune marin déserteur qui est chargé de les mener au lieu de rendez-vous où des hommes doivent les conduire à la frontière espagnole. Ils passent par des petits chemins escarpés en direction du village d’Alos. Dans une auberge ils font affaire avec un guide pour quatorze mille francs au total : « nous nous laissions faire par l’aubergiste, patriote escroc qui nous soutirait le peu d’argent français qu’il nous restait avec tous nos tickets » comme l’écrit Philippe Raichlen dans son carnet.
La chance est avec eux ils ne tombent pas sur une des patrouilles allemandes avec des chiens qui longent à intervalles irréguliers la frontière. L’étape suivante dans la région du Mont Valier va durer 20h, en étant sur le qui-vive en permanence et en essayant le moins de bruit possible pour franchir les cols les uns après les autres. Après 20 heures de souffrance (55kms parcourus à pieds, 2000 m de dénivelée positive et 2000 m de dénivelée négative) de multiples chutes, les blessures, le froid, la neige, les envies de rebrousser chemin ou de rester sur place à cause de la fatigue, ils franchissent le Pas de la Claouère, col frontalier à plus de 2500 m d’altitude pour descendre dans une vallée où ils tombent sur deux bergers espagnols et leur troupeau : le 6 juillet 1943. Pour échapper aux postes de carabiniers, trois jours de marche s’imposeraient encore par les montagnes pour traverser toute la Sierra des Incantats (altitude moyenne 2000 à 2700m).

Philippe est encore en forme mais le reste du groupe (moins les 3 hollandais qui n’arrivaient déjà plus à suivre) est épuisé, c’est pourquoi ils décident de se livrer aux carabiniers espagnols à Alos d’Isil où ils sont incarcérés et dépouillés, au fur et à mesure, de leurs affaires et vivres. Ils quittent Alos d’Isil pour être transférés à Lerida et sa tristement célèbre prison du « Seminar Viejo ». Dès l’arrivée le 9 juillet 1943, ils sont fouillés, dépouillés de tout, interrogés…Philippe écrit dans ses mémoires à ce sujet : « C’était censément pour deux jours que nous devions passer cette grille… la fouille minutieuse qui nous dépouilla de tout objet tranchant, de tout argent, même de ma boussole, même d’un thermomètre médical apporté dans mon bagage … Par bonheur nous avions dissimulé tous nos avoirs dans l’armature même du sac… nous ayant bien volé sans espoir de retour tout ce qu’ils avaient pu trouver, on nous poussa dans la salle aux interrogatoires… croyant naïvement que cela nous vaudrait des indulgences par l’effet de je ne sais quelle justice immanente. Pauvres de nous, quelle bêtise ! Non seulement toutes les listes étaient livrées aux allemands, qui connaissaient ainsi ceux dont les familles restaient en France, mais nous mêmes, déclarant plus de 21 ans, nous mettions dans le cas de subir un internement prolongé … ». Pour Philippe et ses camarades c’est le début de conditions de vie extrêmement difficiles, de misère, de faim, de soif, de violence, de maladie (les poux et punaises pullulent), d’espoir et de désespoir, de promiscuité, de brimades, de punitions, de coups et maltraitances…
Au « Seminar Viejo » il n’y pas que des évadés français ou étrangers (ils seront rejoints par les 3 hollandais) mais également des prisonniers Espagnols de droits communs ou Républicains qui sont encore régulièrement exécutés malgré la fin de la guerre civile espagnole depuis 4 ans.

Tous les prisonniers sont rassemblés tous les jours, après une très longue attente, arrivent les « Officiales », cravache à la main. Commence l’hymne espagnol au clairon et qui se termine par une sonnerie aux morts interminable. Puis le directeur, bras levé, hurle : « Arriba España ! Viva Franco ! ». Les prisonniers doivent en faire de même mais Philippe nous raconte que les français crient à la place : « Arriba la merda ! Viva Pourceau, Salaud ! C’est seulement après toutes ces simagrées que commence la distribution de la soupe…infâme et insuffisante (En effet, l’Espagne, sortie exsangue de la guerre civile, isolée par le blocus Allié, ne faisait aucun effort pour nourrir les réfugiés « sans-papier » arrivant par dizaine de milliers…).
Par chance Philippe et son groupe dès leur entrée dans la salle 4 (100 à 150 par chambrée) sont reçus et intégrés à un petit groupe dont d’anciens camarades de Science Po de Lyon (Musset, L’Herbette et Delay). Cette « petite collectivité » s’organise pour subvenir aux besoins des uns et des autres du mieux possible, se protège mutuellement et s’entraide moralement : discussions, échanges de livres, organisation de conférences permettent à ces jeunes intellectuels de passer le temps sans trop ruminer (Philippe lit un Tite-Live en latin qu’il avait emporté dans son sac !).
Le 13 juillet les hollandais quittent la prison (les accords entre Franco et le gouvernement néerlandais leur étaient favorables), encouragent Philippe et ses amis, et promettent de les aider. Philippe songe à s’évader de cette prison et échafaude dans sa tête des plans.

Le 17 juillet le « miracle » se produit le groupe initial de Philippe est libéré (cinq hommes, car ils avaient été rejoints par André Musset à Alos, qui s’engagera lui aussi au 1°RCP (numéro de brevet parachutiste 1766) , malheureusement l’Herbette et Delay ne sont pas concernés et il faut les quitter.). En effet, « les hollandais » , et en particulier Roel, la jeune femme, leur étaient immensément reconnaissants de les avoir aidés dans les Pyrénées, payant leur nourriture, et leurs passages, mais surtout de les avoir soutenus physiquement et moralement lors des passages d’escalade auxquels ces habitants de plat pays n’étaient pas du tout habitués : l’intervention de Roel auprès du gouverneur de la province fut décisive : elle obtient leur libération en liberté surveillée et leur évitera des mois de camp d’internement, avec tous les risques y afférents. Ils sont en semi liberté à Rocallaura en attendant de pouvoir quitter Lérida. La nuit du 29 juillet ils partent enfin en train vers Barcelone où ils arrivent le 31 vers 11h du matin. Philippe et son ami Hugues via le consulat anglais deviennent anglo-canadiens pensant rejoindre l’Afrique du nord plus rapidement mais le 14 septembre 1943, ils apprennent par ce dernier qu’il faut qu’ils s’adressent à présent à la Croix-Rouge suite à un accord politique récent. On apprend par ses écrits du 29 octobre 1943 que Philippe rêve de s’engager chez les parachutistes : « un de mes projets inavoués était, dès mon arrivée en Afrique, de contracter un engagement dans les parachutistes. Évadé de France, j’en avais le droit. Depuis quinze ans je rêvais de voler, de sauter en plein ciel. Une obsession: le vol. »
Hugues Bohn et Émile Escande seront incorporés comme sous-officiers et combattront également dans les troupes alliées. Les « Hollandais » passeront, eux, au Portugal, où ils seront envoyés en Grande Bretagne (voir « Escaping occupied Europe » from Hylke Faber et Pieter Stolk, titre original en neerlandais « Wij zijn bang, tenminste, niet erg ». Robert Bourcart, engagé dans la filière Gaulliste, s’engagera dans la 2° DB, sera parachuté sur le Mont Ventoux, où il commandera la 4° compagnie du Maquis du mont Ventoux avant de poursuivre sa carrière militaire en Indochine.

Après plusieurs faux départs et 4 mois d’attentes en Espagne, Philippe quitte Barcelone le 10 novembre 1943 en direction de Madrid (Reus/Tarragone – Belchete/ Saragosse – Alarma de Aragon – Madrid) puis arrive à Malaga (Aleazar de San Juan – Andujar – Cordoue – Malaga) le 13 novembre après 52h de voyage ferroviaire.

C’est à Malaga qu’il retrouve par hasard Wajnglas : « Wajnglas. Mon camarade des Chantiers, le secrétaire du Bois Barbu. Il sort de prison, il est là avec son groupe. Reconnaissance, exclamations, récits. Il a traversé la montagne vers les provinces basques. Prison, Miranda, pas même un jour de liberté. J’avais gardé certains remords pour m’être allé sans l’emmener. Cela me fait plaisir de le revoir ce soir, échappé aux boches de la frontière. Et ce ne sera pas notre dernière rencontre, loin de là. Voir Trapani, Rome, le front, Colmar, etc… ».

Le 15 novembre c’est l’embarquement sur deux bateaux sous pavillon anglais (mais il s’agit de navires français « Lépine » et « Sidi-Brahim » sur lequel embarque Philippe)… de joie, tout le monde chante sur le bateau malgré l’interdiction, trop heureux de quitter enfin l’Espagne !
Le 17 novembre Philippe débarque à Casablanca. Sur le quai des troupes françaises présentent les armes, on joue la Marseillaise et un discours d’accueil félicite tous ces nouveaux évadés de France. Des camions les emmènent à 15kms au sud de Casablanca dans le camp de Mediouna.
La désillusion y est brutale… Un autre évadé s’esclame : « Vous savez ce qu’ils m’ont dit, à ce bureau-là ? Ils m’ont dit : Qu’est-ce que vous êtes venu foutre ici ? Vous êtes des déserteurs et on n’a pas besoin de cela dans notre armée. Vous n’aviez qu’à rester en France, où vous étiez. » Philippe commente : « …mais quel criminel organisait cette entreprise de dénigrement, de démoralisation ? Pourquoi avoir placé là des officiers incompétents et maladroits ? Les souffrances endurées en six mois de cellule ne valaient-elles pas quelques égards ? »
En contraste, l’appel des FFL : « Dans leurs habits américains tout neufs, des petits gars de chez Leclerc : « La 2ème DB… Camaraderie du combat… avancement au mérite… Officiers et hommes, tous unis. » Oui, mais comment aller chez Leclerc ? « Ah ça, c’est plus dur : ici vous êtes chez Giraud. Pour Leclerc, il faut déserter et vous rendre à la caserne X… Vous ferez un mois de tôle et puis on vous incorporera à la 2ème DB. » Déserter, encore ? Ici ?”
Philippe choisit donc de rester « chez Giraud », « engagé volontaire pour la durée de la guerre » et cherche comment incorporer une unité combattante.

Samedi 20 novembre Philippe s’engage dans l’Infanterie de l’Air, au 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes (1er RCP) et gagne le dépôt de l’’Air 209 à Casablanca.

Après avoir achevé les formalités d’incorporation, d’habillement, de casernement et de solde il part en train le 26 novembre et effectue le trajet : Rabat – Fez – Meknès – Oujda.

Arrivé à Oujda le 29 novembre 1943 il est emmené à l’Airborne Training Center et s’installe dans une tente comme l’ensemble des parachutistes français et américains.

Le 3 décembre il passe la redoutée visite médicale (il porte des lunettes et craint de ne pas avoir à minima les 6/10ème requis pour la vue, il apprend donc par cœur le tableau des lettres de l’ophtalmologue…) qu’il passe avec brio : Bon pour le personnel navigant !
Les nouveaux arrivants sont présentés au Colonel Geille et au commandant Faure qui les passent en revue, un par un, et les interrogent chacun en détail. . Le régiment est heureux d’accueillir des évadés. C’est un « souffle de France » qui viendra l’animer. Philippe indique au sujet de cette présentation : « Geille porte son brevet de parachutiste soviétique. Cela, et son regard d’acier, nous intimident passablement. Mais nous nous sentons conquis par de tels chefs. »
Ils sont pris en charge par l’équipe des moniteurs américains pour leur formation parachutiste. Le 1st Lieutenant Borden, chef de l’école parachutiste, réclame un interprète, et Philippe sort des rangs. On lui fait, comme épreuve préliminaire, réciter l’alphabet en anglais. OK ! le voici confirmé à ce poste important et il va désormais vivre en contact journalier avec les cadres américains. . L’intérêt du stage se double d’une expérience humaine attachante pour Philippe.
Le premier contact avec les « anciens » du régiment est curieux pour Philippe :
« …nous trouvons des gens tout-à-fait dégoûtés. On leur promet de semaine en semaine une attaque imminente. Mais on s’est battu en Tunisie, le régiment n’y était pas ; en Sicile : il faisait de la montagne près de Fez ; à Salerne, où les « paratroops » américaines ont tant donné : le régiment défilait à Fez encore ; en Corse, avec le bataillon de choc : rien non plus pour nos parachutistes. C’en était trop. Un si dur entraînement pour ne jamais combattre ?… Mais allez un peu attaquer le régiment devant eux : ils vous sautent à la gorge. Nous gardons peu de contact avec les « anciens ». Leur mépris pour les bleus, non parachutistes, est total. »
Du 6 au 12 décembre, une semaine « d’Airborne training » : très dure, peu nourris, beaucoup de sport, de courses (le « hip-hop »), de sauts au sol, d’exercices dans une carlingue démontée, séances de pliage et pour Philippe en plus un rôle d’interprète.
Philippe effectue ses deux premiers sauts le matin du 16 décembre 1943, suivi de deux sauts supplémentaires le 17. Il fête noël dans un convent d’Oujda. Le lundi 27, il effectue son 5ème saut en formation de guerre, c’est-à-dire par bordées entières (17 hommes par avion) larguées en même temps que 3 DC3 « Douglas » volant aile contre aile : « Je vis passer l’avion de gauche au-dessus de ma tête avant même que le parachute fût ouvert. Je rentrais le cou avec la crainte bête de me voir décapiter ! Hautement excitant. » Il obtient ainsi le brevet parachutiste américain (4 sauts) le 17 décembre 1943 et le certificat de l’ Airborne Training Center – Parachute school .

Le lendemain il effectue un 6ème un saut de nuit à 120m d’altitude qui valide son brevet parachutiste français (6 sauts) : brevet parachutiste français n°1788.

Le 8 janvier 1944 Philippe et ses camarades quittent Oujda dans des wagons à bestiaux, en route vers l’Algérie et les montagnes proches de Tlemcen. Après 47h de voyage ils débarquent à Ménerville (Thenia aujourd’hui) pour poursuivre à pied. C’est le début de l’instruction militaire. Philippe est affecté à la 3ème Compagnie (antichars, mortiers, PC du bataillon) du 1er Bataillon du 1er Rgt de Chasseurs Parachutistes. L’entraînement est dense avec une instruction individuelle et collective : armement, tir, groupe de combat, marches, exercice d’accoutumance au feu à balles réelles traçantes, patrouille, lancé de grenade… qui se termine le 5 février 1944. Philippe se dit très marqué par les premiers morts lors de ces entrainements, qu’ils soient parachutistes ou aviateurs. Il associe avec des accidents futurs, dans les Vosges, où des morts de camarades ont pu être dus à des erreurs de commandement.

Le 15 janvier via l’Aumonier du Régiment il écrit un message à son oncle Henri, que le Vatican doit transmettre par voie diplomatique et qui arrivera à bon port avec une réponse après le 15 mai 1944.

Le 7 février le Lieutenant Guiraud qui commande la compagnie désigne d’office Philippe comme secrétaire de celle-ci, au grand damne du désigné.
Le 10 février Philippe embarque pour participer volontairement au stage d’éclaireur-skieur avec tout le matériel prévu à cet effet (ski, anorak…) qui se déroule dans une ancienne colonie de vacances des chemins de fer algériens à Tikjda au cœur du Djurdjura.

Au programme : les virages en « parallèle », conférences sur les avalanches, escalade, fartage, réglage des skis, tir avec le 1 Garand, etc…

Philippe est affecté à la première section d’éclaireurs-skieurs (1er bataillon) et le voici éclaireur-chasseur-skieur-parachutiste. En présence du Commandant Faure une démonstration sur piste est faite le 27 février. Le stage se termine le 4 mars 1944.
Le 6 mars le régiment s’installe en bordure de côte dans le village du Figuier.
Au retour de ce stage le nouveau commandant de la 3ème compagnie veut affecter, comme prévu, Philippe au poste de bureau mais celui-ci lui laisse à entendre que le lieutenant Guiraud l’avait pressenti, non comme scribouillard, mais comme interprète allemand et anglais pour le 1er bataillon dont la 3ème Cie comprend les éléments d’État-Major. Le Capitaine Vincent, nouveau venu au régiment, s’incline devant le choix de son prédécesseur. L’entrainement et les tâches quotidiennes se poursuivent.
Dimanche des Rameaux, 1944 des camions les emmènent à l’aérodrome de maison Blanche. Philippe et ses camarades chargent leurs sacs à paquetage, parachutes, armes et gaines dans le DC3 « Peggy » et décollent le 2 avril vers midi 20 : « Mes camarades chantaient en chœur, allongés sur les paquetages individuels, et l’équipage s’amusait de nous sentir heureux ainsi. Soudain quelqu’un cria de regarder par les hublots vers le Nord : nous survolions un convoi (95 bateaux) qui gagnait l’Italie. ».

Il distingue également le grenadage par l’aviation alliés d’un sous-marin qui guettait l’arrivée du grand convoi.
Ils atterrissent le jour même à Trapani en Sicile et vont y rester jusqu’à début juillet. L’entraînement et les sauts se poursuivent. La population locale est relativement hostile aux français et de nombreux accrochages et bagarres qui ont lieu. Le fait que certains soldats profitent de la situation, de la population qui « meure de faim » pour échanger des denrées alimentaires contre des faveurs sexuelles n’améliore pas la situation.
En Sicile Philippe suit l’entrainement de base des Pathfinders US avec le groupe de Radio Guidage du 1er RCP et effectue plusieurs saut dont un de nuit(le 7ème) qui aurait pu être fatal car le parachute s’est enroulé suite à une mauvaise sortie de l’avion de son « propriétaire »…plus de peur que de mal à moins de 100m il s’ouvre complétement. Un 8ème « saut de vacances » est effectué avec Lt Sausse(brevet n°1826) et Sgt Procquez (les américains « offrent » 3 places qui restent disponibles dans leur avion aux français ). Puis encore deux autres en juin (n°9 et n°10) qui seront les derniers de Philippe pour l’année 1944.

Début juillet le 1er RCP quitte la Sicile pour Rome où il reste jusqu’à début septembre 1944 (mis à part 17 hommes, le régiment ne participe pas aux opérations du débarquement de Provence).
Il n’a laissé aucun écrit structuré de ces mois d’occupation en Italie, seulement des évocations crues de la prostitution des femmes aux soldats, et un récit publié en 1948 dans la revue de l’ENA, qui édulcore à dessein les violences des soldats du 1° RCP contre les siciliens qui les avaient agressés : « Pour nos agresseurs, le sort fut plus rude. Les ruisseaux de l’endroit coulèrent pourpres tout le soir, lavant l’outrage de ces nouvelles vêpres ». Il écrit à ce sujet à un de son ami Henri Hartung : « Cette image, véritable, de notre brutalité ne doit peut-être pas être imprimée…Elle suggère une vengeance un peu exagérée…Les morts auxquelles je fais allusion ont été trop et trop peu nombreuses pour que j’en parle ainsi. ».

Cependant, il a gardé dans ses affaires un souvenir qu’il ne commente nulle part, deux photos déchirées en quatre, conservées dans leur enveloppe d’origine, qui, d’après Mr G. Morelli, seraient être les photos de radars préparatrices au débarquement allié en Provence, en date du 15 aout 1944, au nom du Capitaine Baker, de l’ « Independant Pathfinder Platoon », commandant de l’Opération Dragoon. En effet, le « radioguidage » français était logé à Rome près des Pathfinders anglais : a-t-il ramassé ces documents par terre ? dans une poubelle ? ou – bien improbable, vue la différence hiérarchique- est-ce un don du Capitaine Baker ?

Philippe Raichlen touche le sol métropolitain avec l’ensemble du régiment le 4/5 septembre 1944 lorsqu’il atterrit sur l’aérodrome de Valence Chabeuil. Le régiment installe son cantonnement à Valence pour se préparer à entrer prochainement en action.
Le mardi 26 septembre Philippe écrit dans son journal : « Nous allons monter en ligne »!
Stationnant à Valence son père qui est à Marseille vient lui rendre visite le 27 septembre. Le 28 au matin Philippe et ses camarades embarquent dans des Dodges et camions et remontent vers l’est : Lyon – Bourg en Bresse – Lons-le-Saulnier – Besançon – Vesoul et le Hameau d’Amblans d’où il entend le canon au loin en direction de Belfort. Le 30 septembre, Philippe Raichlen qui est dans le groupe de radioguidage, avec un peloton de 18 hommes commandé par le Lieutenant Lefèvre partent (Départ du 2ème avion = terme du radioguidage qui signifie un petit peloton de 18 hommes », d’après Gory Georges brevet 1899) , vers la Longine en passant par Luxeuil et Faucogney et ils s’installent dans l’école.
Le 3 octobre, le régiment s’infiltre dans le dispositif ennemi en colonne par un, sans faire de bruit.

Pour Philippe et son groupe de radioguidage, le baptême du feu a lieu le lendemain lorsqu’il tombe dans une embuscade : « aucune victime ; l’adjudant crible à la mitraillette un boche (celui au FM), Ledoux(1402) en blesse grièvement un deuxième, un grand gosse blond avec des yeux bleus –mort depuis. Desson envoie 3 balles de fusil dans le dos d’un troisième… Je me force à regarder de près le premier cadavre ennemi, puis continue à monter ». Les combats font rage tout autour dans les différents secteurs des compagnies du 1er RCP.
Philippe est chanceux, alors qu’il monte le guet on l’appelle au rassemblement ; il fait à peine 2 mètres qu’un obus allemand de 8,8cm explose à l’endroit (« criblée de ferraille ») où il se trouvait quelques secondes avant. Il est indemne mais ses camarades Desson (brevet 1669) et Yvorel (brevet 1474) sont blessés par des éclats. Les conditions sont terribles avec une pluie continue, l’impossibilité de faire du feu pour se réchauffer ou manger un repas chaud, le froid, les tirs d’artilleries incessants, les embuscades…
Le 5 octobre, ils progressent le long des crêtes du col du Broché… « Un obus tombe à 4 mètres. Lorrillard s’effondre : un gros éclat sous la rotule du genou gauche. Il marchait à moins d’un mètre devant moi. Mais un arbre a intercepté ce qui me revenait de ferraille. »

Puis au Col du Morbieux : « beaucoup de monde. Le col vient d’être pris d’assaut, avec 3 canons de 155, des chevaux, plusieurs prisonniers. Plusieurs morts boches. Ensuite, une vaine contre-attaque en sèmera beaucoup d’autres encore. Nous remontons sur la tête du Midi ; une halte, puis avancée de nuit, en colonne par 1, vers l’objectif terminal : la tête du Gehan. Silence absolu. Marche très difficile. Nous couchons à flanc de pente, serrés en groupe de 5 ou 6, tout près du sommet. État d’alerte permanente. »

Le 6 octobre, le groupe de Philippe réussit à s’approcher à moins de 100 mètres du village du Mesnil tenu par les allemands. Ils ouvrent le feu de toutes leurs armes et créent la panique dans le dispositif allemand qui s’enfuit. Ils sont seulement une quarantaine à devoir protéger le village alors que les allemands contre-attaquent avec de nombreux renforts mais tiennent jusqu’à l’arrivée des renforts du 1er RCP. Il écrit plus tard : « Et cet instant de lâcheté que je n’ai jamais avoué, le même jour vers 14 heures, comme les munitions s’épuisaient et que chacun, sous la pression ennemie, se retrouvait désespérément seul : avoir posé mon fusil dans un buisson et, le révolver à la main, avoir entrepris de remonter la pente en abandonnant mon poste, seul, vers les sommets occupés par les nôtres, vers la liberté (et l’encerclement) avec cette résolution froide de mourir plutôt que de me rendre, et en même temps cette lâcheté de quitter ainsi le lieu du combat. Jusqu’à ce que la voix d’un camarade blessé, par un bouleversement inexpliqué, m’eût rappelé dans la vallée, sauvant mon honneur après quarante secondes d’absence. (Justice humaine : alors que j’ai accompli sous le feu des actes dix fois plus méritoires qu’au Ménil, c’est pour cette journée que j’ai reçu la Croix de Guerre!) »
Par la suite le Régiment doit évacuer le village afin d’éviter d’être encerclé et dénombre une quarantaine de blessés et 5 tués.
Philippe Raichlen est cité à l’ordre de la Brigade :
« Le 6 octobre 1944 au cours de l’attaque du village du Mesnil, a fait preuve des plus belles qualités d’audace en se portant seul au devant de l’ennemi. Est revenu rapporter sous le feu les commandements allemands qu’il avait traduits ».

Les jours suivant les combats se poursuivent dans tout le massif de la forêt du Gehan et sur les différents cols. La faim et le froid se font sentir…la mort rôde… les effectifs fondent, à cause des malades et des pieds gelés.
Le 16 octobre, Philippe relève une seconde attaque du Régiment, la plus dure près du Col du Mesnil avec un très fort barrage d’artillerie : « Au début, silence. Mais bientôt, ça crache de droite et de gauche. Mitrailleuses et mitrailleuses lourdes à balles explosives. Ça siffle et chante. La terre saute en mottes brunâtres, ici, puis là. Je suis crevé, avec mes munitions, mais donne tout ce que je peux. Sueur à flots, essoufflement. Un mulet déchiqueté à côté. Le col est franchi. Très dure montée avec toute la charge jusqu’à la cote 1008 »
Ce jour là Philippe perd un bon copain, Ricciatti Louis (brevet 1790) qui est tué en attaquant un nid de mitrailleuse.
Le 17 octobre, Philippe participe à plusieurs escarmouches avec des patrouilles ennemis. Il traverse un champ de mines, et déclenche une mine bondissante à moins d’un mètre de lui mais il a de nouveau la baraka ; grâce à un arbre « providentiel » qui stoppe la charge mortelle. Il pleut de plus en plus et les combats font rage sous un duel d’artillerie permanent : « Cependant, je tiens le coup, physiquement, de manière extraordinaire, ainsi que la poignée qui reste du Radio guidage ».
Le 20 octobre, Philippe s’en sort à nouveau miraculeusement : « Une explosion : Raynaud, téléphoniste de la 1ère Cie, est tué net à 2 mètres à ma gauche. 30 secondes. On va vers lui. 3 détonations simultanées : Morin, Chevalier, du Radio guidage, et un autre de la 1ère Cie sont fauchés par les éclats. Blessures aux jambes et aux cuisses. Soins aux blessés. Le Lt Beaumont fait sauter une 5ème mine à 50 cm de lui mais elle fuse sans exploser. »

Le 21 octobre au soir la campagne des Vosges s’achève pour Philippe et ses camarades du 1er bataillon du 1er RCP. Il écrit cette ligne qui en dit long : «. Jamais en 18 jours de ligne je n’ai eu autant de hâte de sortir d’un endroit exposé ! ».
Le radio guidage après ses 18 jours a 2 tués, 11 blessés, 18 évacués (maladie ou gelure). Seulement 17 hommes (39%) sont restés en ligne de bout en bout…ils étaient au départ 48 !
Pour le 1er RCP cette première campagne qui a montré l’exceptionnelle combativité du Régiment, coûte cher avec de lourdes pertes avec 129 tués et 339 blessés (40% des effectifs).
Philippe exprime fréquemment sa fierté d’appartenir au 1°RCP, insistant sur la qualité des officiers, et leur proximité : « Ce que nous avons souffert, certaines nuits, est à peu près indescriptible, et je n’aurais pas cru que l’on pût y résister. J’ai tenu jusqu’au bout, d’abord parce que mes camarades le faisaient avec une abnégation splendide et que, du Colonel au dernier 2e classe, nous étions tous logés à la même enseigne qui n’était même pas celle de la belle étoile à cause des nuages. »
Dans ses lettres à ses parents, il tâche maladroitement de les rassurer, « surtout ne vous inquiétez pas, je vais très bien, je mange bien »… mais il les expose sans cesse au risques mortels qu’il affronte ; il leur décrit clairement les quatre fois, où il aurait dû mourir comme ses camarades voisins, …nous n’avons rien eu à manger pendant 48h, beaucoup de camarades ont eu les pieds gelés…… Il espère avoir une permission pour assister au mariage de sa sœur : Un parachutiste, ça fait si bien dans un mariage, n’est-ce pas. «morituri te salutant…” (ceux qui vont mourir te saluent).
Il faut voir là les éléments de dissociation qui signent le stress post traumatique, le « schell-shock » de la première guerre mondiale : il décrit tous ses combats comme semblant « irréels, « du grand cinema », « un jeu d’enfants » …
La scène la plus horrible, selon ses dires, est celle-ci : un soldat allemand blessé râle de douleur, aucun brancardier disponible pour l’évacuer… « Cette impuissance où nous sommes… J’en ai assez, assez : et puis une résolution soudainement prise me rend le calme. Si dans une demi-heure personne n’est venu pour le secourir, j’ai mon Colt. Il n’y aura qu’un boche de mort en plus, mais au moins il n’aura pas cette affreuse agonie lente de crucifié. Une balle dans la tête : il ne souffrira pas…. Par la suite, cette résolution que j’avais prise me vaudra de longues discussions avec des camarades catholiques. L’idée de hâter la venue de la mort pour abréger une souffrance n’est pas admise par les catholiques. »…abréger les souffrances physiques du blessé, mais aussi les souffrances morales de l’entourage.
Après une période de repos bien mérité dans le secteur de Lons-le-Saunier, de reconditionnement et de formation des nouvelles recrues (principalement du Bataillon Hémon qui vient de Paris) le 1er RCP est remis en alerte le 6 décembre 1944.

Le 7, départ vers Besançon, Vesoul, Luxeuil, Plombière, Epinal puis le lendemain Bruyères, Saint-Dié, le col de Saales pour arriver en Alsace (« en Allemagne à ce que l’on croirait à n’en juger que par l’aspect des villages et les inscriptions aux murs. »). Descente par Schirmeck, Mutzig, Illkirch-Graffenstaden et Gerstheim, terminus de ce « voyage ».
Pour Philippe la campagne d’Alsace commence réellement le 12 décembre avec une montée en lignes pour la « Garde au Rhin » : « Dès les tous premiers jours, un de mes meilleurs camarades d’Oujda, le sergent Picard(brevet 1782), fils d’un commandant du Maroc, devait tomber au cours d’un petit accrochage de patrouilles, près du Rhin : une balle dans la tête. » Pendant cette période le 1er RCP est rattaché à la 2ème Division Blindée du Général Leclerc.
Le 14 décembre 1944, Philippe se blesse bêtement en se faisant une entorse au pied droit. Dans l’impossibilité de marcher il est conduit à l’hôpital civil de Strasbourg , qui est le centre de rassemblement commun pour tous les blessés du régiment : « Et il y en avait… Mon Dieu qu’il y en avait » …suite aux combats acharnés menés par le 1er Bataillon dans le secteur de Neunkirch par un froid intense et une pluie d’obus. Il est transféré le 17 à l’hôpital américain de Mutzig et le 23, la mort dans l’âme (n’ayant pas suffisamment récupéré pour rejoindre au front ses camarades) il est évacué avec les blessés légers vers Meximieux (pendant ce temps le 1er RCP retourne à l’arrière à Plombières) mais débarque à Luxeuil et rejoint le radio guidage à pied à Plombières où il passe noël et reçoit de nombreux colis (famille ou donateur).
Le 30 décembre 1944, serré dans des Dodges direction le col du Bonhomme pour arriver à Hachimette : « Après avoir stocké les sacs dans l’église du village, nous partons, en colonne par un avec des mulets et deux goumiers pour guides, vers les crêtes et la forêt, dans la nuit tombée. »
La dernière journée 1944, Philippe la passe sous une fine neige qui tombe et perd un de ses camarades du stage de parachutiste d’Oujda, Rousseau Robert brevet 1796 (« un brave petit caporal paysan, un peu bègue, un peu fruste, très gentil »), tué par un tireur d’élite allemand…il ne sera pas le seul…
Relevé par la 3ème DIUS il quitte le secteur et passe le réveillon dans l’église d’Hachimette endommagée par les bombardements. Pour se réchauffer les hommes du 1er RCP allument de grands feux avec les bancs et stalles de l’église. A ce sujet Philippe écrit : « Je n’oublierai jamais le regard douloureux des gens du village qui vinrent, le lendemain, jeter un coup d’œil timide sur les restes profanés de leur église ».
Le 2 janvier, l’unité se déplace dans le secteur d’Orbey et Lapoutroie. Le 6, Philippe se rend au lac blanc.

Les journées sont faites de patrouilles, d’incursions dans le dispositif allemand et de gardes de la ligne de front particulièrement éprouvantes la nuit.
Le 20 janvier retour en plaine et le 23 départ de Obernai vers Châtenois. Le 25 Philippe Raichlen est à Guémar où il loge chez l’Ortsgruppführer local du parti nazi. : « Bel uniforme brun, avec casquette et brassard, que je revêts pour me balader ensuite en pleine rue, histoire de voir si quelqu’un viendra m’arrêter, sans succès d’ailleurs. »

« … Et puis ce fut la journée du 27 janvier, qui devait marquer tragiquement dans l’histoire du Radio Guidage… »
Passage du pont à Illhaeusern et débarquement au moulin de Jebsheim (du moins ce qu’il reste), rassemblement et départ en colonne par un vers le village. Sur la route principale ils sont bombardés et on leur tire dessus pendant plus d’une heure. Le village est en feu, à l’entrée du village soudain : « Mon dernier souvenir est d’avoir vu Villa et Guerrini traînant leur mitrailleuse sur un traîneau, devant moi. Le Radio Guidage est encore devant. Ledoux me dépasse, et puis c’est fini pour eux tous. Une immense flamme ? une fumée épaisse, un souffle qui me soulève de terre, un grondement trop vaste pour être entendu, mais que je ressens dans tout mon corps…pas un éclat de m’a frôlé, je suis seul sauvé, je me rappelle d’avoir reçu sur mon corps Hamel et Ledoux, mes deux voisins, tous deux grièvement blessés à 50 cm de moi…Un grand silence, une fumée épaisse, et le sang qui bourdonne dans les oreilles. Je me relève à demi, comme épuisé. Sifflement, autre explosion tout près. Je retombe à terre, résigné : celle-là non plus n’a pas pu me toucher. Silence. Un gémissement, et puis vingt cris : « À moi ! … Help !… Find me a doctor !… À moi ! » La rue jonchée de corps, et de corps, sous la fumée. ». Suite à cette frappe, pour le seul radio guidage c’est 10 tués et blessés. Mais malgré cela les survivants doivent le soir même attaquer un groupe de maison tenu fermement par l’ennemi.

Par des températures polaires (-25 degrés) les combats font rage, souvent à bout portant et au corps à corps face à des chasseurs alpins déterminés et habitués à combattre dans ce milieu hivernal. Il faut « nettoyer » les maisons une par une (certaines prises et reprises plusieurs fois) sous un déluge de fer et d’acier jusqu’au 30 janvier 1945, date définitive de la libération de ce qu’il reste du village de Jebsheim. Cette libération aura coûté la vie à 76 parachutistes du 1er RCP et fait 167 blessés (pour ce petit village les français et américains ont plus de 200 tués et 2000 blessés).
Philippe indique que le 30 janvier le radio guidage gagne le village de Muntzenheim (il dessine un plan à ce sujet) puis le 31 celui d’Urschenheim(en half-track). Il ne participe pas à la prise de Widensolen mais il est amené à traverser le village libéré pour faire une reconnaissance en direction du Rhin jusqu’en bordure de lisière de forêt d’où il distingue Breisach et le Kaiserstuhl. Le radio guidage cède le secteur aux américains et va se reposer à Widensolen qu’il quitte le 3 février pour rejoindre Colmar libéré la veille.

Philippe Raichlen dans ses mémoires évoque également la triste soirée du 10 février 1945 qui fera 5 tués et 10 blessés (les derniers du 1er RCP en Alsace) :
« ce soir de février (le 10, je crois) où la Caserne des Chasseurs, en plein milieu de la nuit, sauta à grand fracas : minée depuis 8 jours, nous l’occupions, insouciants du danger. La vie de quartier. Et soudain, dans l’obscurité, trois explosions immenses, à intervalles réguliers. Trois corps de bâtiment portés manquants, tout autour de celui que le radio guidage habitait. Les morts, les blessés. Les monceaux de décombres informes. Et l’évacuation précipitée de la caserne, le lendemain, dans un silence lugubre. »
Ainsi s’achève la campagne d’Alsace pour Philippe et ses camarades. Le 1er RCP a payé un lourd tribut dans les combats de libération de la poche de Colmar avec 167 tués et 512 blessés, ce qui représente 60% des effectifs engagés. Le 1er RCP quitte Colmar pour penser « ses plaies » à Lons-le Saulnier.

Philippe obtient enfin sa première permission, tant attendue, et peut retourner chez lui et revoir sa famille le 17 février 1945 (après 18 mois de séparation) . Mais deux graves accès palustres surviennent, paludisme attrapé en Italie plusieurs mois auparavant : il a donc deux prolongations de sa permission, en convalescence, jusqu’au 14 mars 1945.

En avril-mai 1945, il rejoint Avord où tous les hommes non-brevetés effectuent leur stage parachutiste pour être brevetés.

Il y a l’immense plaisir de faire de nouveaux sauts en parachute (voir ses récits « souvenirs de sauts »). Il exprime la claire décision de reprendre ses études, et non de s’engager pour l’Indochine, cependant il décide de faire un stage pour devenir officier de Réserve à Coetquidan durant l’été 1945. Il interrompt prématurément ce stage en aout 1945, en raison de la fréquence des accès palustres qui le terrassent fréquemment, qu’il veut soigner par un traitement intensif, qu’il commence en vallée de Chamonix, où sa famille est en vacances. Il faut noter qu’il prend cette décision seul, mettant ses parents devant le fait accomplis, contrairement à ses autres choix de vie, en particulier celui de ne pas s’engager dans l’armée régulière, qui a fait l’objet de beaucoup de discussions avec ses parents par lettre, durant l’hiver précédent.

C’est lors de cette période que Philippe effectue ses 5 derniers sauts en parachute (n°11 à 15) dont 2 le même jour.




Philippe Raichlen est démobilisé le 20 septembre 1945 et rentre chez lui à Fontenay-aux-Roses.
Après quelques vacances et convalescence dans les Alpes, il se porte candidat pour le premier concours de l’ENA. Il est nommé major de cette première promotion « France combattante » et débute sa scolarité en mars 1946, dans la section « finances ». Major au concours de sortie, il postule au corps prestigieux de l’Inspection générale des Finances, où il entre comme major également en juillet 47.

Les multiples stages qu’il effectue alors lui permettent de parcourir la France (Arras, Sedan, Marseille, Le Havre…), d’apprendre son métier et de rencontrer des personnes diverses. Il semble, d’après ses lettres familiales, intéressé par son travail, par les discussions avec ses collègues, par ses vacances également, où il peut faire avec plaisir et fierté des marches de 25 ou 30 km, des courses d’alpinisme, et des randonnées à ski (Chamonix, Suisse, Allemagne, Angleterre…). Il évoque fréquemment des questions d’argent (demandes d’avance à ses parents, car l’état ne verse les salaires qu’avec plusieurs mois de retard) et de tickets de rationnement, et se demande si son travail justifie son salaire.
Cependant, c’est dans son journal de 1948 (10 mars au 29 décembre) que ses interrogations et sa souffrance s’expriment :
On relève d’abord le traumatisme de guerre transmis de son oncle Theodore Berger-Levrault : Alors qu’il est en poste à Reims, en juin 1948, il se rend sur la tombe d’Oncle Théodore située à la Nécropole Nationale de Jonchéry-sur-Suippe, en train puis “Interminable marche de 48 km, sans manger ou presque, dans la chaleur du camp de Châlons et dans la pluie d’orage.(…) Quelle charité que la guerre, qui rend si belle cette chose laide et bête, la mort des hommes! Dieu me soit témoin que j’aurais désiré finir de cette fin : enfant, j’avais trop été bercé de la mort d’Oncle Théodore, encerclé et criblé à la mitrailleuse par l’ennemi, agonisant, seul, dans un abri-hôpital boche. Je trouvais cela si beau! Mais je n’ai pas trouvé le courage de pousser mon admiration jusqu’au suicide. L’inertie me retenait plus que la peur d’être mutilé! Et pourtant, deux fois par mine, deux fois par balle, une fois par parachute, je devais “y rester”. L’on a voulu me réserver une fin plus amère et plus longue à venir. Ah, cette première nuit de radio-guidage au Camp Kurtz de Trapani: tous les autres au cinéma et moi seul, volontaire pour la garde des bagages. J’ai réfléchi trois heures durant au clair de lune sur mon sacrifice, que j’imaginais mortel, et qui faillit l’être dix jours après. Aucune autre émotion qu’une douce exaltation et un entier renoncement. Mais ce ne fut pas voulu “où vouloir se peut”. Et j’attends.”
Quelques mois avant, le 25 septembre 1947, sa mère adressait à Philippe cette lettre, insistant encore sur ce thème: “En datant ma lettre, je pense à O. Théodore (décédé le 25 septembre 1915), qui, il y a 32 ans, mourait si bravement sur sa butte du Mesnil. Je ne le vois pas du tout en vieux monsieur de 60 ans (il était né le 25 mai 1887). D’ailleurs il n’y serait pas arrivé après tout ce qu’il avait passé à la guerre. Quel charmant frère, je le regrette toujours autant. Il rendait la vie très douce et gentille aux siens. Tu me le rappelles beaucoup.”
Philippe Raichlen, comme son oncle Théodore, est mort dans sa vingt-neuvième année, et, comme lui, a combattu pour une butte du Mesnil / Menil…
La Deuxième guerre Mondiale a entrainé chez lui des traumatismes directs qui sont venus se surajouter.
Il rapporte des cauchemars évoquant la guerre : “Un passé qui m’écrase de sa réalité”. En mai: “Je me suis réveillé d’un coup, du plus horrible des rêves, genre “Mr Hyde”, le mal pur. Je tâtonnais à la recherche du commutateur, le dos contre la porte, avec une peur gluante, honteuse. Et en même temps, parfaitement ironique, quelque chose ou quelqu’un s’amusait en moi qu’un être humain raisonnable, un “Inspecteur des Finances” pût trembler devant de telles sottises. J’ai bien failli, pour finir, ne pouvoir me rendormir à nouveau dans l’obscurité. En tous cas, il m’a fallu me mettre le dos au mur.”
En juin, il repense à un film sur la Campagne d’Italie (Paisa) , qu’il a vu trois jours avant. “J’ai chéri cette époque de ma vie”. Mais le film déclenche en lui des souvenirs d’horreur.
Plusieurs fois, il remarque que c’est “depuis cinq ans” (donc depuis 1943) qu’est survenue une “décroissance dans mon appétit de vie et de conquêtes”
En juillet, il lit un livre relatant la campagne d’Alsace, « Le 2° Corps attaque« , qui fait immédiatement remonter chez Philippe ses souvenirs : “Je découvre combien ce combat de Jebsheim (trois jours de ma vie dont un, passé à dormir sous les obus) fut crucial ; quelle boucherie ç’a été; combien de fois repris et disputé le village changea de mains. Or qu’ai-je vu de ces luttes ? Et de quelle part me targuer ? Je prends plaisir, toutefois, orgueil et conscience de moi-même à lire ces lignes. Après tout, j’ai fait mon devoir en cette guerre, et c’est un des orgueils les plus purs qui aient survécu à mes naufrages. Avoir connu cette armée, la plus belle que la France eût jamais possédée ; avoir lutté pied à pied contre cet ennemi qui mettait son orgueil à nous opposer ses élites ; pour une fois, ne pas rougir de moi. J’aurais pu faire plus, je n’ai pas fait si peu, ni si mal. La guerre reste le présent le plus riche qu’une République puisse offrir aux meilleurs de ses fils, fussent-ils hobereaux.”
Mais ces traumatismes, qu’il partageait avec la grande majorité des jeunes hommes de son âge, n’expliquent pas tout. Ils ont sans doute été insurmontables chez ce jeune extrêmement perfectionniste et orgueilleux, qui se fixait comme objectif l’exigence de domination de soi-même, le triomphe de l’intelligence sur les émotions, selon un devoir rédigé en 1942 : « La passion qui me tient de montrer en toute circonstance que la volonté me gouverne » …« La victoire du conscient, du jour, sur les ténèbres, notre gloire profonde»… « fierté d’être mon seul maître »… « Je forge mon avenir à force de volonté »
C’est cette caractéristique psychique qui a pu mener le milieu de l’ENA à émettre l’hypothèse qu’il s’était suicidé car il n’était « que » second au concours de sortie de l’Inspection des finances. Certes, il s’est suicidé le lendemain de ces résultats. Car le pendant du perfectionnisme, poussé à ces extrémités, c’est la honte, qu’il évoque souvent dans son journal. Quand Philippe évoque sa terreur d’être envahi par « la sage maturité», c’est sans doute car il avait trouvé dans l’excitation des prises de risques mortels le seul remède à sa souffrance interne, à sa honte intrinsèque. Griserie de l’aventure, bonheur du danger, risque de mort « hautement excitant », la guerre et les sauts en parachute devaient, enfin, donner un peu de sens à son existence, au-delà de la fierté d’avoir surmonté sa peur. « Dans l’inconscient (sic) je suis parfaitement convaincu que je ne reviendrai jamais de tout ceci. Par romantisme, parce qu’il est plus décoratif de mourir au loin que de rentrer, la guerre finie, dans ses pantoufles. »
Ces éléments le laissaient dans une immense solitude, voyant comme une humiliation le fait de se confier, à sa famille, à ses camarades, encore moins à une femme.
L’évocation du suicide est de plus en plus fréquente : “Je sens depuis deux mois ou trois, se détacher la vie feuille par feuille tout comme un artichaut vieilli. Me rattacher à quelque révélation, mon orgueil ne le permet. À l’orgueil, mon sens du relatif. ..Je ne veux pas me plaindre, et ma vie trop facile m’en enlève le droit. Mais que faire si la vie se détache, et que l’on ne puisse s’illusionner sur les trésors mythiques du détachement ? N’y pas même trouver cette dernière fierté de soi plus nécessaire à la vie que l’air ou l’eau?…Il me faudrait, semble-t-il , un bon, un vrai malheur, ou le choc d’une forte terreur pour remettre en place tant de fausse inquiétude…” (décembre 1948).
Il se suicida le 20 janvier 1949, après une nuit d’errance dans un bois proche de son domicile, où il habitait chez ses parents.

Ce qui est terrible, dans la détresse de Philippe Raichlen, c’est que la guerre fut à la fois la seule chose qui donna un sens à sa vie, et en même temps anéantit tout sens à sa vie. Pour remplir son “destin”, il devait partir à la guerre, combattre ouvertement, en héros. Et il partit. Mais il ne devait pas revenir. Et il revint, malgré lui. Il revint chargé de toutes les horreurs qu’il a vues, qu’il a commises, qu’il a vu commettre, impuissant. Et ces horreurs tournant en boucles dans son esprit sont venues abattre son sens de l’existence déjà mal assuré, sa légitimité à vivre. C’est en soldat qu’il s’est donné la mort, avec une grenade, utilisée comme on lui avait enseigné, lorsqu’on est encerclé et menacé d’être fait prisonnier…
La note d’espoir, c’est qu’aucun de ses neveux et nièces ne sont morts de suicides, et que la prise en charge du stress post traumatique et des souffrances psychiques s’est bien banalisée 75 ans après…

Pour ceux qui souhaitent en savoir encore davantage sur son histoire nous vous conseillons fortement l’excellent site que lui a consacré Anne-Catherine Pernot, sa nièce :
https://philipperaichlen.wordpress.com/
Nous remercions très sincèrement Anne-Catherine Pernot pour le partage de ses archives familiales et sa participationà la rédaction du parcours de Philippe Raichlen à qui nous rendons hommage pour son engagement au service de la France et de la libération du territoire national.
Nous ne l’oublierons pas!!!
Joseph Louis BALE III 1924 – 1945

Originaire du comté de Wayne, dans le Michigan, il est né à Detroit le 14 janvier 1924.
Il est le fils de Maurice Isaac Bale (1900-1965) et Edith Mary Pearlman (1901-1989). Il est surnommé « Little Jœ », contrairement à un autre membre de sa famille qui porte le même prénom et qui est lui surnommé « Big Jœ ».
Joseph L. Bale est un sportif accompli et reconnu dans le comté pour ses aptitudes sportive. Il apparait régulièrement en tête d’équipe lors des championnats de baseball, de cross-country et de basketball.
Joseph L. Bale prépare son entrée au Michigan State College, lorsqu’éclate la deuxième guerre mondiale. Il est alors enrôlé dans l’armée américaine et rejoint les effectifs de la 3rd Infrantry Division, où il effectue sa formation initiale.

Après ses classes, Le Private First Class (Pfc.) Joseph Louis Bale III, numéro de matricule 16105122, est affecté à l’Etat-major du second bataillon (Headquarters Company, 2nd Battalion) du 7th Infantry Regiment de la 3rd Infantry Division, de la Seventh U.S. Army. Le surnom donné aux soldats du 7th Infantry est « Cottonbalers » et leur devise « Volens et Potens » qui veut dire « Volonté et capacité » (Willing and Able).

Joseph participe aux débarquements d’Anzio en Italie et celui de Provence en France. Il effectue la longue remontée, des troupes alliées du sud de la France vers l’Alsace. Il est blessé à trois reprises au cours de son service actif et il réintègre à chaque fois son unité à l’issue de ses convalescences successives.
Au moment du déclenchement de l’opération « Krautbuster » c’est à dire le franchissement du canal de Colmar, puis la prise des localités de Wihr-en-Plaine et de Horbourg ; Le Pfc. Joseph L. Bale qui appartient à la compagnie d’état-major du 2nd Battalion du 7th Infantry Regiment est sous les ordres du Major Duncan.

Dans la nuit du 29 au 30 janvier 1945, alors que le 2nd Battalion vient de franchir le canal de Colmar et approche de Wihr-en-Plaine, les soldats américains se heurtent à deux chasseurs de chars « Jagdpanther » allemands. Ces derniers dispersent les fantassins américains par des tirs d’obus explosifs et de mitrailleuses, qui occasionnent des pertes notables, bousculent les Companies F et G et frappent de plein fouet la Company E qui se trouve en réserve, ainsi que le groupe d’état-major du bataillon.
Le Major Duncan appelle alors en renfort les équipes anti-char armés de bazookas, afin d’engager les blindés lourds allemands. Le Pfc. Joseph L. Bale, qui fait parti de l’une de ses équipes anti-char, se tourne alors vers le Major Duncan et lui dit : « Eh bien, Monsieur, nous voici au dernier round ! » Le jeu de mots en anglo-saxon (round = roquette/munition) est bien choisi car il n’a en effet plus qu’une roquette.
Le tir n’est pas aisé vu la distance à laquelle il se trouve par rapport au Jagdpanther (estimation à plus de 500 yards, soit 457 mètres) qui est très au-delà de la portée utile du bazooka (maximum 300 yards/270 mètres). Les soldats présents autour de Bale retiennent leur souffle… « J’avais l’impression que des années passèrent » se remémore plus tard le Major Duncan.
Le soldat Earl A. Reitan indique dans son livre autobiographique : « La roquette décrivit un arc et frappa le char, qui explosa et prit feu. L’équipage allemand sauta du blindé en flammes. Les hommes se roulèrent dans Ia neige pour éteindre le feu qui brulait leurs uniformes. Un second char leur vint en aide, récupéra les survivants et se replia. Une grande clameur vint de la compagnie E. J’entendis cette clameur et escaladais le mur, mais ne vis pas le tir miraculeux […]. »

Le Major Duncan notait les mêmes scènes de liesse parmi ses hommes : « Les soldats ne purent se réfréner. Ils hurlaient à pleins poumons. Certains pleuraient de joie sans retenue. »
Certains soldats américains voulurent ouvrir le feu sur l’équipage du Jagdpanther, mais ne disposant plus de roquettes de bazooka, ils jugèrent préférable de ne pas attirer l’attention sur eux.
Le blindé allemand détruit est à priori le Jagdpanther numéro 311 commandé par l’Unteroffizier Hüsing. Deux membres d’équipage sont tués dont Hüsing lui-même, probablement morts brûlés vifs dans le blindé. Les trois autres membres d’équipage du char sont blessés (dont le tireur Roth). Le second Jagdpanther, après avoir récupéré les survivants de l’équipage, se replie dans le village.
Plus tard, dans la matinée du 30 janvier 1945, les forces allemandes déclenchent une violente contre-attaque qui vise à reprendre Wihr-en-Plaine. Celle-ci est appuyée par le Jagdpanther rescapé de l’accrochage précédent, aux abords du village. Le Major Duncan ordonne alors à ses hommes de se mettre à couvert dans les bâtiments, puis demande un tir de soutien d’artillerie sur la localité pour stopper l’offensive allemande.
C’est à ce moment-là que le Pfc. Joseph L. Bale, auteur du tir « miraculeux » au bazooka, tente de détruire le second blindé allemand. Réapprovisionné en roquettes, il tir depuis l’intérieur du bâtiment où il se trouve. Afin d’accélérer sa cadence de tir, Bale veut charger lui-même son bazooka, ce qui est normalement la tâche du pourvoyeur. Alors qu’il veut insérer la roquette dans le tube de son bazooka, cette dernière lui glisse des mains qui sont engourdies par le froid, et explose au contact du sol : elle lui arrache les deux jambes ! Il meurt peu de temps après des suites de ses blessures. Dix-sept autres de ses camarades qui se trouvent à proximité sont également blessés ou commotionnés par cette explosion.
Pour son action on lui décerne à titre posthume, l’une des décorations les plus prestigieuses de l’armée américaine, à savoir la Distinguished Service Cross, ainsi que la Purple Heart (médaille des blessés) avec trois feuilles de chêne (3 fois blessés).
La citation présidentielle qui accompagne la remise de la Distinguished Service Cross est la suivante :
« Le Président des Etats-Unis d’Amérique, autorisé par Acte du Congrès du 9 juillet 1918, est fier de décerner la Distinguished Service Cross (à titre posthume) au soldat de première classe Joseph L. Bale (matricule : 16105122), de l’Armée des Etats-Unis, pour son extraordinaire héroïsme en lien avec des opérations militaires contre un ennemi armé durant son temps de service au 2e Bataillon du 7e Régiment d’Infanterie de la 3e Division d’Infanterie, au combat contre les troupes ennemies le 30 janvier 1945 à proximité de Wihr-en-Plaine, France.
Ce jour-là, le bataillon du soldat Bale fut attaqué et stoppé par des blindés ennemis qui écrasèrent plusieurs fusiliers, en tuant un grand nombre.
Sous les tirs de 88 mm, d’armes automatiques et de grenades à fusil, le soldat de première classe Joseph L. Bale attaque sans crainte avec son lance-roquettes, ignorant les obus qui explosaient à cinq yards alentours et les balles d’armes automatiques qui martelaient la position. Il mit hors de combat un blindé ennemi, obligeant les Allemands à battre en retraite. Plus tard dans la même matinée, alors que son bataillon était attaqué par un autre blindé à une centaine de yards de distance, il brava un tir d’artillerie en tentant à lui seul de détruire ce dernier, mais fut mortellement blessé. Les actions intrépides du soldat de première classe Bale, sa bravoure et le zèle dont il fit preuve dans son dévouement au prix de sa vie, illustrent les plus hautes traditions des forces armées des Etats-Unis et rayonnent à grand crédit sur lui-même, la 3e Division d’Infanterie et l’Armée des Etats-Unis. »
Le Pfc. Joseph L. Bale III repose en paix pour l’éternité au milieu de ses frères d’armes au cimetière militaire américain d’Epinal.

Sa tombe (n°56) se trouve dans le Carré B, dans la Rangée 34.
En Mémoire de son sacrifice ultime pour la libération de Wihr-en-plaine, nous lui rendons l’hommage qu’il mérite et ne l’oublierons jamais !