Lloyd Walter GREGORY 1913 – 1944

Ce casque nous rappelle le sacrifice de Lloyd. W. GREGORY pour la Liberté.

Il est né le 11 mars 1913 à San Joaquin en Californie. Dans le civil il travaillait comme ouvrier dans l’industrie pétrolière.

Il s’engage dans l’armée américaine le 13 octobre 1939 à Los Angeles.

Le First Sergent GREGORY Lloyd W. (« GREG » gravé dans le casque), Army serial number n° 06553205 (les 4 derniers chiffres inscrits sur la sangle intérieure du liner) a combattu en Alsace avec le 411th Infantry Regiment de la Compagny G de la 103rd Infantry Division « Cactus » .

411th Infantry Regiment
103rd Infantry Division « Cactus »

D’après les archives américaines de l’armée on retrouve ces quelques lignes le concernant :

Le 13/03/1944 on lui décerne la  purple Heart.

Le 7/5/1944 une permission ordinaire de 14 jours.

Le 21/05/1944 une permission ordinaire de 14 jours.

Le 16/11/1944 Blessé légèrement au combat. Non hospitalisé.

Le 29/11/ 3 militaires : 1 homme du rang et 2 sous-officiers dont Gregory Lloyd W. sont portés disparus.

13/12/1944 Gregory Lloyd W. est déclaré de MIA(Missing In Action) à KIA (Kill In Action) = de porté disparu à tué au combat le 29-Nov 1944.

Il est enterré au cimetière de Bethel (Nouveau-Mexique) aux Etats-Unis.

Activée le 15 novembre 1942, la 103Rd Cactus Division est affectée au Camp Claiborne, en Louisiane pour se constituer et former l’ensemble des hommes de la Division.  Le point culminant du « Basic Training »  sont des manœuvres Divisionnaires (une grande manœuvre de terrain en trois phases menée près de Slagle en Louisiane et qui a duré près de deux mois).

Après avoir terminé l’entraînement de base, les hommes de la division Cactus ont « déménagé » vers le Camp Howze au Texas, situé juste à côté de Gainesville. L’entraînement se poursuit jusqu’en septembre 1944, date à laquelle les hommes, après avoir fait leurs sacs de voyage et préparé leur équipement, partent pour Camp Shanks, dans l’État de New York. L’incertitude plane dans l’air – leur destination reste inconnue.

 Ce n’est qu’après que le navire ait quitté le port de New York que les ordres sont levés et qu’une annonce est faite : les hommes de la division Cactus se dirigent vers Marseille, en France, pour être déployés sur le théâtre d’opérations européen…

The Cactus Route 1944 – 1945.

Nous remercions chaleureusement Alexandre pour ses recherches qui ont permis de mettre un nom sur le soldat qui portait ce casque et qui a été tué à Barr le 29 novembre 1944 (casque retrouvé dans ce secteur).

Albert Cecil GOURE 1919 – 1957

Quart US gravé par Albert C. GOURE

Sur ce quart américain fabriqué en 1942 par A.G.M Co. sont gravés les mots suivants : SCOTLAND – WALES – ENGLAND – LIVERPOOL – LONDON – AFRICA – ORAN – ALGIERS – BIZERTE – TUNIS – CARTHAGE – SICILY – PALERMO – ITALY – NAPLES – ROME – POMPEIS – FRANCE et un Landry Number G9542…qui correspond à l’initiale du nom de famille du soldat suivi des 4 derniers chiffres de son Army serial number (numéro de matricule).

Le périple d’Albert C. Goure d’après les noms des villes et pays qu’il a gravé sur le quart.

Grâce à la gravure de ces quelques éléments nous avons pu retrouver son « propriétaire » .

Il s’agit de Albert Cecil GOURE, né le 29 septembre 1919 à Oklahoma City dans l’état de l’OKLAHOMA.

Avant d’entrer dans l’armée il travaillait comme ouvrier dans l’industrie textile.

Il s’est engagé comme privat le 06-03-1941 dans l’US Army sous le Army serial number n° 38019542 et a terminé la guerre au grade de Staff Sergeant .

Il a servit au sein du 10th Field Artillery Battalion « The Rock’s Support », artillerie divisionnaire de la 3rd Infanty Division US équipée de canons de 105 mm HM2.

10th Field Artillery Battalion « The Rock’s Support »

C’est pourquoi il a débarqué à Oran (Algérie) en novembre 1942 (en provenance d’Angleterre) et non au Maroc comme le reste de la 3th Infantry Division US (qui venait des Etats-Unis) composant la Western Task Force, lors de l’opération Torch (novembre 1942).

De par ses gravures on retrace son parcours de l’Angleterre à l’Afrique du nord, en passant par la Sicile, l’Italie et la France.

Ce quart fut récupéré quelques jours après la libération de Colmar en février 1945 et conservé précieusement tout au long de sa vie, par Robert WIEDERHIRN qui avait 11 ans a l’époque.

Nous remercions sa veuve de nous l’avoir confié pour en prendre le plus grand soin afin de perpétuer la mémoire de Albert C. GOURE et de son donateur.

Albert C. Goure est décédé le 27 août 1957 à l’âge de 37 ans à Kailua-Kona dans l’état de Hawaii.

Hubert SCHMITT 1926 – 2010

Hubert Schmitt, né en 1926, incorporé de force dans la Waffen SS, dans la Division das Reich, à 18 ans – fonds Hubert Schmitt.

Il est né le 2 mars 1926 à Sainte-Croix-en-Plaine (68).

Son père travaille aux chemins de fer du réseau Alsace-Lorraine.

Affiche des Chemins de fer d’Alsace et de Lorraine dessiné par Hansi – source internet.

Quelques jours avant la défaite française en juin 1940, il passe son certificat d’études primaires.

Pendant la période d’annexion de L’Alsace par les nazis il commence un apprentissage de peintre en bâtiment chez M. Muller à Colmar (68). Sa formation est interrompue le 4 octobre 1943 lorsqu’il doit effectuer son service militaire obligatoire dans l’armée allemande (R.A.D.) comme tous les alsaciens-mosellans de son âge…il a 17 ans.

Voyage aller de Sainte-Croix-en-Plaine vers Dieburg – carte klm127.

Il effectue le Reicharbeitdienst (R.A.D.)à Dieburg, qui se trouve à 100kms à l’Est de Darmstadt en Hessen (Allemagne). Avec ses camarades d’infortune, ils logent dans des baraquements en bois (100 alsaciens avec 100 allemands par baraquement). Durant 3 mois, ils sont soumis à un entrainement intensif, brutal et mis sous pression en permanence. Ils ne se déplacent qu’au pas de course, le ventre toujours creux. Lors de nombreuses alertes aériennes (bombardements des villes allemandes par l’aviation alliée), ils doivent se mettre à l’abri dans un bunker caché en pleine forêt. Après la fin des bombardements, ils sont réquisitionnés pour fouiller et déblayer les décombres en ville. Hubert Schmitt se souvient que près de son camp d’entrainement se trouvait une usine souterraine qui fabriquait des munitions. Il y avait de nombreux prisonniers français et polonais qui y travaillaient.

Hubert et ses deux copains du village lors du R.A.D. à Dieburg. Rohn Armand( 07/11/1926 – 28/06/1944) est tué le 28 juin 1944 à Bretteville, près de Caen et Vonthron Georges(11/01/1926 – 23/03/1999) désertera pour s’engager dans l’armée française, il retrouvera Hubert à Laon lors de son arrivée au camps de prisonniers. – fonds Hubert Schmitt.

Au moment de devoir prêter serment au drapeau nazi et au Führer (obligatoire pour tous les alsaciens et mosellans incorporés de force) tous les alsaciens présents font semblant de parler sans qu’aucun son ne sorte de leurs bouches. Pour Noël, les allemands rentrent chez eux  pour les fêtes de fin d’année contrairement aux alsaciens qui ne sont « libérés » que le 2 janvier 1944.

Photo de la cérémonie du serment au drapeau nazi et au Führer. vous remarquerez la présentation de pelles et non de fusils. Lors du R.A.D. ils défilaient et présentaient des pelles à la place des fusils – fonds Hubert Schmitt.

Courant du mois de janvier 1944 tous les jeunes alsaciens nés en 1926 sont convoqués par les autorités allemandes au conseil de révision (Musterung). Hubert se rend avec sa convocation, route de Bâle à Colmar, à l’institut François-Xavier où des officiers de la Waffen SS les attentent pour les convaincre de s’engager volontairement dans leur unité. Tous refusent et sans aucune concertation quittent précipitamment la salle sous les jurons des SS. Malgré ce « fait de résistance » spontané, Hubert et ses camarades se retrouvent en gare de Mulhouse le 11 février 1944 avec leur ordre d’incorporation (Gestellungsbefehl) où à lieu leur rassemblement et appel avant leur départ. Toutes leurs valises sont ouvertes et fouillées : l’eau de vie et le vin sont confisqués… « Ca commence bien » dixit Hubert !

Annotation de Hubert Schmitt dans son agenda de poche de 1944 concernant son départ de Mulhouse pour rejoindre la Das reich. C’est écrit en allemand car les alsaciens n’ont plus le droit de parler ou d’écrire en français – fonds Hubert Schmitt.

NB : la majorité des jeunes alsaciens nés en 1926 ont été « offert » par le GauLeiter Wagner (préfet nazi de Région) à Heinrich Himmler Reichführer de la Waffen SS, d’où leur incorporation forcée dans cette unité tristement célèbre.

Le train se dirige vers le nord et passe devant les gares de Colmar, Sélestat, Strasbourg. A chaque passage de gare alsacienne, nos jeunes incorporés de force entonnent en cœur « la Marseillaise «  ou « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ».

Le 14 février 1944, Hubert arrive à Stablack(à 1350kms de chez lui) en Prusse Orientale, dans un énorme camp militaire destiné à la formation des nouvelles recrues. Il touche un uniforme flambant neuf de la Waffen SS…il est atterré !

De Sainte-Croix-en-Plaine à Stablack qui se trouve à 1350kms en Prusse Orientale près de Kaliningrad – carte klm127.

Il perçoit son livret militaire (Soldbuch) qu’il doit immédiatement signé. A présent il appartient contre son gré à la Division Das Reich, au 9ème Panzer grenadier Regiment « Deutschland ».

Soldbuch d’Hubert Schmitt – fonds Hubert Schmitt.

Le 20 février 1944 tout le régiment embarque dans des wagons français (40 hommes + 8 chevaux par wagon). Le voyage s’effectue en plein hiver dans des conditions précaires : paille comme seul couchage, repas froid, et un seul petit poële pour réchauffer le wagon. Le train se dirige vers l’ouest, traverse toute l’Allemagne et arrive en France. Hubert et ses camarades échappent au front de l’Est et leur moral remonte même en voyant passer les noms des gares françaises.

Le 1 mai 1944, ils arrivent à Langon (33), puis le lendemain à Bazas (33) où ils vont découvrir que le R.A.D. « c’était de la rigolade ». La discipline est des plus stricte, le repas du midi est maigre pour ces jeunes hommes qui ont besoin de nombreuses calories. Le Drill (l’entrainement) est infernal, les humiliations sont sans fin. Après l’exercice vient l’épreuve journalière de l’appel où avec le même uniforme qui doit être impeccable sous peine de punitions et représailles des plus sévères.

Comme le dit Hubert, son seul réconfort dans cette situation est d’être avec ses amis François Obrecht, Paul Moser et Marcel Sommer qui sont tous les trois originaires de Colmar. Tous les quatre sont dans la 9ème compagnie (Cie) : sur 130 hommes ils sont environs 10% d’alsaciens.

Plaque d’identification militaire allemande d’Hubert Schmitt. En cas de décès au combat sans possibilité de rapporter le corps, la moitié de la plaque est laissé sur le corps pour une identification ultérieure et l’autre est rapportée à l’unité par un camarade pour enregistrer la mort du soldat concerné – fonds Hubert Schmitt.

Le 26 mars 1944, ils doivent à nouveau prêter serment au Führer (ils refont semblant) …se rebeller aurait été suicidaire dixit Hubert.

Le 7 avril, ils quittent Bazas et arrivent le 8 à Baziège qui se trouve entre Toulouse et Villefranche de Lauragais.

Du 20 février au 7 avril 1944…2350kms… – carte klm127.

C’est un endroit hautement stratégique en raison de la ligne de chemin de fer Toulouse-Carcassonne-Narbonne et du canal du Midi qui sont à proximité. Hubert est affecté à l’Etat major du régiment qui se retrouve à 70kms de Montauban puis se déplace à Miremont (31) sur l’axe Toulouse-Pamiers. Toutes les unités de la Division Das Reich stationnent entre l’Atlantique et la Méditerranée, à proximité d’une voie ferrée afin d’être rapidement projetée d’une côte à l’autre en fonction du ou des débarquements alliés à venir.

Hubert reçoit régulièrement du courrier de ses parents grâce à la Feldpost allemande. Les militaires n’ont pas le droit d’indiquer à leur famille où ils se trouvent mais Hubert a mis en place avant son départ un « code » avec ses parents afin qu’ils sachent où il stationne : le premier caractère de chaque ligne (en les associant) leur indique l’endroit d’où leur fils leur écrit. Ses parents sont « rassurés » de savoir qu’il est en France et non en Russie.

Sur cette « photo-carte postale » Hubert en tenue de la waffen ss, écrit au dos, au crayon, à sa maman : « Passes le bonjour au voisin et dis-lui que je n’ai pas encore reçu de courrier de sa part. Mama (maman en alsacien) n’ai pas peur, cette sombre période va passer. Ici, ma photo pour te souvenir de moi » – fonds Hubert Schmitt.

Hubert nous raconte que les civils français qu’il rencontre sont extrêmement aimables et coopératifs avec lui quand ils savent qu’il est alsacien. Ils font ensemble du troc comme par exemple des cigarettes contre des œufs ou du lard.

Suite au débarquement des Alliés en Normandie, le 6 juin 1944, de nombreux incorporés de force alsaciens ou mosellans en profitent pour déserter sur ce nouveau front. C’est pourquoi les cadres de la Das Reich mettent régulièrement en garde tous les incorporés de force qui pensent en faire de même et leur rappellent que s’ils sont repris ils seront immédiatement fusillés et leurs familles en paieront les conséquences.

A cette même période Hubert échappe au tatouage de son groupe sanguin sous son bras gauche (pratique propre à la Waffen SS) car le jour prévu à cet effet, il doit servir d’interprète à Toulouse.

A la mi-juin l’unité d’Hubert est engagée contre la résistance française dans la région de Carcassonne…par chance aucun coup de fusil n’est tiré.

On peut lire dans son agenda, la semaine du 11 au 17 juin 1944, son engagement contre les « partisans » dans les Pyrénées – fonds Hubert Schmitt.

Les unités de la Das Reich commencent à faire mouvement vers la Normandie pour contrer les troupes alliées qui débarquent sur les plages normandes. Les 1er et 2ème régiment partent en premiers et pour une compagnie d’entre eux commet le massacre d’Oradour-sur-Glane. Le 3ème (régiment « Deutschland) celui d’Hubert ne fait mouvement qu’à partir du 30 juin 1944. Hubert effectue le trajet principalement en Kubelwagen. Ils roulent la nuit, feux éteints et le jour reste sous le couvert des forêts. Malgré ces précautions ils sont mitraillés par les « JABO » (Chasseurs-Bombardiers) à trois reprises.

Le 5 juillet mitraillage par avion puis engagement au combat au Plessis-Lastelle le 7 juillet 1944 – fonds Hubert Schmitt.

Le 5 juillet 1944, ils sont dans le sud du Cotentin et sont immédiatement engagés au Plessis-Lastelle (côtes 111,113&113) qui se trouve entre la-Haye-du-Puit et Carentan dans le département de la Manche (50). Les attaques et contre-attaques se succèdent. Terrés dans leur trou individuel, ils subissent un bombardement incessant. Le 8 juillet 1944, son ami Schneider d’Osenbach (68) est tué à moins de 5 mètres de lui… ce fut un choc terrible pour Hubert. Après 3 jours et 3 nuits de combats ininterrompus sur les 130 hommes de la compagnie il ne reste plus qu’une quinzaine de soldats valides.  5 de ses camarades alsaciens (dont Moser et Obrecht) sont blessés.

Le périple d’Hubert du 7 avril au 23 juillet 1944 – carte klm127.

Le 12 juillet au matin, les américains passent à l’attaque : le voisin d’Hubert est tué. Un obus explose à côté de lui, il bascule dans la boue du marais qui menace de l’engloutir mais par chance une racine providentielle permet à Hubert de s’appuyer dessus et de s’extraire du cloaque. A 9h Hubert est blessé par une balle qui traverse son bras gauche et par 2 éclats d’obus qui se logent sous son omoplate, non loin de sa colonne vertébrale. Par chance, il est déjà vers 10h, sous la tente du poste de secours principal (Hauptverbandsplatz) et pris en charge. A 20h il est installé dans un train sanitaire près du Mans dans la Sarthe. Le 13 juillet, le train passe par Bourges, Dijon (en ayant soigneusement évité Paris). Il circule la nuit, à faible allure, mais il est pris pour cible à plusieurs reprises par l’aviation alliée malgré les nombreuses croix rouges peintes sur les wagons.

Il indique en date du 12 sa blessure par éclats et le 13 juillet 1944 son départ du Mans en train sanitaire – fonds Hubert Schmitt.

Le 23 juillet 1944, le train entre en gare de Mulhouse (68) et s’y arrête. C’est une heureuse surprise pour Hubert, qui interpelle un cheminot à qui il raconte que son père est pointeur—releveur à la gare de Colmar. Cinq minutes plus tard il parle par téléphone à son père…il en a les larmes aux yeux.

A 14h, Hubert est débarqué du train à Colmar (68) et est transporté à l’hôpital militaire Baur. Le soir même il est acheminé jusqu’au Reservelazarette  Marbach qui était un préventorium avant-guerre de la congrégation Sainte Camille, qui se situe au-dessus du village de Voegtlinshoffen (68) et qui accueille une cinquantaine de soldats allemands en convalescence…Hubert est à 10kms à vol d’oiseau de chez lui.

Son arrivée à Marbach le 23 juillet 1944 – fonds Hubert Schmitt.

Le 1er aout 1944, il est autorisé à quitter Marbach et loger chez ses parents, mais il doit y retourner deux fois par semaine pour refaire ses pansements (Ambulant behandelt). Malheureusement pour lui, à peine remis de ses blessures, il reçoit l’ordre, le 29 août, de rejoindre la compagnie de convalescence(Genesungskompanie) qui se trouve à Prague en Tchécoslovaquie. Il y arrive le 31 août et il réussit à obtenir une permission de convalescence (Fenesungsurlaub) du 6 au 21 septembre (ce qui était exceptionnel à l’époque pour un alsacien afin d’éviter toute désertion et en sachant que les troupes franco-américaines sont aux portes des Vosges et de Belfort), et il refait le trajet en sens inverse pour revenir à Sainte-Croix-en-Plaine. C’est lors de cette permission qu’Hubert envisage de ne pas retourner au front, avec l’aide de son oncle Baptite Vonthron de Merxheim, qui au péril de sa vie est d’accord pour le cacher. Mais alors qu’Hubert se trouve au restaurant Haen de Herrlisheim (68), la Feldgendarmerie débarque et arrête l’incorporé de force Birgaentzlé car sa permission était finie depuis 8 jours et qu’il n’était pas retourné dans son unité. Cette interpellation musclée refroidit prestement les ardeurs d’Hubert dans son projet de désertion et par peur de représailles envers ses parents l’abandonne. Il quitte son village natal pour rejoindre Prague avec deux jours de retard, ce qui est très grave et le met dans une situation délicate. En chemin, il est arrêté dans un café à Erfurt (Thuringe) par la Feldgendarmerie qui le convoie manu militari jusqu’à sa ville de destination où il arrive le 23 septembre 1944.

Il est jugé et condamné par un tribunal militaire à un sévère rappel à l’ordre pour retour tardif de permission avec comme conséquence immédiate d’1 an sans aucune permission et 2 ans de blocage de son avancement…il s’en tire bien par rapport à d’autres dont la sanction fut des plus terrible.

Le 13 octobre 1944, on lui remet en main propre sa condamnation et il est muté le lendemain dans la Marschkompanie de Pragues-Russin. Le 20 octobre, il retourne dans son ancienne compagnie, la 9ème Cie SS « D » et arrive le 9 novembre dans le massif de l’Eifel (Rhénanie) où elle stationne. Pendant 3 semaines les hommes de cette compagnie logent dans des écoles ou hangars et subissent un entrainement intensif.

Dans la nuit du 22 au 23 novembre 1944, l’unité se rapproche de la frontière des Ardennes Belges. Le 1 décembre, elle se trouve au nord du Luxembourg et le 15 décembre les officiers annoncent à Hubert et les autres soldats, qu’une grande et décisive offensive se prépare et qu’ils passeront Noël…à Paris !!!

Départ le 13 décembre pour l’offensive des Ardennes et il indique le 15 l’annonce de ses officiers promettant d’être à Paris pour Noël… – fonds Hubert Schmitt

Le 16 décembre, Hubert entend le bruit typique des canons…c’est le début de l’offensive. Il se souvient lors de son avancée vers le front avoir vu de nombreuses carcasses de char américains Sherman.

Le 23 décembre 1944, la compagnie d’Hubert est au contact des américains près de Saint-Hubert (à 25kms à l’ouest de Bastogne) où il passe un triste jour de Noël, dans une tranchée en haut d’une colline avec une neige abondante qui tombe.

Le 3 janvier 1945, l’armée américaine contre-attaque avec l’aide de son artillerie qui déclenche un déluge de feu et cause de nombreuses pertes, en particulier les obus de mortier, dans les rangs de la compagnie. Hubert se fait le plus petit possible dans son trou individuel lorsqu’un char Sherman le dépasse et que 6 soldats américains braquent leurs fusils sur sa personne et lui ordonnent d’en sortir en criant « HANDS UP !!! ». A peine sorti de son trou l’un des 6 soldats sort son poignard, se dirige vers lui…pour découper sur sa manche l’insigne de la Waffen SS et qui va très certainement le conserver comme trophée de guerre. Il est emmené à l’arrière sous bonne escorte pour être interrogé. On lui confisque toutes ses affaires, même son rosaire qu’il gardait précieusement. Il sort un petit drapeau tricolore sans qu’il y ai une réaction de la part de son interrogateur qui poursuit ses questions en allemand jusqu’à ce que Hubert lui répète qu’il est alsacien…qu’il est français ! L’officier continue alors à lui poser des questions en français et en le ménageant davantage. Hubert apprend par la suite que les américains recherchent des soldats SS ayant fusillés des prisonniers.

Hubert entame une longue marche à pied vers Namur, avec la colonne de prisonniers allemands dont il fait parti. Arrivé à Namur ils montent tous dans des camions GMC. Après avoir mangé et passé la nuit sur un sol bétonné dans un hangar ils repartent sous la furia de civils belges qui leur crachent dessus. Serrés comme des sardines, d’après le récit d’Hubert, ils sont évacués de Belgique vers un énorme camp de prisonniers qui se trouve en France entre Soissons et Compiègne. Ils sont des milliers à loger sous tentes, couchés à même le sol, sans chauffage en plein hiver et 40 cm de neige…mais Hubert est en vie !

de fin aoû1944 à fin janvier 1945…1800kms… – carte klm127.

Les américains regroupent les prisonniers par nationalité. Ils sont environs 130 alsaciens dont le seul fait de se retrouver à présent ensemble leur remonte le moral. Hubert se souvient de la faim qui le tenaille (il a 18 ans) car pendant 3 semaines il ne reçoit (comme tous les prisonniers) rien à manger et le peu d’eau qu’il se procure c’est en faisant fondre la neige entre ses mains. Tous les prisonniers ont une terrible dysenterie sans possibilité de se soigner et se laver. Après ces 3 semaines, les alsaciens sont transférés aux autorités françaises. Fin janvier ils arrivent dans une caserne à Laon.

Hubert nous raconte : « C’est en arrivant à pied à l’entrée de la caserne que j’ai vécu le plus grand bonheur de ces derniers mois. A l’instant de passer la sentinelle du poste de garde, un soldat jette son fusil à terre, se précipite sur moi et m’embrasse avec fougue…je le reconnais enfin, c’est mon ami d’enfance Georges Vonthron de Sainte-Croix-en-Plaine, né en 1926 comme moi, et incorporé de force dans la Waffen SS avec moi. Il se trouvait dans une autre unité dans le sud de la France et il avait eu le courage de déserter. Il avait été accueilli par des gens du maquis, il a eu beaucoup de chance. Plus tard il est resté sous l’uniforme français comme gardien de prisonniers. Quelle émotion ! Quelle Chance ! »

Les deux seules pages du carnet en français…Hubert n’est plus dans l’armée allemande…il raconte comment il a été fait prisonnier par les troupes américaines, puis la traversée de la Belgique, son triste passage à Compiègne, son arrivée à Laon et ses retrouvailles avec son ami d’enfance – fonds Hubert Schmitt.

Par la suite Georges apprend à Hubert qu’une partie de l’Alsace est toujours aux mains des nazis mais que sa libération est proche.

A Laon, Hubert et ses camarades sont désinfectés, lavés, nourris et soignés.

Le 10 février 1945, lendemain de la réduction définitive de la poche de Colmar, Hubert passe devant une commission militaire qui examine minutieusement son parcours dans l’armée allemande afin de s’assurer qu’il était bien incorporé de force et non volontaire.

Le jour même il est autorisé à quitter la caserne et rentrer chez lui en Alsace. Avec ses amis d’infortune il est hébergé au centre d’accueil pour réfugiés de Paris-Pantin où ils mangent bien à leur faim. La vie est belle, ils sont vivants, « en bonne santé » et à Paris.

Le 27 février 1945, il prend un train gare de l’Est et roule jusqu’à Belfort (c’est le Terminus) car tous les ponts et voies ferrées sont détruits en Alsace (aucun train ne peut y circuler). Il fait alors du stop et monte dans un GMC qui ramène des permissionnaires français dans leurs unités stationnées en Alsace. Il règne dans le GMC une ambiance folle. Le camion passe par Cernay et dépose Hubert à Obermorschwihr. De là il marche avec Joseph Muller de Logelheim et son copain Georges Vonthron jusqu’à Herrlisheim où un restaurateur offre gracieusement à chacun une bière.

Quand Hubert arrive chez ses parents c’est une « explosion » de joie et de larmes pour ces retrouvailles inespérées…tous sont vivants et en bonne santé !

Le voyage retour, la fin d’un cauchemard… ou presque… – carte klm127.

Le 7 juillet 1945, Hubert et ses amis sont convoqués à la caserne Lefèvre de Mulhouse. La sécurité militaire revérifie leurs dépositions antérieures et leur fait passer une visite médicale. C’est lors de cette visite qu’un des médecins découvre la blessure par balle sous le bras gauche d’Hubert et le suspecte immédiatement d’avoir voulu « effacer »  le tatouage de la waffen ss.  Tous rentrent chez eux en fin de journée sauf Hubert qui passe la nuit dans une chambre de la caserne fermée à clé. Prévenu aussitôt par ses amis, son père accompagné du chef des F.F.I. de Sainte-Croix-en-Plaine et futur maire de la commune (Marcel Mansion de 1965 à 1973) arrivent le lendemain à Mulhouse pour le disculper de tout soupçon et le « blanchir » définitivement.

Le cauchemar est enfin terminé pour Hubert, qui peut à présent reprendre une vie normale, de créer son entreprise de peinture en bâtiment (qui existe toujours sous la dénomination de « Peintures Schmitt Hubert et Fils »), de se marier et fonder une famille et vivre heureux en Alsace.

Toutefois il ne peut s’empêcher de penser à tous ses compagnons d’infortune, alsaciens et mosellans, qui en pleine jeunesse ont été sacrifiés pour une cause qui n’était pas la leur.

Hubert Schmitt, dans son témoignage de 2004, dans le livre d’André Hugel qui s’appelle « Jeunesse d’Alsace et Wehrmacht, parlons-en, même si cela dérange », termine par ses quelques lignes :

‘’ Un grand espoir m’anime, celui de voir qu’enfin nos deux voisins sont devenus frères, unis dans une même volonté de paix. Le jour ou mes frères de l’intérieur (français des autres régions) comprendront ce que nous avons enduré de 1940 à 1945, sera le plus beau jour de ma vie ».

Hubert Schmitt décède à l’âge de 84 ans, le 27 mars 2010 à Colmar.

Par ce témoignage nous rendons hommage à Hubert Schmitt et à tous les incorporés de force afin de perpétuer leur Mémoire, en espérant que cela ne se reproduise plus jamais.

Nous remercions très sincèrement ses fils et sa famille pour le don des affaires personnelles d’Hubert Schmitt afin de pouvoir vous les présenter et partager son histoire au plus grand nombre.

James E. Carmichael 1924 – 2020

Un quart de gourde US en alu personnalisé avec des gravures découvert sur Turckheim par un adolescent d’une quinzaine d’années dans les années 80…

Après de longues recherches il vient tout juste de nous révéler le nom de celui qui l’a gravé pendant la seconde guerre mondiale.

James « Jim » E. Carmichael est né le 8 février 1924 à Rockville dans l’Indiana, il était l’un des 10 enfants d’Elonzo Taylor et May (Gibson) Carmichael.

Il est incorporé dans l’armée américaine à Parke dans l’Indiana le 1er Avril 1943 avec le matricule 35140006 (laundry C0006).

Tout au long de la guerre il sert dans le Medical Detachment du 112th Infantry Regiment de la 28th Infantry Division, qui participe à la libération de Turckheim durant les premiers jours de Février 1945.

Il quitte l’armée au rang de Private First Class le 20 Octobre 1945.

Après la guerre il travaille toute sa vie en tant que soudeur; d’abord pendant plus de 20 ans pour l’entreprise Schmidt de Denver dans le Colorado puis les 20 dernières années dans son Indiana natal, à Paragon pour JW Jones & Company.

Il était passionné par la nature, la pêche et aimait tout particulièrement la musique.

D’après son avis de décès, quelques jours avant de nous quitter il jouait encore du violon pour ses amis et sa famille.

Il s’est éteint le 23 avril 2020 à Martinsville dans l’Indiana.

Grâce à son quart nous nous souvenons de son histoire et de celle de ses camarades venus nous libérer du joug nazi.

Ils resteront gravés à jamais dans notre mémoire collective.

Merci à David pour ses recherches.

Inscriptions face avant :

ANNA MAE

PVT JIM 35140006

INDIANAPLOIS

INDIANA

Inscriptions côté droit :

JOX WILM

ANITA BETTY

LAVETA BUD

ZETTA MARY

HELEN JOE

TONY JR.

Inscriptions face arrière:

ETO

Inscriptions côté gauche :

« anna mae » gravé dans un cœur traversé par une flèche

En diagonale en grand « anna mae » et juste dessous « Jim »

Inscriptions du dessous :

James

35140006

Edward J. HASENOHRL 1921 – 1945

Le Staff Sergeant Edward Joseph Hasenohrl (s/off) est décédé le 4 février 1945 suite à ses blessures par éclats d’obus au cou et à la nuque.

Ce casque porte des impacts sur le côté suite à des éclats d obus et été trouvé dans le secteur où il a été mortellement blessé…il s’agit peut-être de son casque?

Il est né le 18 novembre 1921, à Marshfield, Wisconsin. Il vit à Wood et travaille chez Nekoosa-Edwards paper Company dans l’industrie du papier.

Il s’engage pour la durée de la guerre dans l’armée américaine le 16/09/1942 à Milwaukee (Wisconcin) comme simple soldat (private).

Son numéro de matricule (army serial number) est le 36267012 (laudry number H7012).

Après sa formation il occupe un poste de mitrailleur(machine gunner) et atteint le grade de Staff Sergeant.

Il se marie le 3 juillet 1944 avec Dorreen REES qui réside au sud du pays de Galles, dans les îles britanniques.

Il est blessé au combat une première fois le 10 août 1944 en France et obtient la Purple Heart.

Il combat en France Belgique, Allemagne avant d’être tué à Turckheim.

Le 3ème Bataillon du 112e Infantry Regiment US, Compagnie K…

Cimetière américain d’Épinal – source internet.

Le passage à l’attaque a eu lieu le 1 février 1945 à 20h depuis Ammerschwihr(68) sous la neige et sur un sol verglassé … le 2 février a 15h, après une nuit de combat, Niedermorschwihr(68) est libéré par le 112th Infantry Regiment US qui fait prisonnier 25 soldats allemands mais perd 8 hommes.

Le 3 février, les hommes du 112th sont restés sur Niedermorschwihr jusqu’à 15h et repartent à l’assaut en direction de Turckheim vers 16h … à 18h les premiers hommes entrent dans la ville, le Capitaine (Cpt) Thomas en tête, a été mortellement touché par un Scharfschütze allemand (tireur d’élite).

Voici les circonstances de sa mort : « a 16h le 3 février, notre objectif était Turckheim, le capitaine Thomas dirigeait la compagnie, nous avons coupé par les vignes afin d’atteindre la ville … une fois arrivé aux abords de Turckheim, quelques rafales se font entendre, nous stoppons notre avancée net; le Cpt Thomas vérifie notre position. Afin de bien orienter sa carte, il courut et traversa la rue et se mit à couvert derrière un mur en brique.

Malheureusement, une partie de sa tête ne devait pas être totalement à couvert et un coup de feu se fit entendre, le tir d’un sniper ! Il s’écroula au sol, mort ! la balle l’a touché à la base de son crâne et est ressortie par l’arrière. A ce moment là, le Lieutenant Greene, fraîchement arrivé de Paris, prit les rênes de la compagnie et sécurisa la zone par laquelle la ville sera prise et libérée le lendemain!

Plusieurs contre-attaques et barrages d’artillerie allemands (obus de mortiers) coûteront la vie à 3 de nos hommes, 21 autres seront blessés, mais nous avons tenu la ville !

Nous avons été relevés cette nuit-là par une unité française (nb : le Bataillon de Choc)! Après une nuit de sommeil, nous avons libéré Zimmerbach et Walbach le lendemain, le 5 février 1945 !

Extrait du « After Action Report » du 3e Bataillon du 112e Infantry Regiment, Compagnie K.

Sur les 5 morts comptabilisés par le 112th à la date du 4 février il y a 3 soldats , 1 sous-officier (s/off) et 1 officier.

A noter que sur l’arrière du casque il y a bien une bande blanche horizontale ETO (theatre d’operation europeen) correspondante à un sous-officier.

Denise FERRIER 1924 – 1945

Née à l’Arba le 16 novembre 1924, son enfance s’est écoulée dans la région d’Alger.

Elle était la cadette de 4 frères et sœurs. Bonne élève elle prépare son brevet élémentaire et songe au concours de Normale mais les décrets de Vichy réservant la carrière d’enseignante aux seuls bacheliers lui ferment la voie vers laquelle elle se dirigeait. Elle aime lire et plus que tout l’exercice physique, c’est une sportive accomplie. Dès 8 huit ans elle fait partie d’associations sportives féminines dont Algéria-Sports…gymnastique, basket-ball, saut en hauteur…

Elle participe en 1938 à la fête fédérale nationale de Dijon. Cette même année elle se rend avec la délégation française à Prague pour la fête des Sokols.

C’est à cette période qu’elle révèle ses qualités : le sens de l’équipe, assez d’autorité pour guider les autres, de modestie pour faire corps avec le groupe sans chercher à se distinguer de lui avec une tendance naturelle à secourir comme une « grande sœur ». Elle s’oriente vers une carrière de monitrice d’éducation physique dans les écoles primaires, période pendant laquelle la guerre et l’armistice sont venus plonger la France dans le désarroi…

Elle écoute attentivement la BBC et trace avec ses amis des V au charbon et à la craie qui encouragent les faibles dans la résistance passive.

Le 8 novembre 1942 elle assiste aux premières loges au débarquement des troupes américaines en Afrique du Nord.

En 1943 ses amis s’engagent dans l’armée française et par la suite les femmes ont aussi la possibilité de s’engager, mais principalement dans des tâches « subalternes ». Pour Denise ce n’est pas suffisant et après avoir beaucoup insisté auprès de l’autorité militaire elle est admise en février 1943 dans le corps des conductrices du 27ème Train…elle a 18 ans (son père lui demandera seulement de terminer son stage de monitrice d’éducation physique pour lui permettre de poursuivre après-guerre la carrière choisie).

Le corps des conductrices est créé début 1943 à Alger, rattaché au Train des équipages sous le commandement de Mme Gross et l’instruction est faite par les cadres du 27ème Train.

Les premières volontaires sont principalement des réfugiées de la France métropolitaine, des alsaciennes et lorraines, des femmes de prisonniers et par la suite des Algériennes également. D’autres écoles vont être créées à Marengo, Chéragas, Constantine et Oran.

Elles apprennent la conduite, la mécanique, la topographie, l’orientation en campagne, le brancardage et s’y ajoute une formation sanitaire qui leur permettra de remplir tout à la fois le rôle de chauffeur et d’infirmière.

Le programme d’instruction est chargé (6 semaines) et le règlement strict. Des centaines de femmes sont ainsi formées et mises à la disposition des unités combattantes par groupe de dix conductrices sous la direction d’un chef d’équipe. Les premières participent à la campagne de Tunisie.

Au début de mai 1943 Denise a passé son examen de conductrice avec succès et signe son engagement définitif pour la durée de la guerre. Elle opte pour la conduite des ambulances dans le corps expéditionnaire français. Elle fera partie d’une compagnie de ramassage dans un Bataillon médical. Elle va faire un stage de perfectionnement de conductrice ambulancière. C’est à cette période qu’elle va commencer à écrire une série de 126 lettres dont la dernière juste avant sa mort.

« le volant est à gauche et les vitesses passent avec la main droite…nous conduisons pendant 8 kms chacune. C’est épatant…nous sommes 6 dans la voiture, 6 femmes toutes seules qui chantent à tue-tête, le vent dans la figure…les camarades sont gentilles : nous nous entraidons toutes… »

Nommée conductrice et sa camarade Claire son aide-conductrice, on leur affecte le véhicule n°432930 qu’elles baptisent « Marie-Elisabeth et Michèle. Pour la grande aventure »

Le Bataillon médical compte 3 compagnies de ramassage dont une exclusivement féminine. Le 15 juillet 1943 elle arrive à Sétif où elle enchaine les exercices et les missions.

En octobre suite à une crise de paludisme elle est hospitalisée à Oran et doit quitter le Bataillon médical n°3. Elle rejoint la section territoriale où elle va suivre l’école des cadres et en sortira avec le grade d’aspirant, obtient son permis « poids lourds » et assure durant 4 mois l’évacuation sur les hôpitaux de Maison-carrée, Blida, Miliana etc… des blessés amenés par les navires hôpitaux et les trains sanitaires.

En mars 1944 est créé le 25ème Bataillon Médical où elle s’engage volontairement avec son amie Paule Texeire.

Le départ est proche, elle écrit à ses parents : « le jour où je signerai Marie vous saurez que je suis arrivée à l’étranger. La Corse sera Mariette, la France Marcelle, l’île d’Elbe Joséphine… »

Le 5 mai 1944 Denise et ses camarades sont en Corse, elle a 7 filles sous ses ordres, la discipline s’est durcie et elle connait les responsabilités qui lui incombent. Elles s’entrainent aux manœuvres d’embarquement/débarquement et changent plusieurs fois de cantonnement.

Le 5 juin elle apprend la chute de Rome et écrit « aujourd’hui est un jour splendide car les troupes alliées sont entrées dans Rome. C’est magnifique, formidable ! Nous pouvons penser maintenant que le bon et vrai travail ne va plus tarder. »

Denise débarque sur l’île d’Elbe le 16 juin 1944 où à son arrivée le bataillon de Choc et les goumiers avaient déjà pris Marina de Campo. Sa première mission la verra récupérer 2 tabors et un sous-officier blessés, à emmener à la compagnie de triage et de traitement sur une route tortueuse, étroite, avec de gros trous creusés par les obus.

Suite à ses actions et son courage on lui décerne sa première citation, à l’ordre de la 9ème DIC :

« Conductrice ambulancière du 25ème Bataillon Médical qui, pendant les opérations dans l’île d’Elbe, a fait preuve d’ardeur, d’enthousiasme et d’un courage qui a suscité l’admiration de tous les combattants. Le 18 juin au matin, dans la région de Speggia Grande, en pleine bataille, a poussé jusqu’à hauteur de la ligne de combat pour rechercher des blessés. A accompli cette mission particulièrement périlleuse avec une maîtrise parfaite, un allant remarquable et un mépris absolu du danger. »

Fin juin elle retrouve la Corse avant le « grand jour » …le 23 août 1944 elle et ses camarades attendent d’embarquer près d’Ajaccio où elle écrit : « c’est tout, mes petits parents chéris. Nous partons heureuses et nous sommes prêtes à tous les sacrifices. Songez à cette chose magnifique : Paris est repris et la victoire approche à grands pas. »

Les « Chaufferettes » surnom donné aux ambulancières du 25ème Bataillon Médical débarquent à La Nardelle entre Saint-Tropez et Saint-Raphaël pour prendre aussitôt la direction de Toulon. Tout le mois de septembre elles enchainent les missions de jour comme de nuit (aucun lieu n’est cité dans sa correspondance comme l’exige les consignes militaires en tant de guerre). Il commence à faire froid début octobre et elles dorment dans leurs véhicules sanitaires.

Aux environs du 15 octobre son unité arrive dans le Doubs après avoir campé dans les villages Isérois. Elle poursuit sa tâche courageusement sous les bombardements quotidiens de l’artillerie.

Le jour de ses 20 ans, le 16 novembre 1944 elle écrit : « Il n’est plus question de repos pour l’instant (elle avait la possibilité de partir 6 jours en permission). C’est l’attaque, la vraie, celle qui demande des hommes et aussi des ambulancières. Nous sommes là. » Pas le temps de fêter cet anniversaire alors que tant de petits gars meurent si près d’elle et de ses camarades.

Le 17 novembre Montbéliard est libérée, puis Belfort le 20 et Mulhouse le 21.

Denise avec son amie Paule Texeire sont affectées le 20 novembre au Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc (RICM) connu comme : « le régiment de reconnaissance qui passe partout le premier »

. Denise en éprouve une grande fierté et se réjouit d’assister avant les autres à la joie des alsaciens qui attendent depuis 5 ans leurs libérateurs. A partir du 23 il est question d’évacuation de blessés sur Mulhouse.

Entre chaque mission Denise écrit et poursuit le récit de sa vie au front à destination de ses parents qu’elle aime tant.

A Habsheim où les obus pleuvent elles doivent déménager 3 fois le poste de secours.

Fin novembre, en 7 jours son unité a fait 500 kms et chaque ambulance a transporté une trentaine de blessés.

La neige commence à tomber et le froid devient de plus en plus « piquant ».

Avant de quitter le secteur le Colonel remet la fourragère du RICM aux couleurs de la Légion d’honneur et de la Croix de Guerre au sous-Lieutenant Mme Burgel, à l’aspirant Denise Ferrier et à la conductrice Marie-louise Mathieu.

Toutes les 3 auront également droit au port de l’insigne du « Distinguished Service » décerné au RICM. Elles peuvent être fières d’elles et du travail accompli.

En décembre 1944 Denise Ferrier est citée à l’ordre de la Division pour sa conduite lors des combats du RICM et est décorée de la Croix de guerre.

Citation à l’ordre de la Division :

PC le 21 décembre 1944, le Général de Division Pierre Magnan, commandant la 9ème DIC cite à l’ordre de la Division l’Aspirant Denise Ferrier du 25ème Bataillon Médical :

« Chef de voiture d’une très haute conscience et d’un courage parfait. A procédé à des évacuations d’Habsheim à Mulhouse du 21 au 24 novembre 1944, sur une route directement battue par les feux des chars ennemis. A donné la preuve constante d’un sang-froid et d’une opiniâtreté remarquables dans l’exercice des missions qui lui étaient confiées. »

Elle va rester sur Mulhouse jusqu’au 14 décembre, date à laquelle lors de l’installation de son nouveau campement elle voit passer sur un char son cousin Robert : elle est très heureuse de le revoir. A la fin du mois on la retrouve dans le secteur d’Altkirch où de violents combats ont repris et les évacuations sanitaires s’enchainent (éclats d’obus, mines…) ; elle écrit « … tant que l’Alsace entière ne sera pas libérée, nous n’aurons pas de repos ! »

A noël elle écrit : « pour tous les enfants c’est le jour du père noël, pour les grands c’est le réveillon, le soir merveilleux où l’on danse, où l’on s’amuse, où l’on boit. Pour ceux qui se battent, c’est l’attaque, les balles, les trous où pendant des heures on guette l’ennemi. Pour nous c’est le travail de chaque jour qui continue. Le cadeau du ciel aujourd’hui est tout simplement un froid de -12 degrés…et puis le devoir avant tout ! »

Le cadeau de Denise à ses parents est une citation « Je vous l’envoie avec mon cœur, avec ma jeunesse et mes baisers ».

Denise passe le cap de la nouvelle année dans un calme relatif hormis une permanence le 28 décembre à Morschwiller.

Elle rêve d’une permission qui lui permettra de revoir ses parents à Alger.

Le 10 janvier, près du front, on apprend qu’un Colonel vient inspecter sa section et passe en revue les conductrices et leur matériel. Denise écrit « en somme il a été chic et pas trop exigeant ». C’est à cette occasion que les photographes de l’armée immortalisent l’instant avec Denise et sa coéquipière devant leur voiture.

Du 13 au 18 janvier Denise est en permanence au 3ème Bataillon à Didenheim et procède à des évacuations de militaires et de civils.

Dans sa dernière lettre nous pouvons lire : « Depuis ce matin nous sommes toutes consignées. Plusieurs voitures sont parties en renfort. On a doublé les permanences. Ca sent la bagarre. Demain 20 janvier, nous serons prêtes à 8 heures. Et voilà ! »…« 4 départs en permission tous les 10 jours pour tout le Bataillon médical (900 personnes en tout). Je n’ose même pas calculer mon tour. J’attends, voilà ! »

Le 21 janvier la section de Denise Ferrier fait son entrée à Pfastatt et s’installe au 3ème étage de l’hôpital civil où loge tout le Bataillon médical.

D’âpres combats ont lieu dans la commune de Richwiller du 19 janvier au 24 janvier 1945, par un froid sibérien et sous une importante couche de neige.

Le 23, sous le commandement du chef de section, la capitaine Mazieux et de la chef d’équipe S/L Mohring, les ambulancières Denise Ferrier, Marie-Rose Bajeux et Paule Texeire sont envoyées à Richwiller pour secourir les blessés au milieu des maisons endommagées. L’ennemi avait quitté le centre du village.

Au bistro Bailly-Fassnacht du 99 Adolf Hitlerstrass, le Bataillon de choc y avait installé un poste de secours. De nombreux blessés y étaient acheminés et on racontait que là-bas, ils nettoyaient le sang à grand coup de sceau d’eau. A côté se trouvait l’ancienne forge du maréchal ferrant « Mouillée » qui servait de morgue provisoire (les cadavres y étaient entreposés entre un stock de sacs de farine).

Après une épuisante et éreintante journée, nos ambulancières trouvèrent un gîte à l’épicerie-tabac Bir, en face du poste de secours miraculeusement épargnée. La propriétaire des lieux possédait un piano et après le diner, près d’une amie qui s’était installée au piano, Denise commença à chanter à ses camarades « ALGER la blanche », chanson pleine de nostalgie sur son pays natal, que toutes avaient maintenant l’habitude de reprendre en chœur au moment du refrain…demain elles ne pourront jamais plus chanter cette chanson sans éclater en sanglots…

A sa grande joie, elle a reçu ce même jour une longue missive affectueuse de ses parents et un télégramme de son père qui lui conseille de demander sa mutation dans la territoriale…mais la jeune femme ne se laisse pas convaincre !

Les jeunes filles fatiguées ne prolongèrent pas cette soirée musicale improvisée. En allant se coucher elles entendirent au loin, au niveau du Meyerhof, les tonnerres de l’artillerie en prémisse du lendemain…

24 janvier 1945, 6h30, les ambulancières sont brusquement réveillés : « le Bataillon fait mouvement, préparez-vous ! »

Denise rédige une rapide missive pour ses parents avant d’aller effectuer le contrôle technique quotidien de son véhicule.

Les autres rassemblent leurs affaires, chargent le matériel et les brancards, font tourner les moteurs.

Paule Texeire a préparé le café, 2 camarades la suivent, elle demande à Denise de venir ; elle descend de son véhicule, relève le marchepied, tout est prêt !

Soudain un sifflement d’obus de mortier suivi d’un énorme fracas…. qui attire le personnel du poste de secours…il est 7h du matin, l’aspirante Denise Ferrier aux multiples citations, vient d’être mortellement blessée (un éclat dans le dos a atteint son cœur) devant le 99 Adolf Hitlerstrasse. Ses sœurs d’armes accourent immédiatement mais il est déjà trop tard….

La jeune femme qui venait d’avoir 20 ans, qui attendait avec impatience sa première permission ne reverra jamais ses parents et sa maison d’Hydra sur les hauteurs d’Alger.

Le corps est placé sur un brancard et est transporté (à son tour) vers l’hôpital de Pfastatt où le lendemain elle est provisoirement inhumé dans les jardins, en présence de toutes les ambulancières : la médaille militaire lui est remise et les honneurs militaires lui sont rendus.

Par décret du 17 avril 1945 on lui attribue la médaille militaire et la croix de guerre avec palme.

Le dernier exploit de Denise Ferrier est consacré par une citation à l’ordre de l’Armée qui est la suivante :

« Ambulancière de la 2ème compagnie de ramassage du 25ème Bataillon Médical qui s’était déjà fait remarquer à l’île d’Elbe par son sang-froid. Depuis le début de la campagne de France, volontaire pour toutes les missions vers l’avant, a constamment payé de sa personne et évacué de nombreux blessés. A participé avec le RICM à la percée sur Mulhouse. Tuée par un obus le 24 janvier 1945 à Richwiller, à 7h du matin, devant un poste de secours du Bataillon de Choc. Jeune française animée du plus noble idéal, toute imprégnée de la devise de sa section « Franchise et Vaillance », restera pour tous ceux qui l’ont connue et aimée un modèle très pur de patriotisme ardent et de souriant héroïsme ».

Au-delà de Pfastatt, sur le chemin vers la victoire que l’enfant d’Alger ne devait pas achever, une automobile sanitaire a poursuivi sa route portant sur l’avant de son capot un nom désormais glorieux : ‘’ Conductrice Denise Ferrier ».

A Denise Ferrier,

A toutes les femmes qui dans la résistance ou au front sacrifièrent leur jeunesse, pour certaines leur vie, pour le salut de la France.

Texte écrit d’après le livre de Lucienne Jean-Darrouy « Vie et mort de Denise Ferrier » de 1946 avec le concours de Monsieur Jean-Marc Munch.

Source photos : « Vie et mort de Denise Ferrier » de 1946 – Monsieur Jean-Marc Munch – internet.

Pierre GUENAUD 1926 – 1991

Hommage à Pierre GUENAUD et ses camarades du 2ème Bataillon de Chasseurs à Pied…

Grâce à l’acquisition l’année dernière des documents que nous publions ce jour et à nos recherches, nous pouvons rendre un hommage appuyé à Pierre Guenaud et ses camarades du 2ème BCP, libérateurs qui ont combattu avec courage pour chasser l’envahisseur nazi.

Il est important pour nous de rappeler régulièrement par des portraits d’hommes et de femmes, ce que nous devons à ces centaines de milliers de combattants «anonymes » qui se sont engagés pour une cause juste dans l’intérêt général et que la Liberté dont nous jouissons aujourd’hui a été acquise dans les larmes et le sang de nos grands anciens.

Pierre GUENAUD est né le 16 mai 1926 à Montmirey-la-ville dans le Jura(39).

Il a 18 ans quand il rejoint les FFI du Groupement du Louhannais à la Compagnie « HERVEY » qui était rattaché à la compagnie « FRANCIS » (du 15 08 1944 au 10 09 1944).

Naîtra du Maquis du Louhannais le 2ème Bataillon de Chasseurs à pied dans lequel Pierre Guenaud s’engage volontairement le 10 septembre 1944 pour la durée de la guerre. Dès le 15 septembre l’école du chasseur est lancé : instruction de base, combat individuel, tir, marches…pour transformer ces maquisards en soldats d’infanterie.

Il est nommé au grade de Caporal le 25 octobre 1944 par ordre du Bataillon n°5 deux jours après que le Bataillon ai rendu les Honneurs au Général de Gaulle à Dijon.

Le 22 novembre 1944 le 2ème BCP est mis à disposition de la 1ère Armée française, qui quitte Louhans dans une longue file de GMC et Dodge en direction de Montbéliard où il arrive le 23 novembre en début de matinée.

Mis à disposition du 1er Corps d’Armée du Général Béthouard il se remet en route le 24 au soir pour « débarquer » le 25 à l’auberge du Buchwald à 3 kilomètres de Mulhouse, où le Bataillon établit son PC. Il est placé en réserve du CC2 de la 1ère DB qui fait face à la forêt de la Hardt. L’après-midi le Bataillon passe en première ligne et compte ces premiers morts le 27 novembre 1944.

Le 2ème BCP va combattre dans la forêt de la Hardt avec le 1er RTM(4DMM) les 28 et 29 novembre.

Le 1 décembre l’unité passe sous commandement du 6ème RTM; la première compagnie le renforce au pont de Lutterbach et la 2ème et 3ème Cie relève le 2ème Bataillon du 6ème RTM au pont de Bourtzwiller et d’Illzach.

Pierre Guenaud est blessé le 10 décembre 1944 par balle de pistolet-mitrailleur au bras gauche.

Nous n’avons pas trouvé d’autres informations à ce sujet mais il est probable que ce soit arrivé le long de la rivière Doller(ligne de front) où le 2ème BCP est en position défensive (secteur gare du nord/Bourtzwiller/Illzach). Les Chasseurs franchissent régulièrement la Doller pour tâter et reconnaitre le dispositif ennemi (qui en fait également de même de son côté).

On retrouve le 2ème BCP le 20 janvier 1945 dans le secteur de l’abbaye de l’Oelenberg, qui sera profondément marqué par la dureté de ces combats. Les tués(26), blessés(+100) et disparus dépassent 75% de l’effectif engagé ce jour là(le bataillon comptera 57 tués pour toute la guerre)principalement à cause des allemands qui avaient transformé l’abbaye en véritable place forte avec ne nombreuses armes automatiques, des mortiers et champs de mines et des températures polaires (environ moins 15 degrés).

Pour son action particulière le 20 janvier 1945 lors des combats acharnés pour la prise de l’abbaye d’Oelenberg proche de Reiningue (68) Pierre Guenaud est cité à l’ordre de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale :

Citation de l’ordre général n°34 du 31 mars 1945 – le Général de Brigade VALLUY, la 9ème Division d’Infanterie Coloniale cite à l’ordre de la Division : GUENAUD Pierre, caporal, 2°Bataillon de Chasseurs à Pied.

« Gradé de tout premier ordre, volontaire pour le corps franc du bataillon. Remarquable de calme dans les situations les plus difficiles. Le 20 janvier 1945, lors de l’attaque du couvent d’Oelenberg, a fait preuve des plus belles qualités militaires dans un moment très délicat. A déjà été blessé deux fois, mais a toujours refusé de se laisser évacuer ».

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile d‘argent.

Le 23 janvier 1945 le Bataillon est relevé, il lui reste environ une cinquantaine d’hommes valides, les autres étant soit blessés ou exténués par le froid (40 soldats avec des pieds gelés).

Le 24 janvier le Bataillon récupère les camarades tombés dans l’enceinte de l’abbaye pour leur faire des funérailles dignes de leur sacrifice.

Le 26 ils regagnent Mulhouse et cantonne à l’école Wolf.

Le 12 février le Bataillon est appelé à monter la garde du Rhin dans le secteur de petit-Landau.

Le 25 mars une prise d’armes a lieu dans la caserne Barbanègre à Mulhouse

A partir du 30 mars le régiment garde le Rhin à hauteur de Plobsheim(67).

Le 6 avril 1945 il franchit le Rhin pour entrer en Allemagne.

Pierre Guenaud quand à lui est démobilisé par la 101 Cie du 1er escadron du Train le 23 décembre 1945 et est rayé des contrôles le 24 12 1945 et se retire à Auxonne… où il fera encadré ses précieux documents.

Il décède le 10 février 1991 à Fontaine-lès-Dijon en Côte d’Or (21).

Source et photos extraits du livre de René Pacaut « Maquis dans la Plaine » pour compléter le récit de l’historique régimentaire du 2ème BCP.

NB : Il est intéressant de voir que pour le certificat de Bonne conduite a été prise comme illustration l’entrée de la caserne Barbanègre de Mulhouse où le 2ème BCP était en garnison de 1925 à 1939.

En complément :

Histoire | Abbaye Notre Dame D’Oelenberg (abbaye-oelenberg.com)

2e bataillon de chasseurs à pied — Wikipédia (wikipedia.org)

André Raoul Théodule TANQUART 1920 – 1945

Cimetière provisoire de Bergheim (68)

Sergent TANQUART André, brevet 1839, de la 5ème Compagnie du 1er RCP, Mort pour la France le 1 février 1945…

Nous rendons hommage au Sergent Tanquart et à ses camarades du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes qui ont combattu héroïquement pour libérer notre région au prix de lourdes pertes.

Né le 8 juillet 1920 à Marchais dans l’Aisne (02), il est mécanicien dans le civil.

Il s’engage volontairement pour 3 ans le 20 juillet 1939 à l’intendance militaire de Laon au titre du Bataillon de l’air n°112 et est rattaché au Bataillon de l’air n°122 le 21 octobre 1939.

Nommé caporal le 1 mars 1940 il est affecté au Bataillon de l’Air n°113 de Rochefort le 16 avril 1940 puis affecté à la base de Versailles-Villacoublay (BA 107) le 26 avril 1940.

Suite à la défaite de juin 40 il est affecté aux ateliers de réparations de Clermont-Ferrand le 23 août 1940 où il effectue un stage à l’atelier industriel de l’air puis est affecté au dépôt de stockage de Pau comme spécialiste de 2me classe le 29 mars 1941.

Le 22 août 1941 il est affecté en Afrique Occidentale Française (AOF) et mis en route le 3 septembre 1941 pour rejoindre le camp Sainte Marthe de Marseille. Il embarque sur le paquebot ‘’Gouverneur Général Tirman ‘’ à destination d’Oran le 10 septembre 1941.

A peine débarqué le 10 il repart le 11 à destination de Casablanca où il arrive le 14 septembre.

Le 26 il embarque sur le paquebot ‘’Condé » à destination de Dakar au Sénégal.

Arrivé le 4 octobre 1941 à Dakar on l’affecte à la base aérienne de Ouakam au Groupe de Chasse I/4 équipé de Curtiss H-75A.

Le 13 janvier 1942 il obtient le permis de conduire ‘’Tourisme’’.

Il est nommé au grade de caporal-chef le 1 juillet 1942, et 1 an plus tard passe sergent à compter du 1 juillet 1943.

Affecté au départ des parachutistes à Oudja(Maroc) par message n°241 du 1 janvier 1944, mis en route le 24 janvier 1944.

Pour rejoindre l’ Afrique du Nord il embarque à Dakar sur le paquebot ‘’Hoggar’’ et débarque à Casablanca.

Paquebot « HOGGAR »

Il est affecté au 1er RCP par note de service n°379 du 12 février 1944 et mis en route le 16 et arrive au corps le 20 février 1944.

insigne du 1erRCP

Il fait mouvement sur Trapani par avion le 30 mars 1944 et arrive le dit jour.

Il est breveté le 1 mai 1944 en Sicile : brevet 1839.

Le 5 mai 1944 il est muté au 1er Bataillon, 5ème compagnie.

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Par le biais du journal de marche de la 5ème compagnie nous apprenons qu’il a été blessé le 9 juin au cours d’un saut (avec 8 autres parachutistes) lors d’une manœuvre dans les conditions des opérations sur les hauteurs qui dominent la route Trapani – Palerme.

Le 4 septembre la compagnie quitte Rome pour la France par avion et atterrie à Valence à 10h30.

Le 28 embarquement dans des camions…direction Lure. Le Régiment est mis à la disposition de la 1ère DB le 30.

Le sergent Tanquart arrive dans les Vosges début octobre.

Il est à la tête de la 1ère escouade du 1er peloton de la 5ème Compagnie.

4 octobre 1944 c’est le Baptême du feu dans les Vosges pour la compagnie aux cols du Broché, du Rhamné et du Morbieux.

On découvre qu’il est « évacué sanitaire » le 15 octobre 1944.

Le 7 décembre 1944 la compagnie quitte Villevieux en direction de Gerstheim(67) qu’elle atteint le 8 et où elle reçoit le 9 la visite du Général Leclerc. Le 1er RCP va combattre dans ce secteur avec la 2ème DB.

Le 14 le 1er bataillon attaque Bindernheim avec en tête la 5ème Cie.

Début janvier on retrouve la 5ème Cie à Orbey. Elle entre dans Jebsheim le 27 et va devoir combattre de maison en maison par des température polaires face aux redoutables troupes de montagne des 136ème et 137ème gebirgsjäger régiment.

Le sergent Tanquart obtient 2 citations pour son action lors des combats de Bindernheim(67) en décembre 1944 et de Jebsheim & Widensolen en 1945 (à titre posthume) où il fera le sacrifice ultime, dans sa vingt-cinquième année, en plein combat pour la libération du dernier village cité.

Citation 1 : « Brillant chef d’escouade, d’une connaissance et d’un allant au-dessus de tout éloge. Sans cesse en pointe, entraînant ses hommes à toujours obtenir le meilleur rendement. S’est particulièrement fait remarqué le 14 décembre 1944 au cours de l’attaque de Binderheim en conduisant son groupe avec un élan irrésistible malgré les violences des bombardements et les tirs d’armes automatiques ennemies.

Signé FAURE . Sétif le 15/10/46

Citation 2 : « Sous-officier d’une haute valeur morale et d’une conscience professionnelle au-dessus de tout éloge, bien qu’en condition physique déficiente, a participé brillamment aux durs combats de Jebsheim les 27 et 28 janvier 1945 entrainant son groupe de mitrailleurs avec un élan admirable au plus près des voltigeurs et appuyant ceux-ci du tir précis et efficace de sa pièce contribuant ainsi à la prise de plusieurs maisons puissamment tenus et organisées par un ennemi des plus tenaces.

A trouvé une mort glorieuse le 1er février 1945 au cours de l’attaque de Widensolen alors qu’il portait son groupe en avant, en protection des chars d’accompagnement ».

Cette citation à titre posthume à l’ordre de l’Armée Aérienne a été homologuée le 17/7/45 par décision n°938 du Président du gouvernement provisoire de la république Française.

Cette publication est dédiée à tous nos glorieux ‘’Rapaces’’ du 1er RCP.

Une pensée particulière pour les 129 tués et 339 blessés de la campagne des Vosges et les 176 tués et 512 blessés de la campagne d’Alsace.

Par Saint-Michel vive les Paras !

Ps : nous profitons de cette publication pour lancer un « appel » pour trouver une photo du sergent Tanquart afin de mettre un visage sur cet homme d’exception et compléter notre fonds documentaire.

Sources photos et documentation : Livres de Robert Wagener – ECPA – archives départementales – jmo de la 5ème Cie du 1er RCP.

Hélène CHATENAY 1924 – 1974

Bataillon de Choc…hommage à Mademoiselle Hélène CHATENAY…une femme d’exception !

Je suis née le 21 septembre 1924 à Montbard (21) et je m’engage volontairement comme infirmière pour la durée de la guerre le 1er septembre 1944, à tout juste vingt ans au Bataillon Bayard (maquis de Côte-d’Or) et je suis affectée à celui-ci le 1/10/1944.

insigne du Bataillon Bayard

Je passe au 1er Commando d’Accompagnement du Commando de France (mi- janvier 1945 il devient la 5ème Compagnie du 1er Bataillon de Choc). Je participe héroïquement à la Campagne d’Alsace et d’Allemagne, au plus près des combats pour venir en aide aux blessés, au mépris de tous les dangers.

Pour son engagement elle est citée une première fois, lors de la campagne d’Alsace à l’ordre du Corps d’Armée par le Général de Goislard de Monsabert en mai 1945 :

« Infirmière hors pair, ayant un rayonnement spirituel incomparable, s’est fait remarquer dans le maquis de la Côte-d’Or comme infirmière du groupe Bayard, par son calme souriant, son courage, son dévouement et son activité inlassable, vient à nouveau de se distinguer au 1er Groupement de Choc, au cours du combat de DURRENENTZEN(68), le 31 janvier 1945, en longeant à plusieurs reprises pour assurer son service, un char incendié dont les munitions sautaient, pansant et escortant des blessés sous un feu violent d’artillerie et de tireurs d’élite ennemis. Magnifique exemple de sang-froid et de désintéressement. »

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec étoile de vermeil.

Pour ses actions lors de la campagne d’Allemagne elle est distinguée une seconde fois à l’ordre de la Division par le Général Schlesser, commandant la 5ème DB en juin 1945.

« Infirmière volontaire de la Brigade de Choc, n’a cessé pendant toute la campagne d’Allemagne de faire preuve du plus grand dévouement, apportant aux malades et aux blessés au côté de ses connaissances techniques le réconfort d’une présence féminine. Le 3 avril 1945 au cours de la marche sur KARLSRUHE a suivi au milieu de ses hommes la colonne chargée du nettoyage de la forêt de KARLSRUHE, soignant les blessés sur le terrain même. Le 6 et 8 avril à KONIGSBACH et PFORZHEIM a prodigué ses soins aux blessés avec un calme courage, indifférente aux dangers du bombardement. Déjà citée pendant la campagne d’Alsace.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec étoile d’argent.

Elle décède le 22 septembre 1974 à Montbard à l’âge de 50 ans seulement.

Merci Madame pour votre engagement au service de la France, de nos civils et militaires…nous ne vous oublierons pas !

Nous remercions Henri Simorre, grand spécialiste du Bataillon de Choc pour les informations et photos mises à disposition pour la rédaction et l’illustration de ce portrait.

Si l’Histoire du bataillon de Choc vous intéresse : https://1erbataillondechoc.forumactif.com/

Gaston Aimé RIBUN 1924 – 1990

Hommage à Gaston RIBUN et ses camarades du 62ème Régiment d’Artillerie d’Afrique de la 5ème DB…

Gaston RIBUN est né le 22/05/1924 à St-Usuge en Saône et Loire.

Il s’engage volontairement pour 3 ans le 30/10/1942 au titre du 62ème RAA (Le 62ème RAA est crée le 1 mai 1927 à partir des groupes d’artillerie stationnés en Tunisie), et provisoirement au 35ème Régiment d’Artillerie en zone libre. son contrat est homologué à l’intendance militaire de Périgueux sous le n°171 le 23/11/42.

Suite à l’invasion par les allemands de la zone libre il est placé en congé d’Armistice à compter du 1 mars 1943.

Il quitte la France pour l’Espagne.

Après quelques mois d’emprisonnement il est libéré par l’intermédiaire de la Croix-Rouge et rejoint l’A.F.N et s’engage au 62e Régiment d’Artillerie d’Afrique le 1 novembre 1943.

Insigne du 62ème Régiment d’Artillerie d’Afrique (62ème RAA).

Avec une poignée de ses camarades, évadés de France, ils seront présentés au Général de Lattre de Tassigny (devant l’ensemble de son état-major) qui les félicite pour leur courage.

Il est formé comme pilote-canonnier sur Obusiers automoteurs de 105 mm M7 Priest équipant l’artillerie Divisionnaire de la 5ème DB. Il embarque à Oran le 14 septembre pour débarquer à Saint-Raphaël le 20 septembre 1944.

Il est de tous les combats avec son unité et la 5ème DB pendant la campagne de libération de la France. Il participe aux terribles combats de la poche de Colmar puis à la campagne d’Allemagne qu’il terminera en Autriche au bord du lac de Constance. Du 9 mai au 24 octobre 1945 il fait parti des troupes d’occupation. Il est dirigé fin octobre vers le CIAC d’Altkirch(68) et est démobilisé le 3 novembre 1945.

La majorité de ses papiers militaires et médailles ont été dispersés à son décès mais son fils se souvient qu’il conservait précieusement après guerre une carte postale du Général Schlesser (Combat Command 4) avec la mention : « La 5e D.B n’oublie pas».

Gaston RIBUN est décédé le 27 septembre 1990 à Bron (69).

Bien des années plus tard, en 1975 prenant exemple sur lui, son fils s’engage pour servir dans l’Infanterie de Marine qu’il a quitté en tant que sous-officier après 27 ans de bons et loyaux services.

Son petit-fils a repris le flambeau, après sa scolarité au Lycée Militaire d’Aix-en-Provence, après avoir incorporé l’Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active (ENSOA de Saint-Maixent), jeune sergent choisit l’Arme des Transmissions. Par la suite il réussit le concours d’officiers de l’Ecole Militaire Interarmes (EMIA) et sert depuis comme officier supérieur au 61e Régiment d’Artillerie… « la boucle est bouclée ». Un engagement au service de la France qui perdure depuis trois générations dans la famille RIBUN.

Nous remercions chaleureusement son fils pour le partage de son histoire familiale.